 | La ville de Vrysses, les villages de Kalyves, de Fres, de Stylos, de Kyriakosellia, de Maza et d’Alikampos, et le dème de l’Apokoronas en Crète |  |
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| | Étymologie et toponymie | Le nom de l’Apokoronas (Αποκόρωνας) est plutôt énigmatique : selon la plupart des historiens ce toponyme proviendrait d’un nom, cité par le géographe du Ier siècle avant JC Strabon (Στράβων), dans son ouvrage « Géographie (Γεωγραφικά), Livre X, 472 », « Ίπποκορώνειον » (Hippocoronion) ou « Ιπποκορώνιον » (Ippokoronion), en latin « Hippocoronium », sans que Strabon précisât s’il s’agissait d’une contrée, d’une cité ou d’une montagne. Lorsque les Vénitiens prirent possession de la Crète, ils nommèrent la région, de façon hésitante : « Apicorno », « Apicorna », « Bicorno », « Bicorna », « Picorna », « La Bicorna », « L’Abicorna », « Labicorna », « Apicorona » … Pendant l’occupation ottomane, les Turcs nommaient la contrée « Apokoron ». |
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| Le dème de l’Apokoronas (Δήμος Αποκορώνου) est, parmi les six dèmes de la province de La Canée, le dème situé dans le coin nord-est de la province. Le dème est principalement constitué d’une plaine fertile, bordée de montagnes, qui s’étend entre la côte sud de la rade de Souda, au nord, et les contreforts nord des Montagnes Blanches (Λευκά Όρη), au sud ; ces contreforts sont nommés les « Madarès » (Μαδάρες), que l’on peut traduire par « Alpages » ; une « μαδάρα, pluriel μαδάρες » est une terre d’altitude, non cultivable, servant de pâturage pour le bétail, c’est-à-dire un alpage. Le piémont des Madarès est nommé la « Riza » (Ρίζα), c’est-à-dire la « racine » des Montagnes Blanches ; la Riza comprend une succession de villages qui s’égrènent d’ouest en est, entre les alpages et la plaine de l’Apokoronas, à environ 300 m d’altitude.
Le dème de l’Apokoronas s’étend entre le bassin du fleuve Kyliaris, à l’ouest, qui marque la frontière avec le dème de La Canée, et la vallée du fleuve Moussélas, à l’est, qui marque la frontière avec le dème de Réthymnon. Entre ces deux rivières plusieurs autres cours d’eau irriguent cette contrée verdoyante particulièrement favorisée par les eaux provenant des Lefka Ori : la rivière Xydas, qui se jette dans la rade de Souda à Kalyvès ; la rivière Almyros qui se jette dans le golfe de l’Almyros à Georgioupoli ; la rivière Pérastikos ; la rivière Delfinas qui s’écoule du lac Kournas. La contrée est couverte d’oliveraies, d’orangeraies et de vignobles.
Au milieu du dème, la chaîne de montagnes du Drapanokéfala forme la côte orientale de l’Apokoronas, offrant des vues magnifiques sur le golfe de l’Almyros ; son extrémité nord est le cap Drapano qui marque l’entrée sud de la rade de Souda.
Historiquement, l’éparchie de l’Apokoronas a toujours fait partie du nome de La Canée, à l’exception de quelques décennies, à la fin de l’occupation ottomane, entre 1867 et 1915, où l’Apokoronas a constitué un cinquième nome, avec l’éparchie des Sfakia et l’éparchie d’Agios Vassilios, le nome des Sfakia (Νομός Σφακίων) ; le chef-lieu de ce nome était la localité de Vamos, qui demeura longtemps le chef-lieu historique de l’Apokoronas.
Le territoire du dème de l’Apokoronas est presque identique à celui de l’ancienne éparchie de l’Apokoronas (επαρχία Αποκορώνου), à l’exception des localités de Kalami et d’Aptéra (Mégala Chorafia) qui ont été rattachées au dème de La Canée. À l’ouest, le dème de l’Apokoronas est bordé par le canton de Souda (Δημοτική ενότητα Σούδας) et le canton des Kéramia (Δημοτική ενότητα Κεραμίων) du dème de La Canée ; au sud, le dème est bordé par le canton des Sfakia (Δημοτική ενότητα Σφακίων) du dème des Sfakia ; à l’est, le dème est bordé par le canton de Lappa (Δημοτική ενότητα Λαππαίων) du dème de Réthymnon. Le village de Krapi (Κράπη), qui se trouve sur la route provinciale de Vryssès à Chora Sfakion, marque le coin sud-est du dème de l’Apokoronas aux confins des dèmes de Réthymnon et des Skakia.
Le dème de l’Apokoronas comprend trente-trois communautés locales, réparties en six cantons : au nord-ouest, le canton d’Arméni (Δημοτική ενότητα Αρμένων), dont le chef-lieu est Kalyvès ; au nord-est, le canton de Vamos (Δημοτική ενότητα Βάμου) ; au sud-ouest, le canton de Frès (Δημοτική ενότητα Φρέ) ; au sud, le canton de Kryonérida (Δημοτική ενότητα Κρυονερίδας), dont le chef-lieu est le village de Vryssès, canton qui doit son nom à la grotte de Kryonérida (Κρυονερίδα), située près de Vafès ; à l’est, le canton de Georgioupolis (Δημοτική ενότητα Γεωργιουπόλεως) ; au sud-est, le canton d’Asi Gonia (Δημοτική ενότητα Ασή Γωνιάς). La ville de Vryssès est le chef-lieu du dème ; la population du dème est d’un peu plus de 12 000 personnes, pour une superficie d’environ 320 km².
La municipalité de l’Apokoronas a mis en place dix circuits de randonnée qui permettent de découvrir à pied les attractions naturelles et culturelles du dème. | _small.jpg) _small.jpg) |
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| | La rivière Kyliaris (ποταμός Κυλιάρης / potamós Kyliáris) | La rivière Kyliaris est un fleuve côtier de la côte nord de la Crète qui se jette dans la rade de Souda, à l’ouest de La Canée. De nos jours, depuis que la région d’Aptéra et de Kalami a été rattachée au canton de Souda et au dème de La Canée, le cours inférieur du fleuve marque la limite entre le dème de La Canée et le dème de l’Apokoronas ; dans le passé, Aptéra faisait partie de l’Apokoronas.Aller à l’embouchure du fleuve Kyliaris avec Google Maps (35.463013, 24.158954). Le fleuve Kyliaris est souvent nommé improprement « fleuve Kiliaris ou Koiliaris » (ποταμός Κοιλιάρης) ; le toponyme « κυλιάρης » provient du verbe grec médiéval « κυλώ », forme ancienne du verbe grec moderne « κύλάω », qui signifie « rouler, s’écouler » ; la rivière Kyliaris a en effet un caractère impétueux qui lui fait rouler les galets. Dans l’Antiquité, cette même rivière, qui coule au pied de l’antique cité-État d’Aptéra, était nommée « Pyknos » (Πυκνός) ; l’adjectif « πυκνός » signifiant « dense, épais », en référence à la dense végétation qui couvre les rives de la rivière. Les Vénitiens avaient transposé le nom de la rivière en « Chigliari Fiume ». La rivière Kyliaris prend sa source dans les Montagnes Blanches (Λευκά Όρη), au pied du mont Koryfi Varsamou (Κορυφή του Βαρσάμου) (« Pic de Varsamos ») (1 389 m) et du mont Mavri (Μαύροι) (« Sombres ») (2 069 m), au-dessus de la localité de Karès (Καρές) ; le bassin versant du fleuve Kyliaris a une superficie de 130 km² où le fleuve recueille les eaux de quatre affluents principaux : la Mylavlakas (Μυλαύλακας) ; la Mantamas (Μανταμάς) ; la Kéramiotis (Κεραμιώτης) qui traverse les gorges de Diktamos et qui conflue avec le Kyliaris en aval de Stylos ; l’Anavréti (Αναβρετή) venant du sud depuis Néo Chorio. Cependant les eaux superficielles de ces cours d’eau ne sont pas la plus grande contribution au débit du fleuve : ce sont les eaux souterraines qui jaillissent par plusieurs cavités aux sources de Stylos (πηγές του Στύλου) qui donnent au fleuve ce débit important ; le fleuve Kyliaris est le second fleuve de Crète par son débit. Une partie de ces eaux souterraines, provenant du massif des Montagnes Blanches, très froides mais excellentes, est embouteillée et commercialisée.
À partir de Stylos le cours inférieur de la rivière s’étend encore sur 5 km, passe au pied oriental du promontoire d’Aptéra et se jette dans la rade de Souda, à 1,8 km à l’ouest de Kalyvès, sur la plage de la Côte Bleue (Κυανή Ακτή), une sorte de « Côte d’Azur » crétoise. La plage de la Côte d’Azur (Παραλία Κυανή Ακτή) est en réalité une plage plutôt sauvage, longue de 800 m, qui est divisée en deux par l’embouchure du fleuve Kyliaris. Les eaux très froides du Kyliaris rafraîchissent l’eau de mer de cette plage.
La puissance du débit du Kyliaris actionnait autrefois des moulins hydrauliques, notamment un moulin situé à proximité du monastère Notre-Dame Zerviotissa, initialement construit par les moines, puis reconstruit à l’époque vénitienne. Cette puissance de la rivière permet aussi d’y pratiquer le radelage, le canoë et le kayak, de préférence au printemps.
Le chemin de randonnée n° 1 de l’Apokoronas permet de découvrir à pied la basse vallée du Kyliaris, entre Stylos et l’embouchure. Il s’agit d’un parcours ombragé et frais, d’une cinquantaine de mètres de dénivelé, équipé d’aires de piquenique, qui traverse une vallée plantée d’orangeraies et d’oliveraies. L’embouchure du fleuve Kyliaris est une zone humide importante pour la faune qui comprend de nombreuses anguilles et de nombreux crabes. |
| Le village de Kalyvès (Καλύβες / Kalýves) | Kalyvès est une petite station balnéaire située sur la côte nord de l’Apokoronas, au sud de la rade de Souda ; Kalyvès est à environ 7 km, en ligne droite, à l’ouest du cap Drapano qui marque l’entrée sud-est de la rade. La station balnéaire est traversée par la rivière Xydas (ποταμός Ξυδάς) qui prend sa source près d’Arméni et qui se jette dans la baie de Kalyvès. À l’ouest de la localité, au pied du promontoire d’Aptéra, se jette une autre rivière, le fleuve Kyliaris (ποταμός Κυλιάρης). La localité compte une population de plus de 1 400 habitants dont un grand nombre sont des étrangers, notamment d’Europe du Nord, résidant à l’année dans la contrée ; la population s’accroît cependant fortement pendant la saison touristique. Kalyvès est le chef-lieu d’une communauté locale (Κοινότητα Καλυβών) qui comprend aussi le village de Tsivaras (Τσιβαράς), situé à environ 2 km au sud, dans l’arrière-pays, et qui compte moins de 200 habitants.
Kalyvès est aussi le chef-lieu du canton d’Arméni (Δημοτική ενότητα Αρμένων) qui est le canton situé le plus à l’ouest des six cantons du dème de l’Apokoronas. Le canton des Arméni comprend sept communautés locales : Arméni (Αρμένοι), Kalyvès (Καλύβες), Karès (Καρές), Machairi (Μαχαιροί), Néo Chorio (Νέο Χωριό), Ramni (Ραμνή), qui comprend aussi la localité de Kyriakosellia (Κυριακοσέλια), et Stylos (Στύλος). Kalyvès se trouve à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Vryssès, le chef-lieu du dème de l’Apokoronas et à environ 20 km à l’est de la ville de La Canée, le chef-lieu de la province. Depuis la ville de La Canée on peut atteindre Kalyvès en quittant la route nationale 90 à l’échangeur de Kalami (Καλάμι) pour suivre l’ancienne route nationale 90 jusqu’à la station balnéaire, dont l’ancienne route nationale constitue la rue principale ; l’ancienne route nationale remonte ensuite la rive droite de la rivière Xydas, puis repasse sous la nouvelle route nationale 90 à l’échangeur du pont des Kalyvès (Γέφυρα Καλύβων). Une ligne d’autocars de la compagnie KTEL La Canée – Réthymnon dessert la station balnéaire depuis La Canée. Un arrêt de bus des lignes d’autocars à longue distance La Canée – Réthymnon se trouve sur la route nationale 90, au pont des Kalyvès, à environ 1 km du centre-ville de Kalyvès.
Le toponyme de Kalyvès, ou Kalivès, « καλύβες, au singulier καλύβα », signifie « huttes, cabanes » ; l’explication traditionnelle est que les cultivateurs avaient construit de nombreuses habitations saisonnières sur cette côte pour ne pas devoir rentrer chez eux tous les jours. Kalyvès occupe en effet la côte d’une plaine côtière fertile et verdoyante irriguée par trois rivières.
Dans l’Antiquité, selon le géographe du Ier siècle avant JC Strabon (Στράβων), dans son ouvrage « Géographie (Γεωγραφικά), Livre X, 479 », l’un des deux ports de la cité d’Aptéra, ou Aptara, était situé entre Kalami et Kalyvès et était nommé Kissamos (Κίσσαμος), l’autre port étant Minoa (Μινώα), de nos jours Marathi (Μαράθι). L’archéologue Paul Faure penche plutôt pour Kalami, à cause des tessons datant des époques classique, hellénistique et romaine, les fondations de maisons et les traces de quais mis au jour à Kalami, à l’abri de la digue que les Vénitiens nommaient la pointe de Porporela. Sous la domination vénitienne, les Vénitiens nommaient cette côte « Spiaggia del’ Apicorno » et avaient établi le siège de la châtellenie de Calive au château du Castel Apicorno ou Castel Apicorona, édifié sur un promontoire situé à l’est du village de Calive ou Callives ; la rivière Xydas était nommée Xidhà Fiume. Cependant, en 1538, le corsaire ottoman Barberousse (Barbaros Hayreddin Paşa) pilla et détruisit le château, le village et son arrière-pays.
La station balnéaire de Kalyvès s’est développée, depuis le début des années 2000, de façon anarchique, sans plan d’urbanisme. Il s’agit pour une grande part de résidences secondaires ou permanentes construites pour des touristes britanniques ou scandinaves, d’appartements de vacances, ainsi que de petites structures hôtelières. Des cafés, des tavernes, des supérettes, des boutiques de souvenirs et autres services aux touristes se sont développés simultanément. La plage principale de Kalyvès (παραλία Καλύβες), située à l’est de l’embouchure du fleuve Xydas, est une plage de sable de 400 m de longueur ; une autre plage se trouve à l’ouest de l’embouchure ; une passerelle piétonnière permet de passer d’une rive à l’autre de la rivière (γεφυράκι Ξυδά). Le flot d’eau douce froide de la rivière abaisse quelque peu la température de l’eau des plages de Kalyvès, qui sont par ailleurs exposées au vent du nord étésien, le meltem (μελτέμι). Un petit port de plaisance a été construit dans l’est de la plage principale, au pied du promontoire où se trouvent les ruines du château.
Au sud du village de Kalyvès, sur la droite de l’ancienne route nationale 90, au-delà du viaduc de la nouvelle route nationale 90 et un peu avant d’atteindre le village d’Arméni, on peut voir une belle petite église du début du XVIe siècle, l’église de la Transfiguration du Christ Sauveur (Μεταμόρφωση του Σωτήρος Χριστού). Il s’agit d’une église à nef unique et voûtée construite en 1501, selon une inscription gravée sur la porte. Aller à l’église de la Transfiguration avec Google Maps (35.441806, 24.168351). |
| Les ruines du château de Bicorna (κάστρο του Αποκόρωνα / kástro tou Apokórona) | Le Castel di Bicorna était, à l’époque de la domination vénitienne, un château construit sur la côte sud de la rade de Souda, à l’est du village de Calive, de nos jours Kalyvès, sur un promontoire qui est encore nommé, de nos jours, Kastéli (Καστέλι). Le rôle de ce château était de protéger l’entrée de la rade et aussi, vraisemblablement, de défendre les ressources en eau douce et en vivres dont les navires vénitiens se ravitaillaient ; cette plaine côtière fertile est en effet irriguée par plusieurs rivières, dont le fleuve Xydas qui se jette dans la rade au pied du château. L’entrée de la rade était principalement protégée par la forteresse située sur l’îlot de Souda.Aller au château de Bicorna avec Google Maps (35.450797, 24.180203). Le château a pris le nom vénitien de la région qu’il protégeait, nom dont on rencontre de multiples variantes : la Bicorna, l’Abicorna, l’Apicorona ou l’Apicorno, entre autres variantes, déformations du nom grec antique de la contrée ou du nom d’une cité de cette contrée ; de nos jours, la région est nommée Apokoronas (Αποκόρωνας). Le Castel di Apicorno ferait partie de la quinzaine de châteaux que le corsaire génois, le comte de Malte, surnommé péjorativement par les Vénitiens Enrico Pescatore (« Henri le Pêcheur »), aurait édifiés, ou plus vraisemblablement réparés, pendant sa brève occupation de l’île de Crète, entre 1206 et 1211. Après leur prise de possession de la Crète les Vénitiens utilisèrent le Castel di Bicorna comme siège d’une châtellenie (καστελλανία του Αποκόρωνα) qui s’étendait sur la région, la châtellenie de Bicorna (Castellania di Bicorna) ou châtellenie d’Apicorno (Castellania di Apicorno). Cependant le château de La Bicorne fut très endommagé par le tremblement de terre du 8 août 1303 ; en 1360 un mur du château s’écroula et le Sénat de la République de Venise fut réticent à faire réparer le Castel di Bicorna, demandant aux habitants de faire réparer le château à leurs frais. Le château ne devait pas être en très bon état lorsque le corsaire ottoman Barberousse l’incendia en 1538 et dévasta la châtellenie de l’Apicorno. Après le tremblement de terre du 26 novembre 1595, le recteur de La Canée, Benetto Dolfin, constatait que « le château de l’Abicorno est détruit ». Lors de la conquête de la Crète par les Ottomans en 1646, les Vénitiens ne tentèrent même pas de défendre le Castel di Apicorno ; ils le désarmèrent et l’abandonnèrent « sans que l’ennemi ne se soit encore montré ».
Le Castel di Apicorona était construit à la pointe d’un promontoire de faible hauteur, entre 50 m et 60 m d’altitude ; ce promontoire ne présente pas de défenses naturelles très fortes ; il est accessible de tous côtés, sa pente n’est un peu plus raide que du côté oriental ; puis, du côté sud, par un petit col où il rejoint les autres collines. En revanche le château était plutôt vaste, s’apparentant à une forteresse contenant des maisons d’habitations où la population pouvait se réfugier. L’ingénieur vénitien Raffaele Monanni, ou Monani, inspecta la forteresse en 1631 et rapporte, dans son ouvrage « Descrizione topografica di Candia », qu’elle pouvait accueillir le plus grand nombre de personnes, comparativement à toute autre forteresse de Crète ; Monanni présente un dessin de la forteresse où apparaissent une multitude de constructions à l’intérieur de l’enceinte de la forteresse. L’historien italien Giuseppe Gerola visita les ruines du château de Bicorna vers 1902 et en fit la description suivante : « Il ne reste presque rien de l’ancien château : tout est aujourd’hui enfoui sous terre, et le long de la pente de la colline, les cultures poussent à pic. Çà et là, seul un mur d’enceinte de 0,65 mètre d’épaisseur apparaît, qui aurait encerclé toute la colline. Nous pensons que la tour A au nord-est et l’éperon triangulaire B au sud-ouest appartenaient au système de fortification lui-même. Le sommet de la colline était entouré d’un mur plus intérieur (C), également doté de tours, avec une porte au nord-ouest : à l’intérieur, subsiste un bâtiment rectangulaire très simple (D), mesurant 1,5 mètre de hauteur extérieure, 8,95 m par 4,85 m, et dont le rez-de-chaussée était occupé par une citerne voûtée.
Des bâtiments du château, seule la moitié de l’église Sainte-Trinité (chiesa di Santa Trinità) (E) et quelques vestiges de maisons (F) subsistent, enfouis mais partiellement exposés suite à un glissement de terrain sur la colline : une section de l’égout est également visible ici. Les ruines des anciens bâtiments sont constituées de tous les murs en pierres sèches disséminés sur la colline. »
Il ne reste, de nos jours, du Castel di Bicorna que des amas informes de pierres et un bâtiment rectangulaire qui a été transformé en entrepôt privé. |
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| Sur la route de Mégala Chorafia à Néo Chorio | La route provinciale 42 débute sur le plateau de Mégala Chorafia (Μεγάλα Χωράφια), près d’Aptéra, comme une bretelle de sortie de la route nationale 90 ; la route descend en direction du sud vers la plaine de l’Apokoronas en un parcours sinueux ; en bas de la descente, à gauche de la route, au lieu-dit Azoïrès (Αζωϊρές), on peut visiter une tombe à tholos (θολωτός τάφος), c’est-à-dire un caveau funéraire surmonté d’un dôme de pierre ; cette tombe fut découverte par l’archéologue français Paul Faure, puis fouillée systématiquement en 1961 par les archéologues grecs Nicolas Platon (Νικόλαος Πλάτων) et Kostis Davaras (Κωστής Δαβάρας) ; malheureusement, cette tombe, datant de l’époque minoenne post-palatiale, avec des influences mycéniennes, avait été pillée. Ce caveau présente une chambre funéraire circulaire et un chemin d’accès d’une vingtaine de mètres de longueur.Aller à la tombe à tholos de Stylos avec Google Maps (35.449810, 24.127079). Quelques centaines de mètres après la tombe à tholos, la route provinciale permet d’atteindre une très belle église byzantine, Notre-Dame Zerviotissa, en bifurquant à gauche sur une petite route secondaire. Plus loin on atteint un carrefour entre la route provinciale 42 et la route secondaire de Kalyvès à Farangi ; en bifurquant à droite la route secondaire conduit vers le village de Farangi (Φαράγγι), dont le nom signifie « Gorge », et vers les gorges de Diktamos (Φαράγγι Δικτάμου) ; ces gorges sont nommées ainsi à cause de la présence abondante de dictame de Crète (Origanum dictamnus), une plante médicinale très appréciée par les Crétois. Les gorges du Dictame, d’environ 7 km de longueur, débutent près du village de Katochori (Κατωχώρι) et sont parcourues par un cours d’eau, la rivière Kéramiotis (Κεραμιώτης), qui conflue avec la rivière Kyliaris au nord de Stylos ; ces gorges peuvent difficilement être visitées sans équipement spécial. En revenant sur la route provinciale 42 on atteint bientôt le village de Stylos ; après Stylos la route provinciale continue jusqu’au bourg de Néo Chorio (Νέο Χωριό) où elle rejoint l’ancienne route nationale 90. |
| L’ancienne église Notre-Dame Zerviotissa (Παναγία της Ζερβιώτισσας / Panagía tis Zerviótissas) | En descendant du promontoire d’Aptéra vers la plaine de l’Apokoronas par la route provinciale 42 de Mégala Chorafia à Néo Chorio, on aperçoit bientôt, sur la gauche, une petite église d’une architecture remarquable ; il s’agit de l’ancien catholicon d’un monastère qui n’existe plus de nos jours, le monastère Notre-Dame Zerviotissa (Μονή της Παναγίας της Ζερβιώτισσας).Depuis le promontoire d’Aptéra, situé à environ 150 m d’altitude, la route atteint la plaine, située à environ 18 m d’altitude, après environ 4 km ; en bas de la descente se trouve le site archéologique de la tombe à tholos de Stylos ; 700 m après ce site archéologique, prendre une petite route sur la gauche, où un panneau routier indique l’église de la Panagia, rouler 300 m puis bifurquer à gauche sur un chemin de terre, carrossable mais en plutôt mauvais état ; après une centaine de mètres on arrive à l’ancienne église Notre-Dame Zerviotissa ; il est préférable de garer sa voiture sur la petite route et de parcourir le chemin de terre à pied. Depuis le village de Stylos, on peut atteindre l’église Notre-Dame, située à environ 1,2 km au nord de Stylos ; prendre la direction du nord jusqu’au carrefour de la route provinciale et de la route secondaire de Kalyvès (Καλύβες) à Farangi (Φαράγγι) ; bifurquer à droite en direction de Kalyvès, puis bifurquer à gauche après 200 m, en suivant les panneaux ; après 400 m, on atteint bientôt le chemin de terre qui conduit à l’église. Aller à l’église Notre-Dame Zerviotissa avec Google Maps (35.444730, 24.129680). Le monastère de la Panagia Zerviotissa a été fondé, au XIe siècle, pendant la seconde époque byzantine, par des moines du monastère Saint-Jean le Théologien de Patmos (Μοναστήρι του Αγίου Ιωάννου του Θεολόγου της Πάτμου) ; selon une chrysobulle de 1088 de l’empereur Alexis Ier Comnène (Αλέξιος Α΄ Κομνηνός), le futur saint Christodoulos de Patmos (όσιος Χριστόδουλοςο Λατρηνός) (né vers 1020 – mort vers 1093) aurait vécu dans ce monastère après l’invasion de Patmos par les Turcs. Le monastère de la Panagia Zerviotissa était un monastère cénobite, c’est-à-dire un monastère de moines vivant en communauté et non de moines ermites. Les moines exploitaient les terres fertiles situées entre le promontoire d’Aptéra et le cours de la rivière Kyliaris ; les moines avaient construit sur la rivière un moulin à eau. L’église de la Panagia Zerviotissa (Ιερός Ναός της Παναγίας της Ζερβιώτισσας) était le catholicon du monastère ; elle est le seul édifice du monastère qui subsiste ; il ne reste que les fondations des bâtiments monastiques ; l’église se trouve de nos jours au milieu des orangeraies et des oliveraies.
Le nom de « Ζερβιώτισσα », parfois écrit « Σερβιώτισσα », signifierait « du côté gauche », selon une image de la Vierge à l’Enfant où la Vierge tient l’Enfant Jésus de la main gauche et non de la main droite comme il est d’usage ; la Panagia Zerviotissa serait une « Vierge gauchère ». Le mot « ζερβιώτισσα » proviendrait d’un mot de grec médiéval « zervos » (ζερβός), provenant lui-même de l’arabe, signifiant « du côté gauche ». L’église est parfois surnommée « Monastira » (Μοναστήρα), en réminiscence de l’ancien monastère.
L’église Notre-Dame Zerviotissa est un des plus beaux exemples d’architecture religieuse byzantine en Crète, architecture très harmonieuse inspirée des églises de Constantinople, comme Sainte-Sophie, avec par exemple l’inclusion de briques dans le mortier autour des ouvertures. La partie le plus ancienne, datant du XIe siècle, était un édifice beaucoup plus petit ; l’édifice présent date du XIIe siècle. L’église présente un plan au sol en forme de croix grecque inscrite, formant un carré d’environ 10 m de côté. Au-dessus de la croisée du transept s’élève un haut dôme dont le tambour est de forme octogonale, percée de huit fenêtres étroites qui éclairent l’intérieur. Du côté oriental, le demi-cylindre de l’abside centrale est percé de deux étroites fenêtres ; l’abside centrale est flanquée de deux autres absides, percées de fenêtres qui éclairent les baies du nord-est et du sud-est de la nef principale. Une seconde porte est ouverte dans la baie sud-ouest de la nef principale ; cette porte est surmontée d’un linteau, portant une inscription latine, et d’un arc de briques. La maçonnerie est faite de pierres grossièrement équarries et de simples moellons récupérés d’édifices plus anciens ; les arcs des fenêtres sont constitués de briques.
L’intérieur de l’église était décoré de peintures à fresque, notamment dans la nef sud du transept, dont il ne reste que quelques vestiges. La Panagia Zerviotissa est plutôt en bon état ; seule une partie de la façade ouest, au-dessus du portail, est éboulée. L’église a été restaurée au début du XXIe siècle par la 28e Éphorie des Antiquités byzantines. |
| Le village de Stylos (Στύλος / Stýlos) | Stylos est un village agricole situé dans le nord-ouest de l’Apokoronas, à environ 42 m d’altitude ; le village se trouve sur la rive gauche de la rivière Kyliaris qui irrigue la contrée et qui se jette dans la rade de Souda à environ 4 km au nord-est de Stylos. La localité de Stylos compte une population d’environ 300 habitants ; elle est le chef-lieu d’une communauté locale (Τοπική Κοινότητα Στύλου) de près de 500 habitants, qui comprend aussi les localités de Provarma (Πρόβαρμα), de Samonas (Σαμωνάς) et de Farangi (Φαράγγι). Le toponyme de la localité, « στύλος », signifie « colonne, pilier », mais rien dans la topographie ou dans les vestiges archéologiques de la région ne permet d’expliquer ce nom. Stylos se trouve à une douzaine de kilomètres de Vryssès, le chef-lieu du dème, et à une vingtaine de kilomètres de La Canée, le chef-lieu de la province. Les ruines de la grande cité antique de la région, Aptéra, se trouve sur un promontoire situé à moins de 4 km au nord de Stylos. Le village de Stylos est adossé à des collines – au nord, à l’ouest et au sud – et recueille les eaux tombant sur ces hauteurs ; les eaux jaillissent à Stylos par des sources abondantes et sont embouteillées par une usine située dans le nord du village, l’usine d’embouteillage d’ETANAP (ΕΤΑΝΑΠ) qui commercialise ces eaux sous la marque commerciale « Samaria » (Επιτραπέζιο Νερό ΣΑΜΑΡΙΑ), une eau de table que l’on trouve dans toute la Crète. Les analyses chimiques assurent que ces eaux ne sont pas affectées par les activités humaines et ne contiennent pas de nitrates. Stylos est un village agréable, rafraîchi par les sources, avec quelques bonnes tavernes ombragées au bord de la rivière, pour une halte-déjeuner après, par exemple, la visite du site d’Aptéra. À l’entrée nord du village se trouve une église byzantine, l’église Saint-Jean le Théologien et Saint-Nicolas (Άγιος Ιωάννης ο Θεολόγος και Άγιος Νικόλαος) ; c’est une église à deux nefs dont la construction date du XIIIe siècle ; l’église fut agrandie au XIVe siècle et au XVe siècle. | _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) |
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| Sur la route de Néo Chorio à Vryssès | On peut rejoindre les localités de Néo Chorio (Νέο Χωριό) et de Vryssès (Βρύσες) par l’ancienne route nationale 90, mais il existe une route de contournement qui est la route provinciale 49 de Néo Chorio à Vryssès (Επαρχιακή Οδός Νέου Χωριού-Βρύσων) ; cette route provinciale permet de découvrir quelques villages de l’intérieur de l’Apokoronas. À partir de Néo Chorio, la route provinciale 49 remonte le cours supérieur de la rivière Kyliaris (ποταμός Κυλιάρης) et atteint d’abord Machéri (Μαχαιροί), puis Ramni (Ραμνή), où l’on peut faire une excursion vers le village de Kyriakosellia pour voir les ruines de son château et son église byzantine ; on atteint ensuite Mélidoni (Μελιδόνι), Pémonia (Πεμόνια), Frès (Φρες), Tzitzifès (Τζιτζιφές), Nipos (Νίπος) et Vafès (Βαφές) ; après Vafès la route continue jusqu’à Vryssès, le chef-lieu du dème. |
| Le village de Kyriakosellia (Κυριακοσέλλια / Kyriakoséllia) | Kyriakossellia (Κυριακοσέλλια), ou Kyriakosélia (Κυριακοσέλια), est un petit village de l’Apokoronas, d’une trentaine d’habitants, qui se trouve sur les contreforts nord-est du massif des Montagnes Blanches (Λευκά Όρη), à environ 340 m d’altitude. Le village se trouve au pied d’un promontoire escarpé où se dressent quelques ruines d’un ancien château, le Kastéli (Καστέλι). La localité de Kiriakosselia fait partie de la communauté locale de Ramni (Ραμνή) (Κοινότητα Ραμνής), village qui se trouve à environ 700 m au sud-est ; le village de Chiliomoudou (Χιλιομουδού) fait aussi partie de cette communauté. Le chef-lieu de la province, La Canée, se trouve à environ 30 km au nord-ouest ; le chef-lieu du dème de l’Apokoronas, Vryssès, se trouve à environ 15 km à l’est-sud-est. La principale attraction touristique culturelle de Kyriakosellia est une église byzantine considérée comme l’une des plus belles églises de Crète, l’église Saint-Nicolas ; cette église est située en contrebas des ruines d’un ancien château, datant de la même seconde époque byzantine, construit sur un éperon rocheux ; au pied de la pente escarpée de cet éperon rocheux se trouve une chapelle rupestre, la chapelle Saint-Mammas (Άγιος Μάμας), dédiée à saint Mammès de Césarée, en Cappadoce. |
| Les ruines du château de Kyriakosellia (κάστρο των Κυριακοσέλιων / kástro ton Kyriakosélion) | Le château de Kyriakosélia (κάστρο των Κυριακοσέλιων) se trouve à environ 400 m d’altitude, à l’extrémité occidentale d’un éperon rocheux situé à environ 200 m au nord-est du village ; le château domine le village d’environ 60 m. L’accès au château se fait par l’ouest, depuis le village, par un sentier scabreux et tortueux, d’une pente moyenne de près de 30 %. Le château est distant d’environ 9 km, à vol de corbeau, de la côte sud de la rade de Souda.Aller au château de Kyriakosélia avec Google Maps (35.405757, 24.104576). Le château est également nommé « Château Saint-Nicolas » (Κάστρο Αγίου Νικολάου), « κάστρο » étant le terme utilisé à l’époque byzantine pour désigner un château, dérivé du latin « castrum » ; le château est parfois nommé le Kastéli (Καστέλι), d’après le mot utilisé à l’époque vénitienne, « Kastèli ». Le château de Kyriakosellia aurait été bâti pendant la seconde époque byzantine. Selon une tradition controversée, l’empereur Alexis Ier Comnène aurait réparti les terres de Crète entre douze Archontopouli (Ἀρχοντόπουλοι) (« fils d’archontes »), vers l’an 1092, afin de rétablir l’ordre dans cette possession insoumise ; la contrée située dans le sud-ouest de l’Apokoronas, entre la baie de Souda et les Montagnes Blanches, comprenant les villages d’Arméni (Αρμένοι), de Stylos (Στύλος), de Kalyvès (Καλύβες) et la région des Kéramia (Κεραμιά), aurait été attribuée à la famille des Skordylis (Σκορδύλης) ; vers la fin du XIIe siècle les seigneurs Skordylis auraient fait bâtir le château de Kyriakosellia afin de défendre ces terres.
L’historien italien du début du XXe siècle Giuseppe Gerola identifie le kastèli de Kyriakosélia – qu’il écrit étrangement « Kjirjakosèlja » - à l’une des quatorze forteresses qu’aurait bâties le corsaire génois, le comte de Malte Enrico Pescatore, pendant son occupation de l’île, de 1206 à 1211, la « Rocca di San Nicolò », dans la châtellenie de Bicorna (Castellania di Bicorna). Lorsque les Vénitiens obtinrent la reddition des défenseurs de la Rocca di San Nicolò, qui étaient en fait des Grecs et non des Génois, ils les conduisirent au Castel Bicorna, ou Castel Apicorno, près de Calive (Kalyvès), en leur permettant de s’embarquer vers la destination de leur choix, ce qui prouve que la Rocca di San Nicolò ne devait pas être très éloignée de la baie de Souda. Après sa prise de possession de la Crète, en 1212, la République de Venise restaura et utilisa la Rocca di San Nicolò. Cependant, dès 1217, un premier soulèvement crétois contre la domination vénitienne, mené par Sébaste Constantin Skordylis (Σεβαστός Κωνσταντίνος Σκορδύλης) et par Michel Mélissène (Μιχαήλ Μελισσηνός), permit aux archontes byzantins de s’emparer de toute la Crète occidentale à partir du Mylopotamos ; le château de Kyriakosellia redevint la propriété des Skordylis. D’autres soulèvements continuèrent jusqu’en 1236, quand les Vénitiens, commandés par le duc de Candie Bartolomeo II Gradenigo, vainquirent les rebelles crétois ; le château de Kyriakosellia passa aux mains des Vénitiens le 23 juillet 1236. Ces soulèvements furent nommés soulèvements des « Deux Syvritos » (επανάσταση των Δύο Συβρίτων), du nom des fiefs des deux familles, la province de l’Amari, le Syvritos d’en Haut (Άνω Σύβριτος), pour la famille des Skordylidès (Σκορδύληδες) et la province de Saint-Basile, le Syvritos d’en Bas (Κάτω Σύβριτος), pour la famille des Mélissènes (Μελισσηνοί). En 1902, Giuseppe Gerola décrit les ruines du kastèli de la manière suivante :
« La colline, séparée des autres par les flancs, est rocheuse et son accès est accidenté, voire excessivement difficile. On l’escalade par l’ouest. Le sommet est entouré d’un mur de 1,30 m d’épaisseur, dont le parapet, épais de 0,60 m, est également visible par endroits. Le long du côté sud, deux portes ou fenêtres étroites (H et K), larges de 0,60 m, subsistent. À l’est, se trouvent deux enceintes de fortification. À l’intérieur du château, sur le sommet ouest, se trouve une tour polygonale (A) dont les murs mesurent 1,30 m d’épaisseur et 1,20 m (5,5 pieds), initialement voûtés. Dans la vallée entre ce sommet et celui situé plus bas à l’est se trouvent les vestiges de la petite église Sainte-Veneranda (chiesuola di S. Veneranda). On trouve également deux citernes (C, D) – dont la plus grande mesure environ 18 x 7 m – et plusieurs puits (E, F, G). Le long du versant nord, un escalier très raide, en partie creusé dans la roche et doté d’un dosseret en maçonnerie, mène à une grotte dont l’entrée est fermée par un mur très solide : à l’intérieur se trouvent une fontaine et la petite chapelle Saint-Mammas (cappellina di S. Mama) (M). » De nos jours, les deux portes étroites mentionnées par Gerola n’existent plus. De l’enceinte fortifiée qui épousait les courbes du terrain, il ne reste que quelques ruines éparses. Sur la selle située entre le sommet de l’ouest et le sommet de l’est, moins élevé, se trouvent les vestiges de la petite chapelle castrale Sainte-Parascève (Αγία Παρασκευή), nommée Santa Veneranda par les Vénitiens ; les mots Parascève et Veneranda, ou Venera, se réfèrent tous deux au vendredi, veille du sabbat. De nos jours une petite chapelle a été édifiée à cet emplacement. Depuis le château, un escalier fortifié, situé au nord-est, permettait de descendre jusqu’à la chapelle rupestre Saint-Mammas (cappellina di San Mama), près de laquelle se trouve une source qui alimentait le château en eau. |
| L’église Saint-Nicolas (Άγιος Νικόλαος / Ágios Nikólaos) | L’église Saint-Nicolas à Kyriakosellia se trouve au creux d’un vallon situé à environ 500 m au nord-est du village, en contrebas du promontoire où se dressait le château de Kyriakosellia ; dans ce vallon bien irrigué sont cultivés des agrumes. L’église est sur une petite route qui relie Kyriakosélia à Stylos, via les hameaux de Chiliomoudou (Χιλιομουδού) et de Samonas (Σαμώνας).Aller à l’église Saint-Nicolas à Kyriakosélia avec Google Maps (35.407869, 24.107164). L’église Saint-Nicolas paraît avoir été dédiée initialement à saint Nicolas le Studite (Όσιος Νικόλαος ο Στουδίτης) ou saint Nicolas le Confesseur (Άγιος Νικόλαος ο Ομολογητής), un saint byzantin du VIIIe siècle, originaire de Kydonia (La Canée), moine au monastère de Stoudion à Constantinople. Cependant le culte de saint Nicolas de Myre (Άγιος Νικόλαος Μύρων), évêque de Myre, en Lycie, à la fin du IIIe siècle, s’est ajouté au culte primitif. L’église de Kyriakosellia fête son saint patron, Nicolas le Studite, le 4 février.
L’église Saint-Nicolas a été édifiée à la fin du XIe siècle ou au début du XIIe siècle, pendant la seconde époque byzantine ; l’édifice était initialement à une nef unique couverte par une voûte, avec des fenêtres latérales en arcs et une grande abside semi-cylindrique ornée d’une fenêtre trilobée de même hauteur. | _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) | Vers 1230 - 1236, à l’époque vénitienne, mais quand la région avait été reprise par la noblesse byzantine, l’église Saint-Nicolas a été transformée et a adopté un plan cruciforme, en forme de croix grecque inscrite ; du côté ouest, une seconde nef voûtée a été accolée à la nef d’origine ; cette nouvelle nef est surmontée d’un dôme cylindrique, de hauteur inhabituellement élevée ; le tambour du dôme est ajouré de six fenêtres en briques à arc en plein cintre ; les toits de la nef et du dôme sont couverts de tuiles ; les fenêtres latérales de la nef sont bilobées et bordées de briques. C’est aussi à cette époque que l’intérieur de l’église fut décoré de peintures murales à fresque.Au début du XXe siècle, le mur de l’ouest de la nef du XIIIe siècle, fut démoli pour construire un narthex à une seule nef, donnant à l’église Saint-Nicolas sa forme présente ; le mur de l’ouest est surmonté d’un clocher. Le narthex du XXe siècle n’est pas représenté sur le plan ci-contre. | _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) | À l’intérieur de l’église Saint-Nicolas, dans toutes les parties datant du XIe siècle ou du XIIIe siècle, on peut admirer des peintures à fresque de grande qualité, sans doute réalisées par plusieurs peintres talentueux du début et de la fin du XIIIe siècle, dans le respect des techniques du XIIe siècle de l’époque des Comnènes. Ces peintres ont utilisé des couleurs intenses et luxueuses, notamment le magnifique « bleu d’Égypte » ; dans certains cas, comme sur les visages, les lignes du dessin préliminaire sont évidentes. Ces fresques, représentant des scènes de la vie christologique, de la Vierge Marie et de la vie de saint Nicolas, sont plutôt bien préservées dans l’ensemble. Sur la voûte de l’abside, datant du XIe siècle, se trouve une représentation de la Vierge Marie assise sur un trône, entourée de deux archanges en adoration. Au-dessous, sur le mur cylindrique de l’abside, sont représentés la « Communion des Apôtres » (Κοινωνία των Αποστόλων) et le « Mélisme » (Μελισμός), c’est-à-dire la transsubstantiation du corps et du sang du Christ, avec les hiérarques concélébrants. Sur la coupole, datant du XIIIe siècle, coupole bien éclairée par les six fenêtres du dôme, est représenté le Christ Pantocrator (Χριστός Παντοκράτωρ), entouré de quatre archanges et des prophètes sur le tympan, et des évangélistes sur les pendentifs de la coupole. Les piliers orientaux soutenant la coupole semblent avoir joué le rôle de l’iconostase et présentent le Christ Antiphoniste (Χριστός Αντιφωνητής), la Vierge Marie des Blachernes (Παναγία η Βλαχερνίτισσα), saint Nicolas évêque de Myre (Άγιος Νικόλαος επίσκοπος Μύρων), et saint Nicolas le Studite (όσιος Νικόλαος ο Στουδίτης). Le reste des murs est décoré de fresques évoquant trois importants cycles iconographiques de l’orthodoxie : la vie de la Mère de Dieu (Θεοτόκος), mettant en valeur la jeunesse de la Vierge Marie ; la vie du Christ, avec notamment, sur la voûte, la Transfiguration de Jésus, la Résurrection de Lazare, la Résurrection de Jésus, l’Ascension de Jésus et la Pentecôte ; la vie de saint Nicolas de Myre, fêté le 6 décembre. Il ne semble pas y avoir eu de cycle iconographique dédié à saint Nicolas le Studite. | L’église Saint-Nicolas à Kyriakosellia est généralement fermée à clé. On peut faire une halte au kafénio-taverne (Ταβέρνα Λεμονιά) de Samonas, à la sortie sud du village, à environ 5 km au nord-est de Kyriakosellia, pour obtenir la clé de l’église ou se faire accompagner. On peut aussi se renseigner auprès de l’Éphorie des Antiquités byzantines et post-byzantines de La Canée, au numéro de téléphone 00 30 28310 23653. L’intérieur de l’église n’est pas éclairé par la lumière électrique ; il est utile de se munir d’une lampe portative pour bien voir les fresques. Dans les années 1990, ici en 1995, la visite était assurée par un personnage très sympathique et très pittoresque, Georges Manatakis (Γεώργιος Μανατάκης), portant fièrement le costume traditionnel crétois : bottes, culotte bouffante et mantille à franges, le « mandili » (μαντήλι / mantíli). Il repose à présent dans le petit cimetière de Kyriakosellia, parsemé de pétales d’orangers, attenant à l’église. | _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) |
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| Le village de Frès (Φρες / Fres) | Frès est un petit village agricole du sud-ouest de l’Apokoronas, situé sur les contreforts nord-est des Montagnes Blanches, à environ 230 m d’altitude. Frès se trouve à environ 8 km à l’ouest du chef-lieu du dème, Vryssès, et à 31 km au sud-est de La Canée. Le village vit principalement de la production d’huile d’olive, de vin et de fromage. La localité de Frès compte un peu plus de 200 habitants, mais elle est le chef-lieu d’un canton (Δημοτική ενότητα Φρε) qui comprend quatre autres communautés locales : Mélidoni (Μελιδόνι), Païdochori (Παϊδοχώρι) qui comprend aussi le village d’Agioi Pantès (Άγιοι Πάντες) (« Tous les Saints »), Pémonia (Πεμόνια) et Tzitzifès (Τζιτζιφές) ; le canton a une population totale de moins de 1 000 habitants.
Le village possède une grande place sur laquelle se dresse la grande église de l’Annonciation (Ευαγγελιστρία), une église à trois nefs, coiffée d’un dôme, avec deux immenses clochers, qui paraît à présent démesurée pour ce modeste village.
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| Le village de Vafès (Βαφές / Vafés) | À une centaine de mètres au sud-ouest de Vafès, on peut visiter la grotte de Kryonérida (σπήλαιο Κρυονερίδας), une grotte qui fut un lieu de culte et un refuge où périrent plus d’une centaine de Crétois pendant le soulèvement de 1821, enfumés par les Turcs ; ce lieu historique a donné son nom au canton de Kryonérida. La communauté locale de Vafès (Κοινότητα Βαφέ) comprend aussi les localités d’Arévitis (Αρεβίτης) et d’Achatzikia (Αχατζηκιά). |
| La ville de Vryssès (Βρύσσες / Vrýsses) | Vryssès est un bourg agricole situé au milieu de l’Apokoronas, à environ 62 m d’altitude, dans une plaine fertile irriguée par plusieurs rivières, plaine qui se trouve au piémont nord-est des monts Madarès (Μαδάρες), plus connus sous le nom de Montagnes Blanches (Λευκά Όρη) ; l’activité primaire des habitants du village est la culture des agrumes et des oliviers, et l’élevage de moutons et de chèvres ; Vryssès est réputé pour sa production de yaourts que l’on consomme traditionnellement avec du miel. Vryssès exerce aussi une activité administrative, étant, depuis 2010, le chef-lieu du dème de l’Apokoronas, au détriment du chef-lieu historique de la contrée, le village de Vamos. Vryssès est aussi le chef-lieu d’un des six cantons de l’Apokoronas, le canton de Kryonérida (Δημοτική ενότητα Κρυονερίδας), qui comprend les communautés locales de : Alikampos (Αλίκαμπος) ; Vafès (Βαφές) ; Emprosnéros (Εμπρόσνερος) ; Maza (Μάζα) ; Nipos (Νίπος) ou Nippos (Νίππος). Vryssès est le chef-lieu d’une communauté locale (Κοινότητα Βρυσών Αποκορώνου) qui comprend aussi le village de Métochi (Μετόχι) (« le métoque »), nommé autrefois « Μετόχι Γετίμη », situé à 2 km au nord-ouest de Vryssès, et le village de Filippos ou Philippos (Φίλιππος), situé à moins de 2 km à l’est-sud-est de Vryssès ; la population de la communauté locale s’élève à quelque 800 habitants.
La localité de Vryssès se trouve au carrefour de plusieurs routes : l’ancienne route nationale 90 de La Canée à Réthymnon et quatre routes provinciales : la route 49 vers Néo Chorio, la route 51 vers Vamos, la route 52 vers Nipos et Agioi Pantès, et la route 54 vers Askyfou puis Chora Sfakion. Vryssès n’est qu’à 500 m d’une bretelle de sortie de la nouvelle route nationale 90. Vryssès est à 33 km au sud-est de La Canée, soit environ 40 min de conduite, à 33 km à l’ouest de Réthymnon, soit environ 36 min de conduite, et à 37 km au nord de Chora Sfakion, soit environ 50 min de conduite. Il y a un parc de stationnement public au nord du centre-ville de Vryssès. En raison de la situation de la ville, la station d’autocars de la compagnie KTEL est une sorte de plaque tournante pour les voyageurs qui utilisent les transports publics : la station d’autocars se trouve un peu au nord de la place centrale, près du monument commémorant l’indépendance crétoise ; il faut compter environ 40 min pour venir depuis La Canée. Le toponyme « βρύσες / vrýses » signifie « source », avec la nuance de source captée, de fontaine ou même de robinet ; le mot « source », au sens général, est « πηγή / pigí », et une fontaine se dit « κρήνη / kríni ». Le nom du village est parfois écrit avec deux « σ », « Βρύσσες ». Ce toponyme est très courant en Grèce ; en Crète il y a par exemple le village de Vryssès situé dans la vallée d’Amari. Pour spécifier le Vryssès de la province de La Canée on peut écrire « Βρύσες Αποκορώνου Χανίων ». Vryssès est traversé par plusieurs rivières dont les principales sont : la rivière Boutakas (ποταμός Μπούτακας) qui prend sa source dans les environs d’Emprosnéros et de Vafès, au sud-ouest de Vryssès, et qui recueille les eaux du versant nord-est des Montagnes Blanches ; la rivière Farmakéra (Φαρμακερά), qui prend sa source entre les villages de Vafès et de Nipos, à l’ouest de Vryssès ; la rivière Vryssianos (ποταμός Βρυσιανός), c’est-à-dire la rivière « vryssienne » ou rivière de Vryssès, qui prend sa source dans les environs de Métochi, au nord-ouest de Vryssès. Le village a été construit au confluent de ces rivières ; la rivière Vryssianos est l’affluent de la rivière Boutakas sur sa rive gauche ; en aval de Vryssès la rivière Boutakas coule en direction de l’est et se mêle à la rivière Almyros pour se jeter dans le golfe de l’Almyros à Georgioupoli.
Le centre-ville de Vryssès, aménagé en parc, se trouve autour du confluent des rivières, près d’un grand pont où passe l’ancienne route nationale 90 ; ce pont a été construit en 1948, car l’ancien pont avait été détruit par la Luftwaffe, à la fin du mois de mai 1941, lors de la dernière phase de la « bataille de Crète », pour empêcher des milliers de soldats de l’Empire britannique de retraiter vers le port de Chora Sfakion où ils s’embarquaient pour être évacués vers l’Égypte. Cette zone du centre-ville, rafraîchie par les cours d’eau où barbotent quelques canards, est très agréable pendant la chaleur torride de l’été ; dans plusieurs tavernes, aux terrasses ombragées par d’immenses platanes centenaires, on peut déguster de l’agneau rôti à la broche et du yaourt de lait de brebis sucré au miel de la région. |
| L’arche hellénique (Ελληνική Καμάρα / Ellinikí Kamára) | Selon une légende locale il y avait dans la région, dans l’Antiquité, une cité nommée Philippoupolis (Φιλιππούπολης), bien qu’aucun texte ne mentionne cette cité. Cependant cette cité pourrait avoir été située à l’emplacement du village présent de Filippos ou Philippos (Φίλιππος), situé à environ 2 km au sud de Vryssès ; à environ 1 km au nord-est de Filippos se trouve un pont antique à une seule arche, connu sous le nom d’« Arche hellénique », qui permet de franchir la rivière Boutakas.Ce pont est considéré comme l’un des plus anciens de Crète ; il aurait été construit à l’origine en pierres non cimentées, à l’époque hellénistique ou même à la fin de l’époque classique. Le pont a été reconstruit aux époques vénitienne et ottomane, en remployant les pierres d’origine, mais en les cimentant avec un mortier fait avec du sable de la rivière et de la chaux. La hauteur de l’arche est de 8,40 m au-dessus du lit de la rivière et sa portée maximale est de 11,10 m, et les piles du pont ont une épaisseur de 4,8 m. C’est vraisemblablement ce pont qui est à l’origine du nom que les Vénitiens donnaient à la rivière Boutakas, « Camara fiume », « le fleuve Arche ». À l’époque vénitienne la grande route reliant Canea à Rettimo, route nommée « Strada Reale » (« Route royale »), franchissait la rivière Camara par ce pont. L’Arche hellénique se trouve, de nos jours, coincé entre la route nationale 90 et l’ancienne route nationale 90, à environ 1,5 km au sud-est de Vryssès, à un endroit où l’ancienne route passe sous un viaduc de la nouvelle route qui franchit aussi la rivière à peu près au même endroit que le vieux pont hellénique ; l’emplacement n’est pas très plaisant mais le vieux pont a été restauré dans les années 2020 et une aire de pique-nique, ombragée par des cyprès, a été créée autour du pont ; un ancien moulin à huile, transformé en buvette, se trouve à proximité. Aller à l’Arche hellénique avec Google Maps (35.368999, 24.215349). |
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| Sur la route de Vryssès à Chora Sfakion | La route provinciale 54, de Vryssès à Chora Sfakion (Επαρχιακη Οδός Βρυσών – Χώρα Σφακίων), relie le chef-lieu de l’Apokoronas au chef-lieu des Sfakia, situé sur la côte sud de la Crète, en 37 km, soit environ 50 min de conduite. La route provinciale se dirige presque plein sud à travers la plaine de l’Apokoronas, à une cinquantaine de mètres d’altitude ; la route atteint d’abord les villages d’Alikampos et d’Emprosnéros (Εμπρόσνερος), situés de part et d’autre de la route. La route provinciale escalade ensuite les Madarès (Μαδάρες), c’est-à-dire le versant nord du massif des Montagnes Blanches, jusqu’au plateau d’Askyfou (Ασκύφου), situé à environ 700 m d’altitude ; la route franchit ensuite un col, situé à environ 820 m d’altitude, situé près du village d’Impros (Ίμπρος), d’où l’on commence d’apercevoir la mer de Lybie.Il est possible de faire à pied la partie du trajet située dans l’Apokoronas, entre Vryssès et Alikampos, en empruntant le circuit de randonnée n° 5 de l’Apokoronas ; à l’aller, le chemin passe par l’« Arche hellénique », un pont antique, et le village de Maza, où se trouve la petite église Saint-Nicolas qui abrite des fresques du XIVe siècle ; à Alikampos on découvrira d’autres fresques, peintes par le même peintre, abritées dans l’église de la Dormition. Le retour vers Vryssès se fait par Emprosnéros où l’on peut découvrir la tour d’Alidakis (Πύργος του Αληδάκη), le château, en partie ruiné, d’un janissaire créto-turc qui tyrannisa la contrée à la fin du XVIIIe siècle. |
| Le village de Maza (Μάζα / Máza) | Maza est un village agricole, d’une centaine d’habitants, situé dans le sud de l’Apokoronas, à un peu plus de 4 km au sud-est de Vryssès et à 2 km au nord d’Alikampos, par la route de Vryssès à Chora Sfakion, en bifurquant à gauche sur la petite route de Filippos (Φίλιππος) ; le village se trouve à 160 m d’altitude, au piémont des monts Madarès (Μαδάρες), au bord de la vallée de la rivière Boutakas (Μπούτακας). On peut aussi accéder à Maza directement depuis la route nationale 90 en empruntant une bretelle de l’échangeur situé près du vieux pont hellénique. Maza est le chef-lieu d’une communauté locale (Κοινότητα Μάζης) qui comprend également les localités de Fonès (Φονές) et Champatha (Χάμπαθα). Le toponyme « μάζα » signifie « masse ». Sur la place du village se trouve la principale attraction de Maza, la petite église Saint-Nicolas (Άγιος Νικόλαος) édifiée au XIIIe siècle ; l’église d’Agios Nikolaos est une église à une seule nef, couverte par une voûte en berceau et un toit en tuiles à deux pans ; les murs sont en pierres grossièrement équarries et sont aveugles ; du côté de l’est se trouve une petite abside semi-cylindrique, couverte par des tuiles et percée de l’unique fenêtre de l’édifice, fenêtre très étroite fermée par un volet ; l’édifice mesure 6,6 m de longueur par 4,3 m de largeur.
L’église d’Agios Nikolaos est réputée pour des peintures murales à fresque réalisées vers 1325 par le peintre crétois Ioannis Pagoménos (Ιωάννης Παγωμένος) (1285 – 1350) ; ce peintre, originaire de la ville de Candie, de nos jours Héraklion, a été actif pendant une trentaine d’années et a décoré de nombreuses églises dans la province de La Canée, par exemple l’église de la Dormition dans le village voisin d’Alikampos.
Dans la demi-coupole de l’abside on remarquera la fresque de la Déisis (Δέησις), où le Christ Pantokrator est entouré de la Vierge Marie et de saint Nicolas, qui prend la place de saint Jean le Baptiste ; au-dessus de la Déisis se trouve une représentation du saint Foulard, le Mandylion (Άγιο Μανδήλιο), un linge où se serait imprimé le visage du Christ ; la fresque du saint Linge est flanquée de la Vierge Marie et de l’archange Gabriel. En-dessous de la Déisis, une fresque représente six évêques, dont saint Nicolas, saint Jean Chrysostome (Άγιος Ιωάννης ο Χρυσόστομος) (« saint Jean Bouche d’Or ») et saint Grégoire de Nazianze (Άγιος Γρηγόριος Ναζιανζηνός).
L’église Saint-Nicolas est généralement fermée à clé ; on peut demander la clé à le taverne située sur la place. |
| Le chai Dourakis (Οινοποιείο Ντουράκη / Oinopoieío Ntouráki) | Sur la route de Vryssès à Chora Sfakion, les amateurs de vins pourront faire une halte, voire une halte-dégustation, au chai Dourakis situé juste à gauche de la route, à environ 4,5 km au sud de Vryssès ; le village d’Alikampos se trouve à environ 2 km à l’est par la route.Aller au chais Dourakis avec Google Maps (35.349566, 24.203053). Le chai Dourakis est un domaine viticole familial fondé vers 1988 par Andréas Dourakis (Ανδρέας Ντουράκης) ; la famille Dourakis pratique une viticulture organique de divers cépages crétois en plus des cépages classiques : le vidiano (Βιδιανό), le vilana (Βηλάνα), le muscat de Spinas (Μοσχάτο Σπίνας), originaire de la région de Sélino, le romeiko (Ρωμέικο), le malvoisie (Μαλβαζία) et le kotsifali (Κοτσιφάλι). Dans la salle de dégustation, au 1er étage du chai, on peut découvrir quelques-uns de la vingtaine de vins rouges, rosés ou blancs produits par le domaine. On peut aussi faire une visite guidée des caves et du vignoble, ou prendre un repas accompagné des vins du domaine, sur réservation. Visite du chai Dourakis :
Horaires : de mai à octobre, de 11 h à 20 h. Visites guidées à heures fixes. Téléphone : 00 30 28250 51761. Site sur la Toile : dourakiswinery.gr. Le chai possède aussi un petit musée agricole, d’une seule salle, présentant d’anciens outils de la viticulture. |
| Le village d’Alikampos (Αλίκαμπος / Alíkampos) | Le village d’Alikampos est un village agricole et viticole situé au piedmont nord-est des Montagnes Blanches, à environ 330 m d’altitude ; au sud du village, sur le versant nord des montagnes se trouve l’alpage d’Alikambos (Αλικαμπιώτικη μαδάρα), situé dans la partie orientale des alpages, les Madarès (Μαδάρες) ; une « μαδάρα, pluriel μαδάρες » est une terre d’altitude, non cultivable, servant de pâturage pour le bétail, c’est-à-dire un alpage. Alikampos se trouve à près de 6 km au sud de Vryssès ; le village est un peu à l’écart, à l’est de la route provinciale de Vryssès à Chora Sfakion. Sur la route secondaire conduisant au village on peut voir une fontaine vénitienne et l’église de la Dormition.
La localité d’Alikampos compte environ 200 habitants et est la seule localité de sa communauté locale (Κοινότητα Αλικάμπου). Le toponyme Alikampos, ou Alikambos, est la conjonction du mot « κάμπος », qui désignait une plaine en grec byzantin, dérivé du mot latin « campus », et du radical arabe « ali » (علي), qui signifie « haut, élevé », ce qui désignerait une « haute plaine ». Sous la domination vénitienne, le village était nommé Alicambo. À la fin du XIe siècle, la région d’Alikambos aurait été attribuée à la famille des Skordylis (Σκορδύλης) ; au XIIe siècle elle était le fief d’une branche de cette famille, nommée Malavaras (Μαλαβάρας) ; ce fief s’étendait entre la rivière de Vryssès, au nord, et les Montagnes Blanches, au sud, et, à l’est, jusqu’au lac Kournas. Au XVIe siècle, en 1527 et 1528, Alikampos participa à la révolte dite de Kantanoléos (Επανάστασης του Καντανολέου), une révolte fiscale contre l’administration vénitienne ; Georges Kantanoléos (Γεώργιος ο Καντανολέος) était un descendant de la famille Skordylis. Alikampos et d’autres villages furent brutalement réprimés par les troupes de Geronimo Corner, au nombre de 1 500 soldats ; les villages furent détruits, avec interdiction de les reconstruire ; près de 700 habitants furent tués et les survivants déportés à Chypre, dans la région de Paphos ; Kantanoléos fut pendu. Cependant, vers 1536, les habitants déportés furent autorisés à revenir et à se réinstaller dans leurs villages. Au XIXe siècle, le village prit part aux soulèvements contre les Ottomans. |
| L’église de la Dormition de la Vierge (Κοίμηση της Θεοτόκου / Koímisi tis Theotókou) | À l’entrée ouest du village d’Alikampos, près du domaine Dourakis, se trouve la petite église de la Dormition de la Mère de Dieu qui renferme des peintures murales à fresque de grande valeur. L’église de la Panagia est isolée au fond d’un vallon situé en contrebas de la fontaine vénitienne, parmi les citronniers et à l’abri d’un vieux chêne ; on accède à l’église par une petite route qui prend sur la droite un peu avant la fontaine.Aller à l’église de la Dormition à Alikampos avec Google Maps (35.348703, 24.206604). L’église de la Dormition est une petite église à une seule nef voûtée en berceau, sans arc de soutènement (σφενδόνιο). L’extérieur de l’église est enduit de mortier, de sorte qu’il est impossible d’observer la maçonnerie. La porte est surmontée d’un arc brisé en relief. Les seuls éléments décoratifs extérieurs sont onze plaques de céramique émaillées, de forme ronde, encastrées dans la façade avant de l’église, à l’ouest, au-dessus de la porte d’entrée ; en grec, ces décors sont nommés pinakia (πινάκια) ; ces plaques forment deux croix, de chaque côté de la porte, et un triangle, au-dessus de la porte.
En revanche l’intérieur de l’église de la Dormition est entièrement orné de magnifiques peintures à fresque ; ces fresques sont l’œuvre de Ioannis Pagoménos et ont été réalisées entre septembre 1315 et août 1316 ; ce serait la deuxième œuvre de Pagoménos. Dix années plus tard, Pagoménos réalisa les fresques de l’église Saint-Nicolas à Maza, à environ 1 km plus au nord. Les fresques de l’église de la Dormition sont en bon état de conservation, meilleur que celui de l’église Saint-Nicolas. Le sol est dallé ; le sanctuaire est situé à un niveau plus élevé que la nef.
Ioannis Pagoménos (Ιωάννης Παγωμένος) (1285 – 1350) est un peintre célèbre du début du XVIe siècle ; originaire de la ville de Candie, de nos jours Héraklion, Pagoménos fut actif pendant une trentaine d’années et décora de nombreuses églises dans la province de La Canée. Son style mélange les traditions de l’art populaire avec les formes plus subtiles qui ont émergé sous l’influence de la haute peinture byzantine de la période paléologue.
Toutes les surfaces intérieures de l’église de la Dormition sont peintes : les murs, la voûte, le tympan du mur de l’ouest et la niche de l’abside. Les peintures de l’iconostase ont été réalisées par un autre peintre. Sur la voûte de la nef est représenté le cycle christologique (Χριστολογικός κύκλος) : la Nativité, le Baptême, la Résurrection de Lazare, la Trahison de Judas, la Crucifixion, la Descente aux enfers, la Résurrection, l’Ascension. Au bas des murs de la nef, au nord et au sud, les fresques représentent des saints du cycle hagiologique (αγιολογικός κύκλος). Pour visiter l’intérieur de l’église de la Dormition, on peut s’adresser au kafénio du village pour demander la clé. La Dormition de la Mère de Dieu, ou Assomption de la Vierge pour les catholiques de rite romain, est fêtée le 15 août. | _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) _small.jpg) | sur le mur de l’ouest de la nef :- sur le tympan (τύμπανο), au-dessus de la porte d’entrée :
- n° 40 : fresque de « La Dormition de la Vierge Marie » (Κοίμηση της Θεοτόκου) (Cycle mariologique).
- voussoir de la porte d’entrée, ésorachion (εσωράχιο) :
- n° 41 : motifs géométriques (γεωμετρικά σχέδια).
- sur le pilier sud, à gauche de la porte d’entrée :
- n° 38 : en haut, inscription de l’édifice.
- n° 39 : en bas, représentation des donateurs, un homme et une femme tenant une maquette d’église ; l’édifice représenté n’a aucun lien avec l’église existante, mais suggère une construction monumentale, apparemment pour exalter la donation.
- sur le pilier nord, à droite de la porte d’entrée :
- n° 37 : « Saint Mamas » (Άγιος Μάμας). Le visage est effacé ; l’effacement du visage dans les églises orthodoxes grecques est souvent attribué à l’occupant ottoman, l’islam interdisant la représentation de la forme humaine dans l’art.
| sur le mur du nord de la nef, à gauche en entrant :
| dans le sanctuaire (ιερό), sur le mur de l’est de l’église :- dans la niche de l’abside (κόγχη), en quart de sphère (τεταρτοσφαίριο) :
- n° 1 : la Vierge Marie selon le type de Platytera (Πλατυτέρας). En buste, de face, mains ouvertes en position de prière.
- L’Enfant Jésus béni dans un médaillon. La Vierge Marie est appelée « MISÉRICORDIEUSE DES COROTIENS » (ΕΛΕΟΥCΑ Η CΩΡΟΤΗΑΝΗ) car le lieu est encore nommé de nos jours Sourothiana (Σουρωθιανά).
- dans le demi-cylindre (ημικύλινδρος) de l’abside :
- les quatre hiérarques concélébrants, en position de ¾, face au centre, du nord au sud : n° 2 : « Saint Nicolas » (Άγιος Νικόλαος) ; n° 3 : « Saint Jean Chrysostome » (Άγιος Ιωάννης ο Χρυσόστομος) ; n° 4 : « Saint Basile » (Άγιος Βασίλειος) ; n° 5 : « Saint Grégoire » (Άγιος Γρηγόριος), le Théologien. Tous les quatre hiérarques sont en pied et tiennent un parchemin.
- dans l’arc de l’abside (τόξο αψίδας) :
n° 6 : au sommet, le Saint Mandylion (Άγιο Μανδήλιο), un tissu avec lequel le Christ s’est essuyé le visage avant d’être crucifié, et, en dessous, le Saint Kéramion (Άγιο Κεράμιον), une céramique sur laquelle le Mandylion a imprimé la figure du Christ. Cette image du Saint Kéramion, juste en dessous du Saint Mandylion, est une image rare, introuvable ailleurs en Crète. - n° 7 : à gauche du Mandylion, un médaillon avec la figure de « Saint Joachim » (Όσιος Ιωακείμ).
- n° 8 : à droite du Mandylion, un médaillon avec la figure de « Sainte Anne » (Αγία Άννα).
- sur le pilier nord :
- n° 9 : « L’archange Gabriel de l’Annonciation » (Γαβριήλ από Ευαγγελισμό) avec l’inscription « ΧΑΙΡΕ ΜΑΡΙΑ ΚΕΧΑΡΙΤΟΜΕΝΙ Ο KC ΜΕΤΑ COY ».
- n° 12 : « Saint Étienne » (Άγιος Στέφανος), de face, tenant un encensoir.
- sur le pilier sud :
- n° 10 : « La Vierge Marie de l’Annonciation » (Παναγία από Ευαγγελισμό) avec l’inscription « ΗΔΟΥ Η ΔΟΥΛΗ ΚΟΥ ΓΕΝΙΤΟ ΜΙ ΚΑΤΑ ΤΟ ΡΙΜΑ COY ».
- n° 13 : « Saint Romain le Mélode » (Άγιος Ρωμανός ο Μελωδός), de face, en pied, tenant un encensoir de la main droite et une boîte en pierre de la main gauche.
- autel sacré (Αγία Τράπεζα) :
- n° 14 : l’autel est orné d’une croix et de la phrase « Dans cette victoire » (Εν τούτω νίκα).
- les peintures autour de l’autel sont d’un deuxième peintre d’icônes plus récent.
- prothèse (Πρόθεση) :
- n° 15 : la prothèse, ou table d’oblation, est utilisée pour la préparation du pain et du vin pendant la liturgie ; elle est située entre le pilier nord et le mur sud, et est ornée de motifs géométriques (panneaux).
| sur le mur du sud de la nef, à droite en entrant :- en bas, de l’est à l’ouest, de gauche à droite :
- n° 24 : « Saints Constantin et Hélène » (Άγιοι Κωνσταντίνος και Ελένη) ; ils portent des vêtements impériaux et une couronne. Au centre se trouve une croix patriarcale en pierre.
- n° 23 : « L’Archange Michel » (Αρχάγγελος Μιχαήλ).
- n° 22 : le Christ trônant sur un trône orné de pierres précieuses.
- n° 19 : (cycle liturgique) (λειτουργικός κύκλος) « Saint Jean le Miséricordieux » (Άγιος Ιωάννης ο Ελεήμων), en pied, de face, tenant un parchemin.
- n° 20 : « Saint Tite » (Άγιος Τίτος), premier évêque de Crète et saint patron de la Crète.
- sur la voûte sud, à gauche :
- n° 21 : « L’Ascension » (Ανάληψη).
- sur la voûte sud, en haut :
- n° 29 : « La Nativité » (Γέννησις), où Marie est allongée dans la grotte.
- n° 30 : « La Trahison » (Προδοσία), le baiser de Judas Iscariote au jardin de Gethsémani.
- sur la voûte sud, en bas :
- n° 33 : « La Résurrection de Lazare » (Έγερση Λαζάρου).
- n° 34 : « La Descente aux enfers » (Εις Άδου Κάθοδος).
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