La forêt

Les essences de la Chaîne des Puys

Lexique de l’arbre
« Dans 20 ans, cueillera-t-on encore des noisettes sur les Puys? »

Le promeneur qui découvre la chaîne des Puys pour la première fois est toujours émerveillé par le caractère sauvage de la végétation et des paysages.

Les landes, les forêts, les pelouses qu’il traverse le confortent dans cette impression d’équilibre, de nature préservée, à l’écart de l’homme et de ses dégradations. Et pourtant, depuis plus de cent ans, la chaîne des Puys ne cesse de changer de visage selon trois grands axes :

Il y a 100 ans, une végétation qui n’exprimait pas la diversité naturelle.

Au XIXe siècle, il faut imaginer une chaîne des Puys bien plus monotone, avec des Cheires nues ou couvertes de maigres landes à callune, des puys sans l’ombre d’un arbre. À l’exception de quelques rares bosquets ou forêts, comme le versant nord du Puy de Côme, l’espace est ouvert et la végétation simplifiée à l’extrême n’exprime pas la diversité naturelle de la géologie et du relief.

La toponymie garde encore la mémoire de ce passé. Seules les zones boisées dénommées actuellement « bois de … » ont une chance d’être anciennes. Inversement, les noms en « bruyères… » (bruyères des moines à Orcines, bruyères rouges aux Fontêtes, bruyères noires à Ceyssat) désignent des landes dont l’apparence est aujourd’hui parfois bien différente.

Envahie par les forêts, plantée d’épicéas ou belle pâture, la lande à callune ne se retrouve plus que dans quelques petits refuges - sommet du Sarcoui, plaine de Laschamp, pied du Puy de Lassolas. Très souvent, les limites des unités de végétation correspondent à des limites de parcelles donc de propriété. C’est dire le poids de l’homme dans la construction et l’évolution du paysage de notre chaîne des Puys. Ainsi pour comprendre ce qui s’est passé dans les 100 dernières années, il faut s’éloigner un peu des volcans et pénétrer dans les villages voisins.

Pendant tout le XIXe siècle, les paysans des monts Dôme cultivent des céréales — seigle surtout — et élèvent des moutons dans une campagne surpeuplée. En 1876, des communes comme Ceyssat ou Mazaye comptent 2 à 3 fois plus d’habitants qu’aujourd’hui. Seuls les plateaux proches des villages se labourent, avec une jachère 1 an sur 2. Les puys et les Cheires, biens communs des villages, sont parcourus par des troupeaux de moutons collectifs sous la conduite d’un berger. Chaque soir les animaux rentrent au village, privant les Cheires et les puys de toute restitution organique, conduisant à un appauvrissement de ce milieu, déjà peu productif en raison de la jeunesse des formations volcaniques souvent chaotiques.

La rava, brebis des monts Dôme. Ce terme viendrait du latin « ravus » (coloré) et serait d’origine celte. De taille moyenne, elle se distingue par sa tête et ses pattes fines, mouchetées de roux et de noir. Rustique et résistante, elle est particulièrement bien adaptée à cette région des monts Dôme dont elle est originaire. Malgré la qualité de sa viande, cette race régresse actuellement, en raison de la conformation des gigots (trop allongés), qui entraîne son déclassement. À Olby, à la foire d’automne, il existe toujours une présentation de cette race originale, avec un concours très réputé.

Un espace organisé de façon concentrique.

Ces techniques ont rapidement sélectionné les quelques espèces capables de résister à pareil traitement - callune ou fausse bruyère, brachypode, nard ou poil de bouc, sarothamne ou genêt à balais. En outre la pratique régulière du feu pour éliminer les buissons et « favoriser l’herbe » a renforcé la pauvreté du milieu.

À cette époque, seules les vallées et les pentes servent à la production des fourrages, ou de pâturages pour les animaux. L’herbe est ici véritablement jardinée, avec l’irrigation par des rases et fauche à la main. Le territoire est alors organisé de façon concentrique autour des villages : un premier cercle très intensif (jardins et prairies), un cercle intermédiaire semi-intensif (cultures et jachères), un dernier cercle très extensif (les parcours et les bois). La moindre parcelle est utilisée, assurant un entretien complet de l’espace et une stabilité du paysage exceptionnel mais au prix d’une surpopulation et d’une pauvreté terrible.

Trois événements à l’origine du déséquilibre.

En trois vagues successives, cette stabilité apparemment immuable va voler en éclat.

Dans le dernier quart du XIXe siècle, l’Administration d’État prend conscience des dangers de la déforestation. À la suite de la loi d’Empire de 1860 sur la restauration des terrains en montagne, les premiers sectionaux sont boisés, en pins sylvestres surtout, manu militari et contre la volonté des habitants. Coïncidence ou conséquence, c’est le début de l’exode des plus pauvres.

Si ces modifications ne remettent pas en cause l’équilibre d’ensemble, celles provoquées par la Guerre de 14-18 sont d’une autre ampleur. Manque de main d’œuvre entraînant le délaissement des parcelles les plus éloignées ou difficiles, terres libérées par ceux qui ne sont pas revenus, essor industriel de la ville de Clermont-Ferrand, forte demande en lait et viande par cette nouvelle population citadine, développement des céréales de plaine grâce à la mécanisation - sous produit de l’industrie du char d’assaut - … tous ces facteurs ont conduit les agriculteurs à délaisser les céréales au profit de l’élevage bovin.

Communaux et Sectionaux.

Une grande partie des terres de cette région est propriété indivise des habitants d’une commune (communaux) ou d’un village (sectionaux). Ceci trouve son origine au Moyen Âge où, pour maintenir sur place une main d’œuvre suffisamment importante, les seigneurs accordaient aux habitants libres (presque la totalité dans nos régions) les droits d’user d’une partie de leur propriété pour faire paître leurs quelques bêtes, glaner les épis délaissés ou ramasser les baies, faînes et bois mort. Et puis ces droits d’usage se sont transformés en droit de fait, sous forme de propriété indivise et en sont restés là.

Il reste encore des céréales (1/2 de la surface agricole) mais on cultive plus de blé, moins de seigle et la jachère disparaît. Si les troupeaux ovins se maintiennent, les pratiques collectives ne font plus l’unanimité.

L’agriculteur n’est plus hostile au boisement, bien au contraire. Dans les villages où les troupeaux collectifs ont disparu faute de bergers, les habitants plantent eux-mêmes les épicéas.

L’administration des forêts assure l’encadrement et la gestion de ces nouvelles plantations. Elle réalise aussi des semis de pins sylvestres sur les Cheires les plus chaotiques pour reconstituer un sol forestier.

Le coup de grâce est porté au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Intensification laitière à l’ouest des puys, urbanisation à l’est, condamnent de la même façon des pratiques traditionnelles devenues inadaptées. Sur 24 troupeaux collectifs recensés en 1945, il n’en restait que quatre en 1988.

Grâce à des aides massives de l’État, des centaines d’hectares de landes sont plantées en épicéas. Les autres, de moins en moins pâturées, se boisent naturellement.

Les conditions écologiques, jusque là masquées par une trop forte pression humaine, s’expriment à nouveau. Les versants frais et humides se couvrent de noisetiers qui cèdent peu à peu la place à la hêtraie. Les versants chauds et ensoleillés à roches filtrantes accueillent des pins sylvestres si la pente n’est pas trop forte. Sur les sols profonds, le genêt à balais s’implante massivement. Il sert d’abri à des feuillus qui reconduiront bientôt à la forêt (hêtraie - chênaie au-dessous de 8 à 900 mètres, hêtraie pure au-dessus de 900 mètres).

Bien entendu, le changement n’a été ni total, ni instantané, d’où la variété des paysages liée à des abandons plus ou moins nets, étalés sur près d’un demi-siècle.

Libérée du poids de l’homme, la nature reprend ses droits.

L’espace n’est plus totalement organisé autour des villages. L’agriculture ne contrôle plus que le cercle le plus proche des exploitations agricoles (35% du territoire environ), qui, « débarrassé » des haies, jachères et cultures, fertilisé, remembré, mieux exploité, se banalise.

Devenus marginaux pour cette agriculture, les puys et les Cheires se boisent.

Un nouvel équilibre, résultant des contraintes naturelles et du passé, s’installe progressivement par l’intermédiaire de stades transitoires (landes boisées, taillis bas, taillis haut) qui préparent le retour à la forêt. Inversement les quelques landes encore pâturées supportent relativement plus d’animaux qui y séjournent tout l’été. Sous les coups répétés des pattes et des dents de moutons ou de vaches et de leur déjection, la bruyère régresse au profit des graminées.

Une conduite plus raisonnée favorise le développement d’espèces fourragères (fétuques, trèfles …) qui donnent une apparence de prairie à la lande améliorée. Le surpâturage peut conduire à la nardaie, plante touffue, rêche, peu prisée des animaux qui la dédaignent.

Un pays qui compte sur vous!

Fixé pendant près d’un siècle par un mode unique d’exploitation, le paysage actuel des puys traduit aujourd’hui les bouleversements socio- Utilisations économiques subis par ce pays depuis la fin du XIXe siècle.

Mais l’équilibre n’est pas encore atteint. Si personne n’intervient, comme c’est le cas maintenant, irrémédiablement les landes se couvriront de taillis pour le plus grand plaisir des cueilleurs de noisettes. Mais attention, les noisetiers ne resteront pas : bientôt ils s’effaceront devant les hêtres qui auront germés en sous-bois. Les landes les plus pauvres cèderont lentement la place à des pinèdes qui pourront se stabiliser pendant des décennies.

Seules quelques crêtes ventées, quelques cônes trop pentus laisseront voir leurs formes. Triste fin pour un ensemble unique qui ne s’apprécie que si la végétation ne le masque pas trop.

La seule alternative serait de freiner la croissance des arbres en maintenant un pâturage suffisant. Or, le gardiennage coûte cher, le mouton des monts Dôme, même si sa viande est fine, produit moins que ses concurrents du marché commun et l’élevage ovin ne cesse de régresser.

La collectivité acceptera-t-elle de compenser ces handicaps pour permettre aux moutons d’entretenir ce site exceptionnel? Aux usagers d’en décider.

L’avenir de ces pays est entre leurs mains.

La Tempête des 6 et 7 novembre 1982 : Une catastrophe trop vite oubliée.

Pour les forestiers du Puy-de-Dôme, ces jours sont synonyme de drame, d’anéantissement d’années de travail.
Au cours de vos randonnées, vous pourrez observer des traces de ce cataclysme. Les forêts des Dômes ont payé un lourd tribut à la catastrophe, comme celles de Mazaye, d’Orcines, de la zone du Col des Goules.

Avec les conséquences directes de la tornade, les attaques parasitaires menacent les forêts. Afin de lutter contre les agressions de scolytes, l’Office National des Forêts implante plusieurs milliers de ces tubes noirs percés de trous que vous observerez peut-être au cours de vos promenades. Ces pièges garnis d’une substance attractive attirent et emprisonnent des millions d’insectes.

La hêtraie-sapinière

La hêtraie dans la Chaîne des Puys.La hêtraie-sapinière est une forêt mélangée de feuillus et de résineux, localisée dans l’étage montagnard, entre 800 et 1 500 mètres, en exposition fraîche. Elle se développe aussi bien sur les sols acides des terrains siliceux que sur les sols neutres des terrains volcaniques, alors souvent plus fertiles. Par l’effet conjugué de l’altitude et de l’acidité du sol, la vitesse de formation de l’humus dans ce milieu est lente, puisque la datation de la matière organique donne parfois un âge de 700 ans.

Le plus souvent exploitée en futaie jardinée, ce type de forêt présente une pérennité avec toutefois une tendance, aidée par l’homme, à évoluer vers la sapinière pure ou vers la hêtraie pure, en fonction des besoins de l’époque. Cependant, défrichée dans le passé pour l’extension des pâtures, elle ne subsiste souvent que sur les versants accidentés.

Le tapis herbacé comporte de nombreuses espèces dont le calament à grandes fleurs, la laitue des Alpes, le pavot jaune, la scille lis-jacinthe, l’impatiente n’y touchez pas, ainsi que des fougères. On pourra observer en lisière le lis martagon, la grande astrance et le doronic d’Autriche. La strate arbustive comprend le sureau à grappes, le sorbier des oiseleurs et le chèvrefeuille noir. Mais cette flore est très variable et il est possible de distinguer plusieurs types de hêtraies suivant la nature du sol et l’exposition.

L’avifaune rencontrée dans ces milieux est principalement représentée par des rapaces comme L’autour des palombes, L’aigle botté et la chouette de Tengmalm, par le pic noir, par des passereaux, souvent en évidence sur les résineux, comme le bec-croisé des sapins et le venturon montagnard.

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