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Les ruines de la cité antique d’Aptera et la forteresse d’Aptera en Crète

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PrésentationPrésentation

Présentation généralePrésentation générale

ÉtymologieÉtymologie et toponymie

SituationSituation

La cité antique d'Aptera en Crète. Gravure de Porto e Fortezza da Suda par Marco Boschini en 1651. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. Carte vénitienne. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. Vue vers le théâtre et les Monts-Blancs. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. La rade et la forteresse d'Itzeddin vues depuis le château d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. La rade et la forteresse d'Itzeddin vues depuis le château d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. La rade et la forteresse d'Itzeddin vues depuis le château d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. Le golfe de l'Almyros vu depuis le château d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).

VisitesVisites

Site archéologiqueLes ruines d’Aptéra (Άπτερα / Áptera)

La cité antique d’Aptéra occupait un plateau, d’environ 64 ha de superficie, qui se trouve au sommet de la colline nommée de nos jours Palaiokastro (Παλαιόκαστρο), c’est-à-dire « le Vieux château », en référence au caractère fortifié de ce plateau entouré d’une muraille ; à aucune époque cette superficie ne fut complètement habitée. Au cours de la seconde moitié du IVe siècle avant JC le territoire de la cité fut entouré par une enceinte fortifiée d’environ 3 480 m de périmètre (n° 13 sur le plan) ; la porte principale ouverte dans l’enceinte fortifiée se trouvait à l’ouest (n° 19 sur le plan), là où le versant de la colline était le moins escarpé ; à cette porte principale aboutissait une route pavée venant de l’ouest (n° 12 sur le plan), vraisemblablement de la cité antique de Kydonia (Κυδωνία), où se trouve de nos jours la ville de La Canée. Au sud de cette porte principale, à l’extérieur de l’enceinte fortifiée, se trouvait la principale nécropole de la cité (n° 14 sur le plan). Il y avait une autre porte, située dans le coin nord-est de l’enceinte, permettant d’accéder au port d’Aptéra, le port de Kissamos, situé en contrebas à l’emplacement de la localité présente de Kalami ; cette porte ouvrait sur un sentier pavé escarpé qui descendait en zigzag vers le port (n° 18 sur le plan). Une troisième porte devait exister, dans le coin sud-est de l’enceinte, permettant d’accéder à la vallée du fleuve Pyktos (n° 22 sur le plan).

Depuis la porte principale de l’ouest la route pavée continuait directement vers le centre urbain et politique de la cité, au milieu du plateau, où furent mises au jour des traces de culte datant du VIIIe siècle avant JC ; dans ce centre se trouvaient aussi un temple vraisemblablement dédié à Artémis et à son frère jumeau Apollon (n° 3 sur le plan), édifié à l’époque classique, au Ve siècle, ainsi que la Boulé, c’est-à-dire l’Hôtel de ville, et l’Ekklésia, c’est-à-dire l’Assemblée du peuple. Dans ce centre politique devait aussi se trouver le Prytanée de la cité, dont il subsistait encore, au milieu du XIXe siècle, un « Mur aux Inscriptions », mur qui avait disparu vers la fin du XIXe siècle. La rue principale pavée continuait vers l’est, où l’on peut voir les ruines d’un autre bâtiment public datant de l’époque romaine (n° 6 sur le plan).

Ces édifices publiques devaient se trouver en bordure de l’agora qui était vraisemblablement située au nord-est du temple d’Artémis, à l’emplacement du monastère Saint-Jean qui aurait été édifié, vers le XIe siècle, en remployant les matériaux des bâtiments antiques (n° 5 sur le plan) ; d’autres matériaux antiques furent remployés dans la construction du fort turc d’Aptéra ; c’est la raison pour laquelle les vestiges des édifices antiques sont si peu nombreux.

Au nord de la rue principale se trouvaient deux thermes romains, les uns au nord du centre urbain (n° 8 sur le plan) alimentés par une grande citerne voûtée en forme d’équerre (n° 1 sur le plan), les autres au nord-est du centre urbain (n° 7 sur le plan) alimentés par une grande citerne à trois voûtes (n° 2 sur le plan).

Au sud de la rue principale, une autre route pavée partait du centre politique en direction du théâtre de la cité, édifié à l’époque hellénistique, puis transformé à l’époque romaine (n° 9 sur le plan). Un peu au sud-est du théâtre se trouvait un temple dédié à Déméter et à Koré (n° 21 sur le plan).

PlanLe plan du site archéologique d’Aptéra

Plan des ruines de la cité antique d’Aptéra :

La cité antique d'Aptera en Crète. Plan de la cité antique d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.1 : Citerne romaine voûtée en équerre (Θολωτή δεξαμενή ρωμαιοκρατίας). 2 : Citerne romaine voûtée à trois nefs (Τρίκλιτη Θολωτή δεξαμενή ρωμαιοκρατίας). 3 : Temple bipartite du Ve siècle avant JC (Διμερής ναός του 5ου αιώνα π.Χ.). 4 : Stylobate de la stoa (Στυλοβάτης στοάς). 5. Monastère Saint-Jean-le-Théologien (Μονή Αγίου Ιωάννου του Θεολόγου). 6 : Bâtiment public romain (Ρωμαϊκό δημόσιο Κτήριο). 7 : Thermes romains de l’est (Ρωμαϊκά λουτρά). 8 : Thermes romains du nord (Ρωμαϊκά λουτρά). 9 : Théâtre romain (Ρωμαϊκό Θέατρο). 10 : Maison romaine avec cour à péristyle (Ρωμαϊκή οικία με περίστυλη αυλή). 11 : Installation de mitrailleuse de l’époque de l’occupation allemande (Πολυβολεία περιόδου γερμανικής κατοχής). 12 : Route antique (Αρχαία οδός).

La cité antique d'Aptera en Crète. Plan de la cité antique d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.13 : Enceinte fortifiée antique (Αρχαία οχύρωση). 14 : Cimetière ouest (Περιοχή δυτικού νεκροταφείου). 15 : Zone urbanisée moderne de Plakalona (Σύγχρονος οικισμός «Πλακάλωνα»). 16 : Forteresse ottomane (Φρούριο της οθωμανικής περιόδου). 17 : Fortification polygonale antique (Αρχαία οχύρωση με πολυγωνική δόμηση). 18 : Ancienne route pavée (Παλιό λιθόστρωτο μονοπάτι). 19 : Porte principale (Κύρια είσοδος). 20 : Temple de Déméter et de Perséphone (Ναός Δήμητρας και Περσεφόνης) . 21 : Temple de Dionysos (Ναός Διονύσου). 22 : Cimetière et porte du sud-est (Νοτιοανατολική είσοδος και νεκροταφείο). 23 : Porte du nord-est (Βορειοανατολική είσοδος). 24 : Théâtre rectiligne (Ευθύγραμμο θέατρο). 25 : Ruines de la chapelle byzantine Saint-Christophe (Άγιος Χριστόφορος) ou San Cristofano.

Voie antiqueLa route antique (Αρχαία οδός / Archaía odós)

La cité antique d'Aptera en Crète. La route antique et la muraille occidentale. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).La principale route d’accès à la cité d’Aptéra (n° 12 sur le plan) venait de l’ouest et reliait Aptéra à la cité voisine de Kydonia (Κυδωνία), située à environ à 12 km au nord-ouest en ligne droite. C’était une voie faite de larges dalles épaisses et irrégulières, d’environ 3,5 m de largeur ; cette voie fut construite au cours de la première moitié du IVe siècle avant JC, quelques décennies avant la construction de l’enceinte fortifiée de la cité. La route de l’ouest monte en forte pente jusqu’à la porte principale de l’ouest ouverte dans l’enceinte ; les ornières creusées dans les dalles par les roues des chariots sont encore bien visibles près de la porte.

Une fois la Porte de l’Ouest franchie, la voie s’élargit à l’intérieur de l’enceinte en se dirigeant tout droit vers l’est en direction du centre urbain de la cité ; à mi-chemin, sur la gauche, on peut découvrir une construction moderne qui était un poste de défense anti-aérienne (FLAK) construit par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale (n° 11 sur le plan).

Aller au poste de la FLAK allemande avec Google Maps (35.462933, 24.138901).

Muraille antiqueL’enceinte fortifiée antique (Αρχαία οχύρωση / Archaía ochýrosi)

La cité antique d'Aptera en Crète. La rade de Souda vue depuis la porte de l'ouest. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).L’enceinte fortifiée d’Aptéra entoure toute la partie plate du sommet de la colline de Palaiokastro, située entre 200 m et 230 m d’altitude, sur un périmètre d’environ 3 480 m de longueur, renforçant le caractère de forteresse naturelle de cette position stratégique située à l’entrée de la rade de Souda (n° 13 sur le plan).

La cité antique d'Aptera en Crète. La muraille nord-est vue depuis le château. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Cette enceinte fut édifiée au cours de la première moitié du IVe siècle avant JC, c’est-à-dire peu avant le début de l’époque hellénistique, époque de la plus grande prospérité de la cité d’Aptéra ; cette datation est basée sur les poteries découvertes dans les tranchées d’essai creusées dans la couche de fondation du côté ouest de la muraille. On estime que, au cours de cette période, la population d’Aptéra atteignit près de 20 000 habitants, mais dont certains habitaient dans des faubourgs situés en dehors de l’enceinte, au pied de la colline.

La cité antique d'Aptera en Crète. La muraille occidentale. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).La datation des murailles est aussi confirmée par le style de construction largement adopté en Crète à cette époque, comprenant des défenses destinées à résister aux nouveaux engins de siège. Cependant, les fortifications ne sont pas construites selon une conception architecturale unifiée : la technique de construction, la hauteur et l’épaisseur de la muraille différent, de même que la forme et l’espacement des tours, selon la situation et la vulnérabilité des emplacements, dans le but d’optimiser l’utilisation des ressources :

  • La cité antique d'Aptera en Crète. La muraille nord-est vue depuis le château. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Sur les côtés nord et nord-est, où le versant de la colline est abrupt, la muraille est construite avec de grosses pierres polygonales de taille inégale.
  • Sur le côté est, où le terrain est escarpé et plus accidenté, un système polygonal mixte est utilisé, avec des pierres de taille rectangulaires entrecoupées de blocs plus irréguliers.
  • Sur les côtés sud-est et sud, où les rochers constituaient des défenses naturelles, la construction de la muraille est la moins soignée, avec de simples pierres non taillées.
  • La cité antique d'Aptera en Crète. L'appareil isodome imparfait de la muraille de l'ouest (auteur Olaf Tausch). Cliquer pour agrandir l'image.Sur les côtés sud-ouest et ouest, où la pente est moins abrupte et où l’enceinte peut être facilement exposée aux engins de siège, la maçonnerie est plus élaborée, avec un appareillage de type isodome imparfait avec des pierres de taille rectangulaires, équarries à la même hauteur mais de longueurs diverses, aux faces rugueuses et incurvées et des joints profonds ; ces côtés présentent également des sections de maçonnerie en appareillage isodome imparfait mais encore plus soigné, composé de pierres de taille à faces lisses. L’appareillage de maçonnerie isodome est une technique de maçonnerie utilisant des blocs de pierre naturelle où tous les blocs ont la même hauteur et la même longueur, de telle sorte que, quand on les posait, les couches étaient toutes régulières et égales, assurant l’homogénéité des murs ; dans l’appareillage isodome imparfait, les pierres d’une même couche ont la même hauteur, mais leurs longueurs peuvent différer ; dans l’appareillage pseudo-isodome, les pierres d’une même couche ont la même hauteur, mais leur hauteur peut varier d’une couche à l’autre. Le mot isodome provient du grec « ισόδομος », formé de « ισός », qui signifie « égal », et de « δόμος », qui signifie « couche » ; ce type de construction est traditionnellement nommé « opus isodomum ». Des maçonneries en pierre de taille aussi méticuleuses sont également présentes dans d’autres fortifications crétoises de l’époque, à Éleftherna (Ελεύθερνα), à Phaistos (Φαιστός), à Phalassarna (Φαλάσαρνα), à Matala (Μάταλα), à Kastri du Kératokambos (Καστρί Κερατόκαμπου) et à Viannos (Βιάννος). La maçonnerie polygonale est également présente à Hyrtakina (Ὑρτακίνα).

Selon les endroits, la muraille peut atteindre une hauteur de près de 4 m et une épaisseur de 2 m. Le plan au sol présente des saillants qui étaient très utiles pour la défense ; les points les plus vulnérables, surtout sur le côté ouest, le plus facile d’accès, étaient protégés par des tours de défense carrées à plusieurs étages où étaient placées les machines de guerre ; les vestiges de six de ces tours ont été découverts jusqu’à présent.

L’enceinte était percée de portes et de poternes à intervalles réguliers. Sur le côté ouest de l’enceinte fortifiée, plus accessible, se trouvent trois portes, deux au sud-ouest et une au nord-ouest ; l’une d’entre elles est la porte principale, la plus élaborée, protégée par une tour rectangulaire à l’ouest. Une autre porte, située dans le coin nord-est de l’enceinte, avec des montants monolithiques bien conservés, est connue sous le nom de « Porte de fer », ou Sidéroporti (Σιδεροπόρτι) ; elle devait mener vers le port de Kissamos. Une troisième porte, au sud-est, devait mener vers la vallée du fleuve Pyktos.

Les fortifications d’Aptéra eurent à jouer leur rôle dans la défense de la cité : de nombreux vestiges d’un siège à l’époque hellénistique ont été découverts lors des fouilles sur le côté ouest de la muraille, en particulier près de la tour de la porte principale : tir de catapulte, balles et moules de fronde, pointes de lance et de flèche ; on peut voir quelques uns de ces boulets de catapulte à l’entrée du centre d’information hébergé dans le monastère Saint-Jean. Dans son œuvre principale « Les Histoires » (Ἱστορίαι), l’historien grec du IIe siècle avant JC Polybe (Πολύϐιος) rapporte qu’Aptéra fut assiégée par la cité de Polyrrinia (Πολυρρήνια) et ses alliés, Philippe V de Macédoine et les Achéens, pendant la grande guerre de Crète en 220 avant JC (Polybe, Les Histoires, Livre ΙV, 55,4).

Porte antiqueLa porte principale de l’ouest (Κύρια είσοδος / Kýria eísodos)

La cité antique d'Aptera en Crète. La porte principale et la tour carrée. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).L’entrée principale dans la cité d’Aptéra se trouvait du côté ouest de l’enceinte fortifiée, là où la pente est la moins forte (n° 19 sur le plan) ; deux autres portes, moins importantes, se trouvaient également sur la côté ouest.

Cette Porte principale de l’Ouest était construite soigneusement, parce que c’était l’entrée d’honneur dans la cité, mais aussi parce qu’elle était la plus exposée à des attaques ennemies par engins de siège. La Porte de l’Ouest était gardée, sur son côté ouest, par une forte tour de défense et sur le côté oriental par une courtine.

La cité antique d'Aptera en Crète. La tour de défense de la porte de l'ouest (auteur Olaf Tausch). Cliquer pour agrandir l'image.La tour de défense de la Porte de l’Ouest était fondée sur le socle rocheux, de plan au sol carré, soigneusement construite en appareillage pseudo-isodome de pierres taillées rectangulaires et de joints profonds, afin d’obtenir la meilleure résistance possible ; c’était à l’origine une structure élevée, bien que seule la partie inférieure subsiste aujourd’hui. Il s’agissait vraisemblablement d’une tour avec deux étages et un toit en bâtière, pourvue de meurtrières et d’ouvertures pour les machines de guerre.

La cité antique d'Aptera en Crète. Reconstitution de la porte principale d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.La Porte de l’Ouest, sa tour de défense et la voie antique furent mises au jour tardivement, de novembre 2010 à mars 2012. De nos jours, seules les pierres inférieures des montants de la porte subsistent ; la partie de la tour mise au jour correspond à près de la moitié de la hauteur totale et conserve son remplissage en pierre. Au nord de la porte s’étend l’autre segment de la fortification, détruit par la construction de la route au début des années 1960, mais qui suit la pente vers le nord.

La cité antique d'Aptera en Crète. La fortification de la Porte de l'Ouest. Cliquer pour agrandir l'image.

La cité antique d'Aptera en Crète. La porte principale. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. La rade de Souda vue depuis la porte de l'ouest. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).

NécropoleLe cimetière de l’ouest (Δυτικό νεκροταφείο / Dytikó nekrotafeío)

La cité antique d'Aptera en Crète. La muraille et le cimetière de l'ouest. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Le principal cimetière de la cité d’Aptéra se trouvait, entre la route pavée et le pied de la muraille de l’ouest, sur la droite de la Porte de l’Ouest, sans doute pour impressionner les visiteurs par les monuments élevés aux héros de la cité et par les imposants tombeaux des riches familles (n° 14 sur le plan).

Ce cimetière avait déjà été mentionné par le voyageur anglais Robert Pashley qui avait visité le site dans les années 1834 – 1835 et qui avait identifié plusieurs tombes. Une fouille archéologique plus systématique du cimetière a été menée lors de fouilles de sauvetage nécessitées par la création du quartier d’habitation de Plakalona (Πλακάλωνα) dans la communauté locale de Mégala Chorafia (Μεγάλα Χωράφια).

Les tombes les plus anciennes datent de l’époque géométrique, au VIIIe siècle avant JC, époque de la fondation de la cité d’Aptéra ; à cette époque les défunts étaient généralement placés dans une grande jarre, un pithos ; le pithos était lui-même placé dans une grande fosse creusée dans la roche ; des offrandes, souvent de simples céramiques, étaient déposées dans la fosse à côté du pithos.

Durant les époques suivantes, de l’époque archaïque à l’époque hellénistique, du VIIe siècle au Ier siècle avant JC, le type de tombe le plus courant était la tombe rectangulaire, creusée dans la roche tendre et recouverte d’une dalle de pierre. On a aussi découvert des tombes construites avec d’épaisses pierres pour les parois et pour le couvercle, dites tombes à ciste. Un troisième type de tombe, plus simple, a été mis au jour : il s’agissait de tuiles assemblées autour du corps du défunt, permettant de le recouvrir ; ce type de tombe était utilisé par les familles de la classe moyenne. Trois tombes de l’époque hellénistique ont donné des amphores, des pyxides, des lécythes, un miroir de bronze, un vase de verre bleu veiné de jaune, une obole de Charon en or, et enfin cinq grandes épingles en or ; cependant de nombreuses tombes avaient déjà été pillées.

La cité antique d'Aptera en Crète. La muraille et le cimetière de l'ouest. Cliquer pour agrandir l'image.À l’époque romaine, le type de tombe le plus fréquent était la chambre funéraire creusée dans la roche et dans laquelle on descendait par un escalier ; l’entrée était fermée par une dalle de pierre scellée ; on y a retrouvé des poteries et des lampes à huile, ainsi que des figurines en argile, des bijoux et des pièces de monnaie ; ces chambres funéraires portaient des inscriptions, notamment les noms des défunts.

La cité antique d'Aptera en Crète. Hérôon de la nécropole de l'ouest (auteur C. Messier). Cliquer pour agrandir l'image.Entre deux groupes de tombes à ciste de l’époque romaine, a été mis au jour un hérôon (Ηρώο), c’est-à-dire un monument aux héros, avec cinq piédestaux de statues datant aussi de l’époque romaine, des Ier et IIe siècles après JC ; chacun de ces piédestaux de statue, partiellement conservé ou intacte, est formée de trois blocs de grès ; quatre de ces piédestaux portent des inscriptions, tandis que le cinquième, dont seule la partie inférieure subsiste, en portait vraisemblablement aussi. L’un des socles conserve l’inscription complète, tandis que les autres, qui ne sont que partiellement conservés, ne portent que le mot « héros » ou une seule lettre. Les inscriptions rendent hommage à d’éminents citoyens d’Aptéra qui avaient reçu le titre de héros à titre posthume ; il ne s’agit pas de héros tombés au combat pour défendre leur patrie, mais de citoyens à qui un titre honorifique a été conféré, peut-être pour services rendus à la ville. Entre les socles, on trouve des traces de bûchers rituels avec des offrandes ; de nombreuses grandes coupes et récipients ayant contenu des liquides ont été trouvés dans les bûchers, ainsi que des résidus de fruits brûlés. La destruction de cet hérôon fut vraisemblablement causée par l’implantation toute proche de tombes chrétiennes à l’époque byzantine, aux VIe et VIIe siècles.

À droite de l’hérôon on peut aussi voir deux mausolées construits par de riches familles d’Aptéra au Ier siècle après JC.

 

Temple antiqueLe temple bipartite (Διμερής ναός / Dimerís naós)

La cité antique d'Aptera en Crète. Plan du temple bipartite de la cité antique d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.Dans le centre urbain de la cité antique d’Aptéra a été mis au jour un petit temple à deux cellas, ou temple bipartite (n° 3 sur le plan). Ce temple bipartite devait se trouver à la périphérie de l’agora de la cité, qui sera plus tard le forum romain, peut-être sur le côté sud. Il semble que ce petit temple se trouvait à l’intérieur d’un sanctuaire plus vaste vraisemblablement dédié à Artémis, la divinité tutélaire de la ville ; l’entrée du temple bipartite se trouvait du côté est, faisant sans doute face au temple principal. À l’est du temple à deux cellas se trouvent des vestiges de l’enceinte de ce sanctuaire principal, le péribole (περίβολος ιερών), datant du IIIe siècle ou du IIe siècle avant JC ; au sud-est du temple se trouvent les vestiges d’une stoa.

Dans ce secteur se trouvait aussi le « Mur aux Inscriptions » qui faisait vraisemblablement partie d’un important bâtiment public, peut-être le Prytanée de la cité. Entre le temple bipartite et ce portique débutait une voie pavée se dirigeant vers le sud, en direction du théâtre de la cité et peut-être d’autres temples.

La représentation d’ensemble de ce centre urbain antique a été altérée par son utilisation ultérieure jusqu’à l’Antiquité tardive, vers le VIIe siècle après JC, puis par la construction, au nord-est, de l’ensemble monastique de deux étages entre la seconde moitié du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, et de ses annexes ultérieures, qui ont servi de métoque au monastère Saint-Jean le Théologien de Patmos jusqu’aux années 1960. Une étude plus approfondie de cette partie de la cité antique, sur les côtés nord, sud et sud-ouest du temple à deux cellas, pourrait bien révéler de nouvelles informations sur sa forme et sa relation avec les bâtiments qui l’entouraient.

La cité antique d'Aptera en Crète. Statue d'Artémis d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.Les deux cellas du temple bipartite devaient être dédiées à Artémis (Ἄρτεμις), la Diane des Romains, et à son frère jumeau Apollon (Ἀπόλλων). Artémis est considérée comme la divinité tutélaire d’Aptéra ; elle est représentée à l’avers de deux types différents de statères d’argent datant des IVe et IIIe siècles avant JC. Selon une inscription du IIIe-IIe siècle avant JC découverte à Aptéra, certaines courses avaient lieu durant le mois de Diktynnaios, mois dédié à Diktynna (Δίκτυννα ou Δίκταιννα), ancien nom d’Artémis lié à son culte en Crète.

La cité antique d'Aptera en Crète. Statue d'Apollon d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.La construction du temple bipartite semble dater de l’époque classique, à la fin du Ve siècle avant JC ou au début du IVe siècle avant JC ; ce temple aurait été édifié à l’emplacement d’un lieu de culte plus ancien datant au moins de l’époque géométrique, au VIIIe siècle avant JC.

Le temple à deux cellas fut mis au jour en 1942 par l’archéologue allemand Heinrich Drerup (1908 - 1995), avec la collaboration de l’éphore de Crète occidentale Vassilios Théophanidès (Βασίλειος Θεοφανίδης) ; Drerup ne put publier les résultats de ses fouilles qu’en 1951 : « Zweizelliges Heiligtum in Aptara, Forschungen auf Kreta 1942, Berlin 1951 ». Les archéologues allemands fouillèrent aussi l’enceinte du sanctuaire, le théâtre romain, le temple de Dionysos et les citernes romaines. Les fouilles menées par les archéologues allemands ne livrèrent que de rares poteries et des parties de la superstructure, le bâtiment ayant été utilisé comme lieu de sépulture à l’époque byzantine.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le temple bipartite. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Les vestiges des murs du temple bipartite ne sont conservés que sur une faible hauteur. Le temple a une largeur extérieure de 6,32 m et une longueur de 3,96 m ; chacune des deux cellas intérieures mesure 2,26 m de largeur et 3 m de longueur. L’édifice est bâti soigneusement, avec des blocs de calcaire taillés de dimensions uniformes, reliés, dans le sens de la longueur, par des mortaises en fer en forme de double hache, en assemblage à queue d’aronde, et, dans le sens de la hauteur, par des chevilles en fer. Devant le temple, à l’est, se trouve un petit autel simple formé de dalles rectangulaires dont la surface a été blanchie par le feu.

Le sanctuaire à deux cellas d’Aptéra appartient à une catégorie d’une grande importance pour le développement de l’architecture des temples de la Grèce antique, dont les origines remontent à l’époque archaïque ou peut-être même à une époque antérieure ; on trouve des temples bipartites similaires dans toute la Grèce, mais le seul autre exemple crétois est le temple d’Arès (Άρης) et d’Aphrodite (Αφροδίτη) de Lénika (Λενικά), situé à Ellinika (Ελληνικά), près d’Élounda, mais qui est plus grand et plus tardif ; ce temple de Lénika fut l’objet d’une lutte permanente entre la cité antique d’Olous, la présente Élounda, et la cité antique de Lato, située près du village présent de Kritsa.

Inscription lapidaireLe mur aux inscriptions (επιγραφή στον τοίχο / epigrafí ston toícho)

La cité antique d'Aptera en Crète. Plan d'Aptera en 1897 dans le secteur austro-hongrois. Cliquer pour agrandir l'image.Entre 1862 et 1864 l’École française d’Athènes mena des fouilles sur le site d’Aptère ; en 1862, l’archéologue français Carle Wescher (1832 - 1904) mit au jour un « Mur aux Inscriptions », c’est-à-dire un mur portant des inscriptions grecques de la fin du IIIe siècle avant JC au milieu du IIe siècle avant JC ; en 1864, Wescher reprit les fouilles et découvrit d’autres inscriptions dont l’une mentionnait le nom d’Aptère ; cette découverte confirma la conjecture de Robert Pasley que les ruines de la colline de Paliokastro (Παλιόκαστρο) étaient celles de la cité d’Aptère. En septembre 1878, un autre archéologue français, Bernard Haussoulier (1852 - 1926), visita le site, copia, étudia et publia les inscriptions qui fournissent encore aujourd’hui de précieuses informations sur l’histoire de la ville. En 1899, lorsque les voyageurs italiens Luigi Savignoni et Gaetano De Sanctis visitèrent les ruines de la cité pour répertorier systématiquement les antiquités de Crète, ce « Mur aux Inscriptions » avait disparu sans laisser de traces ; il a donc a été détruit, ou ses matériaux dérobés, dans les deux dernières décennies du XIXe siècle.

D’après les descriptions faites par Haussoulier en 1879, le « Mur aux Inscriptions » était constitué de six blocs de tuf calcaire, tous les blocs ayant une longueur d’environ 1 m, une hauteur d’environ 35 cm et une épaisseur d’environ 60 cm ; ces blocs et de nombreux autres blocs non gravés faisaient partie d’un mur d’environ 15 m de longueur et 2,5 m de hauteur ; ce mur devait se situer près de l’ancien petit temple bipartite et était lié au temple central, vraisemblablement dédié à Artémis.

Ce mur faisait sans doute partie d’un important édifice public, peut-être le Prytanée selon Wescher ; les décrets de proxénie (προξενία) de la Boulé (Βουλή), c’est-à-dire le conseil de la cité d’Aptère, et de l’Ecclésia du Démos (Εκκλησία του Δήμου), c’est-à-dire l’assemblée des citoyens d’Aptère, étaient gravés sur ce mur. Cette « inscription sur le mur » (επιγραφή στον τοίχο) comportait une résolution de la Boulé honorant Attale II Philadelphe (Άτταλος Β΄ ο Φιλάδελφος), roi de Pergame de 159 à 138 avant JC, pour sa bienveillance envers la Confédération crétoise en général et Aptère en particulier ; le texte stipulait que la ville érigerait une statue en bronze représentant Attale, debout ou à cheval selon son souhait, et garantirait au roi sa sécurité personnelle, en temps de paix comme en temps de guerre, aussi bien dans la cité d’Aptère que dans ses ports. L’inscription nommait aussi des consuls, ou proxènes, dans les cités avec lesquelles Aptère entretenait des relations politiques.

StoaLe stylobate de la stoa (Περίβολος ιερών / Perívolos ierón)

La cité antique d'Aptera en Crète. Le stylobate d'une stoa du centre urbain (auteur Olaf Tausch). Cliquer pour agrandir l'image.Au sud-est du temple bipartite a aussi été mis au jour ce qui paraît être le stylobate d’une stoa orientée est - ouest, c’est-à-dire le soubassement de la colonnade d’un portique, faisant aussi partie du sanctuaire (Στωικό κτίριο) (n° 4 sur le plan).

Bâtiment antiqueLe bâtiment public romain (Ρωμαϊκό δημόσιο Κτήριο / Romaïkó dimósio Ktírio)

La cité antique d'Aptera en Crète. Bâtiment public romain. Cliquer pour agrandir l'image.À la limite orientale de la zone clôturée du site archéologique (n° 6 sur le plan), on trouve les ruines du mur ouest d’un bâtiment à trois voûtes, ruines conservées sur une hauteur de plusieurs mètres. Ce bâtiment pourrait avoir été un bâtiment publique de l’époque romaine ; il a été suggéré qu’il s’agissait du Bouleutérion (βουλευτήριον), c’est-à-dire du bâtiment où se réunissait la Boulé de l’Aptéra romaine ; cependant, aucune preuve de cette identification, une inscription par exemple, n’ait été trouvée. Des tranchées d’essai à l’intérieur du bâtiment ont révélé que ce bâtiment était fondé sur une structure plus ancienne.

Au sud de ce bâtiment romain à niches et absides, un sondage a mis au jour des maisons du début de la première époque byzantine, où étaient remployées de nombreuses pièces d’architecture antique, par exemple un linteau de porte.

FontaineLe réseau hydraulique d’Aptéra

La cité antique d'Aptera en Crète. Le réseau hydraulique de la cité antique d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.Le plateau escarpé sur lequel s’est établie la cité d’Aptéra ne possède aucune source d’eau naturelle ; les sources les plus proches, à Stylos et à Kalami, se trouvent au moins 150 m en contrebas du plateau et aucune trace d’aqueduc n’a été trouvée dans les environs : la seule possibilité pour la cité était de recueillir les eaux de pluie dans les citernes des maisons. L’absence de sources d’eau sur le plateau avait contraint les habitants d’Aptéra à construire des puits et des citernes, de petites pour un usage domestique et de plus grandes pour les besoins généraux de la cité, afin de tirer le meilleur parti possible de l’eau de pluie. Des petits puits et des citernes ont déjà été mis au jour, sans fouilles, à divers endroits du site archéologique, témoignant de l’existence des maisons correspondantes ; ces maisons étaient conçues pour optimiser la collecte des eaux de pluie grâce à des toits, des terrasses, des atriums, des cours, et cetera.

La prospérité de l’époque gréco-romaine entraîna une augmentation de la population et des besoins accrus en eau qui nécessitèrent la construction, dès l’époque hellénistique, de deux citernes remarquables par leur taille impressionnante, leur capacité, leur construction et leur conservation ; ces deux citernes différaient dans leur forme architecturale ; elles constituent les monuments les plus grands et les plus imposants d’Aptéra. Ces deux grosses citernes avaient une capacité totale d’environ 6 000 m³.

Il est vraisemblable que ces citernes recueillait l’eau de pluie par des orifices aménagés dans leur toit fait de voûtes en briques, car ces toits se trouvent au même niveau que le sol de nombreux bâtiments publics environnants. Cependant l’eau était également collectée par un réseau de citernes plus petites, situées à divers endroits de la cité, reliées aux deux grandes citernes par des conduites de surface ; le voyageur anglais Robert Pashley, vers 1835, et l’archéologue français Georges Perrot, vers 1867, décrivent des conduites en terre cuite enterrées aboutissant aux citernes, ainsi qu’un petit aqueduc de 80 cm de largeur et de hauteur.

Ces deux grosses citernes avaient pour fonction première d’alimenter les grands complexes de bains situés plus bas sur la pente nord, tout en répondant, avec les citernes domestiques, aux besoins accrus en eau de la ville. L’interdépendance des deux citernes et des deux complexes de bains indique qu’ils ont été conçus conjointement, afin d’assurer l’approvisionnement des bains en grandes quantités d’eau nécessaires à leur fonctionnement quotidien. Les dimensions des citernes et des bains suggèrent une importante population de la ville, une prospérité et un niveau de vie élevé.

On trouve des citernes similaires à celles d’Aptéra près du sanctuaire de Diktynna (Δικτυνναίο Ιερό), située près du cap de Spatha (ακρωτήριο Σπάθα) à la pointe de la presqu’île de Rodopos, à environ 45 km à l’ouest d’Aptéra. Des bains de date similaire à ceux d’Aptéra se trouvent à Gortyne, à Éleftherna, à Myrtos, à Makrygialos et à Koufonissi.

CiterneLa citerne romaine voûtée en équerre (Θολωτή δεξαμενή ρωμαιοκρατίας / Tholotí dexamení romaiokratías)

La citerne en forme d’équerre, ou de lettre gamma (Γ), est le premier monument que l’on remarque en entrant sur le site archéologique d’Aptéra ; elle se trouve immédiatement sur la gauche après le guichet de la billetterie, à l’ouest du centre urbain (n° 1 sur le plan).

La cité antique d'Aptera en Crète. La citerne voûtée de la cité antique d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.La citerne en équerre est construite sur la pente nord du plateau d’Aptéra ; la citerne est partiellement creusée dans la roche dans sa partie sud, la partie nord de la citerne étant entièrement hors sol. Les murs de la citerne étaient construits en « opus caementicium », dénommé « béton romain », une méthode de construction très répandue à partir du milieu du IIe siècle, bien que cette citerne ait été construite un siècle plus tôt ; ces murs étaient renforcés à l’intérieur par une maçonnerie de briques et de plâtre et étaient rendus étanches par un enduit de mortier hydraulique imperméable.

La cité antique d'Aptera en Crète. Bâtiments romains entre citerne voûtée et thermes du nord. Cliquer pour agrandir l'image.Les murs sont soutenus à l’extérieur par de robustes contreforts en pierres afin de résister à la pression de l’eau et de soutenir la toiture de la citerne ; le toit de la citerne était une voûte faite de briques de terre cuite ; cette voûte se serait effondrée dès l’Antiquité, sans doute au IVe siècle après JC par le tremblement de terre de l’an 365.

La conduite d’adduction de l’eau potable n’était pas située au niveau du plancher de la citerne mais un peu plus haut, afin que les impuretés présentes dans l’eau se déposent au fond de la citerne et n’atteignent pas la conduite d’eau potable. Une échelle permettait de descendre dans la citerne pour effectuer son inspection et son entretien, notamment l’enlèvement des boues ; lors des travaux de nettoyage et de consolidation, un puits de sédimentation et un tuyau de sortie fermé au diamètre étroit, avec ce qui pourrait être un système de nettoyage, ont été identifiés.

La cité antique d'Aptera en Crète. La citerne voûtée de la cité antique d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.La citerne en forme de gamma mesure environ 50 m dans sa grande longueur et 29 m dans sa petite longueur, la barre horizontale du gamma, avec une largeur de 9 m ; on estime que sa capacité était d’environ 3 000 m³ d’eau, soit une hauteur d’eau d’environ 4 m.

La cité antique d'Aptera en Crète. Bâtiments romains entre citerne voûtée et thermes du nord. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Une petite citerne rectangulaire, datant de l’époque hellénistique, se trouvait entre la citerne en forme d’équerre et les thermes du nord.

Thermes romainsLes thermes romains du nord (Ρωμαϊκά λουτρά / Romaïká loutrá)

La cité antique d'Aptera en Crète. Bâtiments romains entre la citerne voûtée en équerre et les thermes du nord. Cliquer pour agrandir l'image.Les bains romains du nord, désignés comme thermes romains II (Ρωμαϊκό βαλανείο II) sur le plan du site d’Aptéra (n° 8 sur le plan), se trouvaient à environ 130 m au nord du centre urbain de la cité. Ces bains étaient alimentés en eau par la grande citerne en forme d’équerre, située environ 5 m en contrehaut des bains.

La cité antique d'Aptera en Crète. Plan des thermes romains du nord de la cité antique d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.Les thermes du nord n’ont pas encore été fouillés de manière approfondie, cependant les fouilles archéologiques ont révélé que ces thermes comprenaient huit salles voûtées ; elles ont notamment mis au jour l’hypocauste d’une salle, une salle voûtée, un praefurnium, des conduits de cheminée et d’autres éléments. La salle voûtée présentait une maçonnerie impressionnante et un sol en galets ; elle comprenait une abside et deux bains, dont l’un conserve intacts ses panneaux de marbre ; les planchers ne comportaient pas de revêtement en mosaïque.

Les murs des thermes du nord sont mieux conservés que ceux des thermes de l’est.

Les destructions importantes causées aux bains par un fort tremblement de terre, vers 365 après JC, sont clairement visibles ; d’après les informations dont on dispose, certaines des salles ont été grossièrement modifiées et réutilisées, après la destruction du bâtiment.

La cité antique d'Aptera en Crète. Les thermes romains du nord d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Les thermes romains du nord d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Les thermes romains du nord d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Les thermes romains du nord d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Les thermes romains du nord d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Les thermes romains du nord d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Les thermes romains du nord d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Les thermes romains du nord d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Les thermes romains du nord d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).

CiterneLa citerne romaine voûtée à trois nefs (Τρίκλιτη Θολωτή δεξαμενή ρωμαιοκρατίας / Tríkliti Tholotí dexamení romaiokratías)

La cité antique d'Aptera en Crète. La citerne à trois nefs. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).La citerne à trois nefs voûtées se trouve à une centaine de mètres au nord-est du centre urbain de la cité d’Aptéra (n° 2 sur le plan). Cette citerne est divisée en trois compartiments séparés par deux arcades de quatre arcs en plein cintre appuyés sur de robustes piliers ; chaque compartiment est couvert d’une voûte en berceau. Comme pour la citerne en équerre, la partie sud de la citerne à trois nefs est creusée dans la roche de la pente nord du plateau. Les murs de la citerne étaient construits en « opus caementicium », couverts à l’intérieur d’une couche de briques et enduits d’un mortier hydraulique imperméable qui subsiste en grande partie de nos jours ; la toiture de la citerne était faite initialement de trois voûtes en briques qui se sont effondrées lors du grand tremblement de terre du IVe siècle après JC.

L’intérieur de la citerne à trois nefs voûtées mesure environ 17 m de largeur et 25 m de longueur ; sa capacité est estimée à environ 2 900 m³ d’eau, ce qui correspondrait à près de 7 m de hauteur d’eau. Cette citerne était alimentée par les eaux de pluie recueillies sur la toiture et par des conduites d’eau provenant de plus petites citernes situées à divers endroits de la cité.

La citerne à trois nefs alimentait principalement les thermes romains de l’est, situés quelque 5 m en contrebas, à environ 40 m au nord de la citerne.

La cité antique d'Aptera en Crète. La citerne à trois nefs. Cliquer pour agrandir l'image.La citerne fut abandonnée après le IVe siècle ; elle trouva une nouvelle utilisation quand le métoque du monastère Saint-Jean fut édifié au XVIe siècle. Les moines reconstruisirent les voûtes de la toiture avec des pierres grossièrement taillées ; l’escalier, qui permettait de descendre dans la citerne depuis la toiture pour entretenir la citerne, fut démoli et une ouverture fut pratiquée dans le mur nord de la nef orientale en élargissant l’orifice de vidange qui permettait d’évacuer les boues accumulées sur le plancher de la citerne ; c’est cette ouverture qui permet, de nos jours, de visiter cette citerne. La citerne à trois nefs devint une sorte d’entrepôt pour les productions agricoles du monastère médiéval.

Dans ses « Souvenirs de Voyage », publiés en 1867, l’archéologue Georges Perrot décrit ainsi la citerne à trois nefs :

« Aptera, située sur un plateau d’un accès difficile, qui porte maintenant le nom de Paleokastro, dominait la baie de La Sude, sur laquelle elle avait son port, Kissamos. Une partie de son enceinte subsiste encore, construite ici en blocs polygonaux, là en belles assises régulières qui rappellent les murs de Messène ; mais ce qu’Altéra nous a laissé de plus curieux, ce sont ses nombreuses et vastes citernes voûtées : l’une surtout, qui a trois rangs d’arcades, paraît vraiment belle après même que l’on a vu les immenses citernes de Constantinople. Celle-ci a 25 mètres de long sur 12 de large. Plusieurs des tuyaux en terre cuite qui amenaient l’eau dans ce grand réservoir sont encore en place. Le corps de la maçonnerie est en brique, mais les voûtes sont en pierre de taille soigneusement appareillée. Intérieurement, les murs de la citerne sont revêtus d’une sorte de stuc ou d’enduit très dur qui a persisté presque partout. »
La cité antique d'Aptera en Crète. La citerne à trois nefs. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. La citerne à trois nefs. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. La citerne à trois nefs. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. La citerne à trois nefs. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. La citerne à trois nefs. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. La citerne à trois nefs. Cliquer pour agrandir l'image.

Thermes romainsLes thermes romains de l’est (Ρωμαϊκά λουτρά / Romaïká loutrá)

La cité antique d'Aptera en Crète. Plan des thermes romains de l'est de la cité antique d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.Les bains romains de l’est se trouvaient à environ 140 m au nord-est du centre urbain d’Aptéra (n° 7 sur le plan) ; ils sont aussi désignés sur le plan du site archéologique comme « thermes romains I » (Ρωμαϊκό βαλανείο I) ; « βαλανείο », mot du genre neutre, est un terme plus savant que « λουτρό, nom neutre, au pluriel λουτρά, en grec ancien λουτρόν » pour désigner un bain, dans le sens de lieu où l’on prend un bain.

Les bains romains de l’est était alimentés en eau par la citerne à trois nefs voûtées, construite à peu près à la même époque où de nombreux bâtiments publics furent édifiés.

Les fouilles archéologiques des thermes I sont plus avancées que celles des thermes II, même si les murs des thermes I sont moins bien conservés que ceux des thermes II. En raison des multiples couches de réutilisation du site après l’époque romaine, et également du fait que leurs fouilles ne sont pas encore terminées, le plan au sol des thermes I reste confus, mais cependant plus clair que celui des thermes II, ce qui permet d’émettre plus d’hypothèses fiables quant à leur aménagement intérieur.

Les thermes de l’est peuvent être divisés, presque certainement, en deux parties : le côté oriental, composé de trois salles avec hypocaustes (A, B et E), et le côté ouest, composé de deux salles avec des bains (H, I), d’une salle absidale voûtée (), d’un couloir (K) et de trois salles au nord qui n’ont pas été entièrement fouillées (IA, IB et ). Les deux zones sont divisées par trois couloirs (ΣΤ et ΙΕ, ΚΓ), où se trouvaient probablement des salles auxiliaires et des praefurnia, c’est-à-dire les fours utilisés pour chauffer les hypocaustes.

Au sud des couloirs se trouve une petite salle voûtée (KA) qui n’a pas encore été fouillée ; on peut cependant supposer qu’elle fait partie de la zone chaude, comme les trois autres salles, car les cavités dans la maçonnerie de moellons pour les tuyaux de chauffage mural (tubuli ou tegulae mammatae) sont visibles, de même que le conduit de cheminée.

Au nord du couloir se trouve une salle presque carrée avec un sol en galets (Δ), revêtu de marbre par endroits ; son utilisation est inconnue mais, selon les fouilleurs, il ne s’agissait pas d’une salle chauffée ; elle communique avec la salle A par une double porte afin de minimiser les pertes de chaleur. Cette salle Δ avait un toit à une seule pente recouvert de tuiles, comme le montrent les tuiles de la couche de destruction et la trace d’appui de ce toit contre le mur de la salle A. Cette salle Δ servait peut-être d’antichambre.

La cité antique d'Aptera en Crète. Représentation hypocauste des thermes. Cliquer pour agrandir l'image.La salle de bains chauds A a été entièrement fouillée ; l’intérieur mesure 4,5 m par 5 m, sans les niches ; le système de chauffage par hypocauste a été mis au jour, le plancher en marbre surélevé, reposant sur de petits piliers de briques.

Une partie d’un linteau gravé, provenant vraisemblablement de l’entrée principale des bains reliés à la citerne à trois nefs, porte le nom d’un Athénien, probablement le bienfaiteur qui a financé la construction de ces thermes :

« Οὐάρειος Λούκιος Λαμπάδις Ἀθ [ην]α[ῖο]ς το βαλ[α]νεῖον [ἐπο]ίε[ι] ».

« Ouareios Loukios Lampadis (Varius Lucius Lampadis) l’Athénien a construit les bains ».

Le mot grec ancien « βαλανεῖον » est un synonyme de « λουτρόν », signifiant zone de bain.

L’inscription est datée de la seconde moitié du Ier siècle ou du début du IIe siècle après JC.

L’utilisation des bains I cessa après le fort tremblement de terre de 365 après JC ; les destructions importantes causées aux bains de l’est par ce tremblement de terre sont clairement visibles. Après cette destruction certaines salles des bains de l’est furent grossièrement modifiées et occupées par des ateliers de poterie qui restèrent en usage jusqu’au VIIe siècle après JC.

La cité antique d'Aptera en Crète. L'hypocauste des thermes romains de l'est. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. L'hypocauste des thermes romains de l'est. Cliquer pour agrandir l'image. La cité antique d'Aptera en Crète. L'hypocauste des thermes romains de l'est. Cliquer pour agrandir l'image.

Monastère orthodoxeLe monastère Saint-Jean-le-Théologien (Μονή Αγίου Ιωάννου του Θεολόγου / Moní Agíou Ioánnou tou Theológou)

La cité antique d'Aptera en Crète. Le monastère Saint-Jean le Théologien vu de l'est. Cliquer pour agrandir l'image.Le monastère Saint-Jean le Théologien (Άγιος Ιωάννης ο Θεολόγος) se trouve à l’intérieur du périmètre du site archéologique d’Aptéra, mais il n’en fait pas partie à proprement parler ; le monastère est situé au milieu même du site, vraisemblablement à l’emplacement de l’agora de la cité antique (n° 5 sur le plan).

Le monastère Saint-Jean aurait été fondé au XIIe siècle comme métoque du monastère de Saint-Jean le Théologien de Patmos fondé au XIe siècle ; un métoque (μετοχή), ou métochion (μετόχιον), est une sorte de succursale d’un monastère situé hors de la juridiction locale ; le métoque peut être considéré comme une métairie qui reverse une partie de sa production agricole au monastère propriétaire. Le « Racconto », la chronique crétoise publiée en 1644 par Antonio Trivan ou Trivisan, un notaire public vénitien du duché de Candie, indique la fondation du métoque en date de l’année 1182 ; cette chronique rapporte que le futur empereur byzantin Isaac Comnène (Ισαάκιος Κομνηνός) (vers 1113 - 1154) à son départ de Crète, légua des biens et des fiefs de Crète au monastère Saint-Jean le Théologien de Patmos qui fonda le métoque crétois quelques années plus tard. Selon des voyageurs il y avait, dans le passé, des fragments de mosaïques aux abords de l’église du monastère, ce qui suggère qu’à cet emplacement se trouvait une basilique paléochrétienne avant la construction du monastère.

Cependant, le bâtiment principal du monastère, qui subsiste aujourd’hui au centre du site archéologique, a été construit plus tard, pendant la période vénitienne, dans la seconde moitié du XVIe ou au début du XVIIe siècle, tandis que les annexes plus petites sont encore plus tardives.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le monastère Saint-Jean le Théologien d'Aptéra. Cliquer pour agrandir l'image.La construction du monastère nécessita l’utilisation de matériaux provenant des édifices antiques situés à proximité, autour de l’agora antique. Au XVIe siècle, la partie orientale de la cité antique fortifiée fut abandonnée ; dans le reste de la zone fortifiée, les moines cultivaient des légumineuses et des céréales, dont les revenus étaient reversés au monastère de Patmos. Ces cultures causèrent d’importants dégâts aux bâtiments antiques, et de nombreuses découvertes archéologiques furent emportées à l’étranger.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le monastère Saint-Jean le Théologien d'Aptéra. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Le monastère Saint-Jean subit vraisemblablement des dommages lors de la conquête ottomane de la Crète, car, en 1772, l’archéologue anglais Richard Pococke rapporta que, lors de son passage, il avait aperçu un monastère en ruines au cœur de la cité antique. Cependant, quand le voyageur britannique Robert Pashley visita le site en 1833, le monastère était habité et ce sont les moines qui montrèrent à Pashley des pièces de monnaie trouvées dans le sol autour du monastère, ce qui lui permit d’établir le lien entre ces ruines et la cité antique d’Aptéra. Les moines étaient propriétaires des oliveraies entourant le bâtiment, mais elles avaient été abandonnées depuis le début des conflits liés à la guerre d’indépendance grecque de 1821.

Le métoque du monastère Saint-Jean resta en activité jusqu’en 1964, toujours comme dépendance du monastère de Patmos qui, lui, est toujours en activité. De nos jours, depuis l’abandon du monastère, l’ancien catholicon et le bâtiment monastique à deux planchers, sont bien conservés ; une des salles du rez-de-chaussée abrite une exposition très complète sur l’histoire, l’architecture et les fouilles archéologiques menées sur le site d’Aptéra. À côté de l’entrée on peut voir un tas de boulets de pierre qui seraient des boulets lancés par les catapultes lors du siège d’Aptéra à l’époque hellénistique.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le monastère Saint-Jean le Théologien d'Aptéra. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Le monastère Saint-Jean le Théologien d'Aptéra. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Le monastère Saint-Jean le Théologien d'Aptéra. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Le monastère Saint-Jean le Théologien d'Aptéra. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Le monastère Saint-Jean le Théologien d'Aptéra. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet). La cité antique d'Aptera en Crète. Le monastère Saint-Jean le Théologien d'Aptéra. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).

GradinsLe théâtre rectiligne (Ευθύγραμμο θέατρο / Efthýgrammo théatro)

La cité antique d'Aptera en Crète. Le théâtre romain. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).La voie pavée conduisant vers le sud, depuis le centre urbain jusqu’au théâtre, passe le long du côté oriental d’une longue construction (n° 24 sur le plan).

La fonction exacte de cette construction demeure incertaine, mais les archéologues pensent qu’il s’agissait d’un théâtre à gradins rectilignes (ευθύγραμμο θέατρο) ; ce théâtre rectiligne aurait été érigé à l’époque hellénistique, mais un peu après le théâtre principal, dans la première moitié du IIIe siècle avant JC, d’après les détails de sa construction et les poteries découvertes dans ses fondations.

Le théâtre rectiligne est construit contre l’arrière du théâtre en forme de fer à cheval et pourrait avoir été destiné initialement à servir de mur de soutènement pour le théatron (θέατρον), la cavea du théâtre romain, du théâtre en fer à cheval ; les gradins auraient été ajoutés postérieurement.

La forme architecturale du théâtre ressemble à celle des espaces théâtraux minoens utilisés pour les cérémonies religieuses et les événements sportifs dans les palais de Phaistos et de Cnossos ; sa forme rectiligne le place dans une catégorie distincte de monuments. Le théâtre rectiligne semble avoir joué un rôle clé dans la société locale, un rôle que n’auraient pas pu remplir un théâtre ou un stade. La plupart des monuments de ce type les plus connus sont appelés « théâtres cultuels » parce qu’ils sont associés à des sanctuaires dédiés à des divinités chtoniennes : dieux du monde souterrain ou de la Terre elle-même. L’espace était utilisé pour les événements religieux et les cérémonies rituelles du sanctuaire correspondant, tandis que quelques rares monuments sont associés à des fonctions civiques.

Les gradins du théâtre rectiligne font face au nord-ouest. Les dimensions des marches et les distances qui les séparent, ainsi que la présence d’escaliers, suggèrent la présence d’une tribune pour assister à des événements : on pense que, selon les besoins de la ville, le théâtre rectiligne d’Aptéra aurait été utilisé pour des cérémonies cultuelles, des événements sportifs ou même des rassemblements politiques se déroulant sur l’esplanade. Le théâtre mesure 50 m de longueur, avec quatre rangées de sièges et les fondations de deux autres, alors qu’il y avait à l’origine de 11 à 13 rangées de sièges pouvant accueillir de 600 à 720 spectateurs. Quatre escaliers divisent le théâtre rectiligne en quatre sections à peu près égales. Les sièges centraux présentent des entailles sculptées indiquant qu’ils étaient destinés à des personnages importants.

Théâtre antiqueLe théâtre romain (Ρωμαϊκό Θέατρο / Romaïkó Théatro)

La cité antique d'Aptera en Crète. Vue aérienne du théâtre antique d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.Le théâtre antique d’Aptéra est fréquemment nommé « théâtre romain » mais il fut d’abord un théâtre grec édifié à l’époque hellénistique, au IIIe siècle avant JC. Comme dans toutes les cités grecques ou romaines le théâtre jouait, avec l’agora puis le forum, un rôle important sur les plans politique, religieux et social de la cité ; le théâtre constituait un des monuments les plus impressionnants d’Aptéra.

La cité antique d'Aptera en Crète. Voie pavée d'accès au théâtre (auteur Olaf Tausch). Cliquer pour agrandir l'image.Le théâtre d’Aptéra (Θέατρο της Απτέρας) était situé à environ 150 m au sud du centre urbain de la cité (n° 9 sur le plan) ; on y accédait par une voie pavée qui aboutissait à la parodos orientale (πάροδος), c’est-à-dire l’entrée latérale orientale du théâtre ; cette voie pavée contournait par l’est la petite colline sur laquelle était adossé le théâtre ; la voie, rectiligne et horizontale, de 1,6 m de largeur, a été mise au jour avec un très bon état de conservation du pavage sur 55 m, entre le coin oriental du théâtre rectiligne et la parodos orientale du théâtre. Après le théâtre, la voie devait bifurquer en direction de la Porte du Sud-est, située à environ 200 m, en passant par le temple de Dionysos.

La cité antique d'Aptera en Crète. Escalier sur la voie pavée pour accéder au théâtre (auteur Olaf Tausch). Cliquer pour agrandir l'image.Depuis la voie pavée, on pouvait aussi accéder au théâtre par un large escalier, dont une partie subsiste, menant au déambulatoire des gradins.

La parodos occidentale donnait sur une voie pavée, d’époque hellénistique, qui conduisait notamment vers la villa au péristyle, et qui continuait vraisemblablement jusqu’à la Porte de l’Ouest.

Le théâtre a été construit dans une dépression naturelle, un creux naturel situé sur le flanc sud d’un petite colline haute de quelques mètres ; les gradins étaient adossés à la colline et orientés plein sud, offrant une vue imprenable, au sud-ouest, sur les Monts-Blancs.

D’après les fouilles archéologiques, la construction initiale du théâtre d’Aptéra date de l’époque hellénistique, au début du IIIe siècle avant JC ; cela a notamment été établi par la découverte d’un chapiteau de style dorique de l’époque de l’alliance d’Aptéra avec Pergame à la fin du IIIe siècle avant JC ; ce chapiteau dorique fut découvert dans le koilon du théâtre par l’archéologue allemand Heinrich Drerup en 1942 ; ce chapiteau a, de nos jours, été perdu. Il reste, de ce bâtiment initial, le mur de soutènement du côté sud de la scène, la plupart des murs des parodoi, le mur de soutènement autour du koilon et la sous-structure des sièges.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le théâtre romain. Cliquer pour agrandir l'image.Durant l’époque romaine, le théâtre subit une transformation radicale afin d’adapter le monument aux besoins accrus et à l’évolution des pratiques du spectacle de l’époque. Lors de la reconstruction, au cours de la seconde moitié du Ier siècle après JC, la cavea fut agrandie et acquit sa forme définitive, la scène fut remplacée et le plancher de l’orchestre fut abaissé. Au cours d’un remaniement ultérieur, à une date difficile à préciser, le bâtiment de la scène fut modifié à des fins fonctionnelles et des réparations mineures furent effectuées pendant que le théâtre continuait d’être utilisé ; la partie inférieure de la cavea fut remodelée au moins une fois, la phase finale étant la forme visible de nos jours.

Le théâtre fut vraisemblablement gravement endommagé par le fort tremblement de terre survenu au large de la Crète en 365 après JC ; les fouilles archéologiques ont mis au jour, sur le sol des parodoi, de grands blocs de pierre des murs latéraux qui s’étaient effondrés ; ces murs latéraux servaient de murs de soutènement du koilon (αναλημματικός τοίχος). Au fil des siècles suivants, le théâtre fut abandonné et la majeure partie de l’édifice fut recouverte de terre.

Le théâtre paraît avoir été oublié jusqu’au XIXe siècle où il servit de carrière de pierre, et il semble que, durant la période d’activité du monastère, les gradins supérieurs aient été détruits lors du nivellement du terrain pour la culture et comblés avec des remblais de terre et d’amas de pierres. Le voyageur anglais Robert Pashley visita le site dans les années 1834 – 1835 ; dans son ouvrage publié en 1837 « Travels in Crete », Pashley observe que le théâtre semblait avoir perdu les deux tiers de sa taille d’origine. En 1893 l’archéologue italien Lucio Mariani (1865 – 1924) participa à une mission d’étude sur différents sites archéologiques de Crète ; il ne fit que mentionner brièvement le théâtre dans son ouvrage de 1896, « Antichità cretesi » ; en 1901 l’archéologue italien Luigi Savignoni (1864 – 1918) décrivit le théâtre comme un amas informe de ruines, dont seuls quelques vestiges étaient visibles.

La cité antique d'Aptera en Crète. Croquis des ruines du théâtre avec four à chaux avant restauration (auteur Nikolaos Chatzidakis). Cliquer pour agrandir l'image.Au début du XXe siècle, un four à chaux fut construit au centre de la cavea ; des sièges en calcaire des gradins, les couloirs (diazomata) et d’autres éléments architecturaux du théâtre furent calcinés pour produire de la chaux vive utilisée dans la construction de bâtiments ; après cette opération seul le substrat étagé de la maçonnerie en moellons des gradins était apparent dans la majeure partie de la cavea.

En août 1942, durant l’occupation allemande de la Crète, Heinrich Drerup fut chargé de cartographier la zone de l’antique Aptéra et de reporter les vestiges encore visibles sur une carte ; la carte ainsi réalisée fut ensuite comparée à des photographies aériennes grecques et allemandes. Drerup décrivit le théâtre comme une dépression recouverte de pierre, avec une allée circulaire visible à mi-hauteur, des vestiges de gradins et une paraskénie (espace scénique) en pente douce vers la scène. Après la Seconde Guerre mondiale, le théâtre fut encore davantage dépouillé, ses pierres ayant été réutilisées pour la construction du port de Souda. D’après les témoignages des villageois, au cours des dernières décennies, après la guerre, seule la cavea avait été mise au jour grâce à une initiative locale visant à réutiliser le théâtre.

Des fouilles archéologiques systématiques du théâtre ont été menées à partir de juillet 2008 et en 2009, sous la direction de l’archéologue grecque Vanna Niniou-Kindeli (Βάννα Νινιού - Κινδελή). La majeure partie du théâtre fut dégagée grâce à un travail intensif et particulièrement ardu, avec des résultats remarquables, malgré les destructions subies. La mise au jour du théâtre fut suivie par une phase de conservation et de restauration qui s’étendit d’août 2012 à novembre 2015. Le projet comprenait : la restauration de l’orchestre ; la reconstruction d’une partie de la cavea avec l’installation de nouveaux sièges en pierre naturelle là où les sièges d’origine avaient été détruits ; la restauration d’une partie des fragiles fondations en briques d’argile des sièges d’origine subsistant ; la remise en place à leur emplacement d’origine des blocs de pierre des parodoi qui s’étaient effondrés ; la restauration du bâtiment de la scène et de l’avant-scène. Le 12 décembre 2015, le théâtre antique d’Aptéra fut rouvert au public avec une représentation théâtrale.

La cité antique d'Aptera en Crète. Les parties d'un temple grec classique (auteur Leftezi). Cliquer pour agrandir l'image.Le monument restauré présente, comme le théâtre d’origine, une forme un peu plus allongée qu’un demi-cercle, comme un fer à cheval, avec un diamètre de 55 m pour le koilon, la cavea romaine, et de 18 m pour l’orchestre, ou parterre. L’édifice était construit en calcaire marneux local, le poros (πῶρος / πώρος / póros), le même matériau que celui utilisé pour la plupart des monuments de la cité antique.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le théâtre romain. Cliquer pour agrandir l'image.Le koilon (κοῖλον / κοίλον / koílon), c’est-à-dire le « creux », ou la cavea romaine, présentait un diamètre de 54,68 m ; le koilon était divisé en quatre secteurs (κερκίδα, nom féminin, au pluriel κερκίδες), les « cunei » romains, par cinq escaliers radiaux ; l’escalier central mesurait 70 cm de largeur, tandis que les quatre autres mesuraient 50 cm.

Un diazoma séparait le koilon en une partie supérieure et une partie inférieure ; un autre diazoma devait se trouver en haut des gradins. Un diazoma (διάζωμα, nom neutre, au pluriel διαζώματα), le praecinctio des théâtres romains, était un large déambulatoire, une sorte de couloir semi-circulaire qui facilitait l’accès aux sièges (εδώλιο, nom neutre, au pluriel εδώλια). Au nord-est du koilon, une entrée a été mise au jour, ainsi que les cinq premières marches d’un escalier intérieur datant de la phase romaine de construction, menant au diazoma ; cette entrée menait vraisemblablement au large escalier à cinq marches situé sur la voie pavée qui reliait le centre urbain à l’entrée orientale du théâtre. À l’ouest du koilon, une entrée similaire permettait vraisemblablement d’accéder au diazoma intérieur par un escalier ou une rampe extérieure.

À ses extrémités, le koilon était soutenu par deux robustes murs de soutènement en pierre.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le théâtre romain. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Le théâtre d’origine était certainement bien plus imposant que ce que l’on peut voir de nos jours. Le koilon comportait au moins vingt-six rangées de sièges, car il s’étendait plus au nord ; les gradins supérieurs ont été détruits lors du nivellement du terrain pour la culture et par le fonctionnement du chaufour ; seuls treize gradins subsistent ou ont été reconstitués, en tout ou en partie. La partie inférieure des gradins révèle cependant la géométrie de cette partie du monument. La hauteur des sièges variait de 37 cm à 39 cm ; les assises, larges de 34 cm, étaient inclinées de 3° vers l’avant pour permettre l’écoulement des eaux de pluie ; derrière les sièges se trouvaient des repose-pieds de 29 cm de largeur et de 1,5 cm à 2 cm de profondeur ; un espace de 15 cm de largeur permettait d’accéder à la marche suivante. La première rangée, la présidence (προεδρία, nom féminin, au pluriel προεδρίες), était réservée aux spectateurs de haut rang.

Un canal d’évacuation des eaux pluviales est conservé dans ces rangées inférieures ; un égout semi-circulaire pour les eaux pluviales, de 52 cm de profondeur et de 61 cm de largeur, recouvert de dalles de calcaire, est intégré à la limite inférieure du koilon, à l’endroit où il rejoint l’orchestre.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le théâtre romain. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Les entrées du théâtre étaient situées sur les côté oriental et occidental du théâtre ; ces entrées à ciel ouvert mesuraient environ 20 m de longueur et menaient à l’orchestre ; elles étaient utilisées comme entrée des artistes, acteurs, danseurs et choristes, mais aussi comme entrée des spectateurs, notamment pour les personnalités de haut rang. Ces entrées étaient nommées parodoi pour les théâtres grecs ; le mot parodos (πάροδος, nom féminin, au pluriel πάροδοι) est formé de la préposition « para » (παρα), « à côté », et du nom « odos » (οδός), « chemin, rue ou route », et signifie quelque chose comme « le chemin sur le côté ».

La cité antique d'Aptera en Crète. Le théâtre romain. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Les parodoi étaient bordées, du côté du koilon, par les murs de soutènement des gradins (αναλημματικός τοίχος) construits en grands blocs de pierre, semblables à ceux que l’on trouve dans les fortifications hellénistiques de la cité antique ; dans le cas du théâtre d’Aptéra, ces murs étaient dépourvus de contreforts (αντηρίδα, nom féminin, au pluriel αντηρίδες), ce qui explique peut-être que, lors du tremblement de terre de l’an 365, ces murs se sont en grande partie écroulés ; la plupart des domoi (δόμοι), rangées de pierre constituant les murs de soutènement, ont été conservées, soit in situ, soit effondrées sur le sol des parodoi par le tremblement de terre. Ces vestiges ont permis de reconstituer une grande partie de la hauteur des murs de soutènement.

La cité antique d'Aptera en Crète. Égout sous la parodos ouest du théâtre (auteur Olaf Tausch). Cliquer pour agrandir l'image.Sous le dallage des parodoi se trouvaient des canaux d’évacuation qui collectaient toutes les eaux pluviales tombées sur les gradins et sur l’orchestre.

À l’époque hellénistique, l’orchestre était le lieu même où se déroulaient les actes du drame ; à l’époque romaine, l’orchestre, ou parterre, était la zone où se produisaient les danseurs et les choristes. L’orchestre était situé entre le koilon et la scène, et avait la forme d’un demi-disque un peu allongé en forme de fer à cheval. Le sol de l’orchestre était constitué de terre compactée ; d’un rayon d’environ 5,45 m, l’orchestre du théâtre d’Aptéra était l’un des plus petits que l’on puisse trouver dans un théâtre antique. Le mot « orchestre » (ὀρχήστρα / ορχήστρα / orchístra) provient du verbe « ὀρχέομαι », « danser », suivi du suffixe « -τρον », « ce qui sert à … ».

Au centre de l’orchestre, et du koilon, se trouvait un petit autel dédié aux sacrifices à Dionysos (Διόνυσος), le thymélé (θυμέλη), élément essentiel des théâtres classiques et hellénistiques. La pierre circulaire centrale, qui servait de base au thymélé, est conservée au centre de l’orchestre.

La cité antique d'Aptera en Crète. Scène du théâtre (auteur Olaf Tausch). Cliquer pour agrandir l'image.Les vestiges de la scène que l’on peut voir de nos jours sont ceux de la scène de l’époque romaine (scaena), qui était beaucoup plus imposante que la scène de l’époque hellénistique (σκηνή, nom féminin, au pluriel σκηνές) ; cependant, la scène romaine a remployé des éléments architecturaux de la scène hellénistique. À l’époque romaine, c’est sur la scène que la pièce de théâtre était jouée, combinée à des actes dans la zone de l’orchestre.. De la scène, il ne reste de nos jours que les fondations de l’époque romaine.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le théâtre romain. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Le bâtiment de scène était composé de plusieurs éléments : les coulisses, situées sur les deux côtés de la scène ; l’avant-scène, située entre la scène et l’orchestre ; la scène à proprement parler ; l’arrière-scène.

  • Les coulisses se trouvaient à gauche et à droite de l’avant-scène ; elles servaient aux acteurs à entrer en scène et servaient aussi de loges pour les acteurs et de remise pour les accessoires de représentation.
    • Les coulisses étaient nommées « paraskénia » (παρασκήνιο, nom neutre, au pluriel παρασκήνια), de la préposition « παρα- », « à coté de … » et du nom « σκηνή », « scène » ; dans les théâtres romains les coulisses étaient nommées parascenia (parascenium, au pluriel parascenia).
    • Lors de la construction de la scène romaine, les coulisses, dont les vestiges sont encore visibles aujourd’hui, furent bâties sur les coulisses hellénistiques, situées à l’est et à l’ouest, et étaient plus légèrement plus grandes que celles-ci ; ces salles mesuraient 4,40 m par 4,10 m et comportaient chacune trois portes : une à l’est, une à l’ouest et une au sud ; des fragments de leurs piliers de pierre et des traces de leurs appuis ont été conservés. On observe également des restes de sol en mortier de chaux ; à l’instar du sol de la scène, les planchers des coulisses étaient vraisemblablement en bois.
  • La cité antique d'Aptera en Crète. Avant-scène du théâtre (auteur Olaf Tausch). Cliquer pour agrandir l'image.L’avant-scène marquait la limite entre la scène et l’orchestre, et reliait la scène à l’orchestre par deux petits escaliers, permettant ainsi aux acteurs de descendre et de monter selon les besoins du drame.
    • L’avant-scène du théâtre hellénistique était nommé « proskénio » (προσκήνιο, nom neutre, au pluriel προσκήνια), proscenium pour le théâtre romain. L’avant-scène du théâtre romain d’Aptéra était particulièrement soignée, avec des moulures en relief.
    • Le mur de l’avant-scène donnant sur l’orchestre était constitué d’une maçonnerie de moellons liée au mortier de chaux, revêtue de dalles de calcaire verticales reposant sur une plate-forme basse ; les bords supérieur et inférieur des dalles étaient respectivement formés de pierres convexes et concaves. Trois niches étaient intégrées à la façade du mur de scène : une niche semi-circulaire au centre et une niche rectangulaire de chaque côté.
    • À chaque extrémité du mur, vers les coulisses, se trouvaient deux escaliers monolithiques étroits menant au plancher de scène en bois (pulpitum).
    • La cité antique d'Aptera en Crète. Sous la scène du théâtre (auteur Olaf Tausch). Cliquer pour agrandir l'image.Deux murs transversaux en moellons reliaient le mur de l’avant-scène aux façades de la salle de spectacle et divisaient le long espace sous la scène (hyposcaenium) en trois sections ; les murs de ces sections n’étaient pas enduits, car ils étaient recouverts par le plancher en bois de la scène. L’avant-scène et les murs transversaux représentent une phase ultérieure de la façade de scène (scaenae frons) et leur construction diffère.
    • Les fondations du devant de scène étaient constituées d’une série de grands blocs de pierre présentant une niche d’environ 21 cm de largeur, qui soutenaient vraisemblablement les poutres de la scène en bois. Au-dessus, les vestiges du devant de scène, large de 70 cm, et des ailes latérales adjacentes sont conservés jusqu’à une hauteur d’environ 60 cm ; ils sont composés de grandes pierres de taille et de plus petites pierres brutes, liées par un mortier de chaux résistant (opus testaceum), avec un parement de briques dans la partie supérieure. Leur analyse a révélé que le mortier utilisé est de composition identique à celui utilisé pour la pose des sièges de la salle ; cela suggère que le devant de scène et la salle ont été construits ou reconstruits à la même époque.
    • Des éléments architecturaux du décor du devant de scène ont été découverts dans l’hyposkénion (ou hyposcaenium), l’espace situé sous la scène ; il s’agit de corniches et d’un linteau, provenant probablement de la porte centrale (valva regia), puisqu’il a été retrouvé juste devant celle-ci. On a également retrouvé les bases, qui appartenaient vraisemblablement aux colonnes reposant sur les saillies de la façade et faisant partie intégrante de sa composition.
  • La cité antique d'Aptera en Crète. Arrière-scène du théâtre (auteur Olaf Tausch). Cliquer pour agrandir l'image.L’arrière-scène, sur le côté sud du théâtre, marquait la limite du théâtre derrière la scène.
    • L’arrière-scène était dénommée, à l’époque romaine, postscaenium.
    • Sur toute la longueur de l’arrière-scène, un solide mur de soutènement, d’une conception similaire à celle des remparts de la ville et des murs de soutènement des entrées, les parodoi ; ce mur repose sur le socle rocheux et se trouve à 3,35 m en arrière du mur de façade de l’avant-scène. Ce mur de l’arrière-scène date de la première phase de construction, à l’époque hellénistique.

Le théâtre antique d’Aptéra figure sur la liste indicative de la Grèce pour le patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2014.

Temple antiqueLe temple de Dionysos (Ναός Διονύσου / Naós Dionýsou)

Les archéologues allemands ont attribué à Dionysos un petit temple qu’ils mirent au jour, en 1942, au sud-est du théâtre (n° 21 sur le plan), près de la Porte du Sud-est.

Maison antiqueLa maison romaine avec cour à péristyle (Ρωμαϊκή οικία με περίστυλη αυλή / Romaïkí oikía me perístyli avlí)

La cité antique d'Aptera en Crète. La maison romaine à péristyle. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Les vestiges d’une vaste demeure ont été mis au jour dans un quartier très urbanisé de la cité d’Aptéra ; cette demeure se trouvait dans l’ouest de la cité (n° 10 sur le plan), sur la voie pavée, orientée ouest – est, qui reliait la Porte de l’Ouest au théâtre, à environ 50 m de l’entrée occidentale du théâtre ; cette voie, datant de l’époque hellénistique, était encore utilisée à l’époque romaine.

Cette demeure avait la particularité de posséder une cour à péristyle ; pour cette raison elle est nommée « maison romaine avec cour à péristyle » ; il s’agissait d’une maison de ville, c’est-à-dire d’une « domus » (οικία), plutôt que d’une « villa » (έπαυλη), qui, dans le sens romain du terme, désignait l’habitation d’un domaine agricole, une sorte de manoir.

La cité antique d'Aptera en Crète. La maison romaine à péristyle. Cliquer pour agrandir l'image.Cette maison constitue un exemple typique de résidence urbaine romaine et peut donner des indications sur les modèles architecturaux résidentiels de la cité d’Aptéra, qui semble avoir suivi les normes architecturales de la période hellénistique, telles qu’on les trouve dans les îles de la mer Égée et dans les cités d’Asie Mineure. On trouve des résidences similaires dans différentes cités de Crète par exemple à Kissamos, à Eleftherna et à Knossos.

La cité antique d'Aptera en Crète. L'atium de la maison romaine à péristyle. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).La construction de la maison à péristyle est datée des premières années de la domination romaine de la Crète, de la fin du Ier siècle avant JC ou du début du Ier siècle après JC. La demeure aurait été gravement endommagée par le puissant tremblement de terre de l’an 66 qui frappa l’ouest de la Crète. Après cet événement, la maison fut reconstruite et continua d’être habitée ; au cours du IIIe siècle, la maison subit plusieurs modifications : suppression d’espaces, obturation d’entrées et cetera, dont certaines sont visibles par endroits dans la maçonnerie. La maison à péristyle fut complètement détruite lors du tremblement de terre catastrophique du 21 juillet 365. Au cours des siècles suivants, du Ve siècle au VIIe siècle, l’emplacement ne fut que partiellement réutilisé. À l’intérieur des salles, sous les couches de terre, outre des fragments de poterie d’usage courant, tels que pots, onochoés, coupes, assiettes, et cetera, et des pièces de monnaie, on a découvert des éléments en fer provenant de portes et de fenêtres, ainsi que des fragments d’objets en bois dissous au cours des siècles suivants.

La cité antique d'Aptera en Crète. Reconstitution de la demeure à péristyle d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.La maison à péristyle couvrait une grande superficie, d’environ 40 m de longueur par 20 m de largeur, allongée dans la direction sud – nord. L’entrée principale de la demeure (n° 1) se trouvait sur le côté sud du bâtiment, ouvrant sur la voie pavée reliant la Porte de l’Ouest à la parodos ouest du théâtre.

On entrait dans la demeure par une double porte menant à un vestibule (n° 2) ; dans ce vestibule se trouvait le sanctuaire de la maison, le laraire (lararium). Dans la couche de destruction du séisme de 365, les archéologues ont découvert un important groupe de statues d’Artémis et d’Apollon, les divinités tutélaires de la cité, en bronze et en marbre respectivement, posées sur une seule base en pierre.

La cité antique d'Aptera en Crète. Cour de la citerne de la maison à péristyle (auteur Aeleftherios). Cliquer pour agrandir l'image.Le vestibule menait à une première cour (n° 4), située dans la partie sud du bâtiment, qui paraît avoir été une cour de service. Cette cour comprenait un puits, incorporé dans le mur ouest de la cour, permettant de tirer de l’eau d’une grande citerne située sous la cour ; cette citerne était alimentée par de petites canalisations qui amenaient les eaux de pluie recueillies dans diverses parties de la maison. À côté du puits de la citerne se trouvait le socle d’un bassin en pierre ; au fond de la citerne a été trouvée, intacte, une jarre à eau en argile, datant de la fin du IIIe siècle ou du début du IVe siècle, probablement restée là depuis le dernier puisage d’eau.

Dans le coin nord-est de la cour de la citerne se trouvait un petit pressoir à olives en pierre (trapetum), probablement déplacé de son emplacement d’origine, destiné aux besoins domestiques, ainsi qu’un mortier en pierre, ce qui indique que cette partie de la maison était utilisée pour les activités quotidiennes, du moins pendant sa dernière phase d’utilisation. Parmi les découvertes les plus importantes figurent de petites sculptures, des pièces de monnaie en bronze, des poteries et d’autres objets du quotidien.

À l’ouest de la cour de la citerne se trouvait une petite salle (n° 3) dont l’utilisation n’a pas été déterminée avec certitude : salle de réception, petite salle à manger ou cuisine.

La cité antique d'Aptera en Crète. L'atrium de la maison romaine à péristyle. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).En traversant la cour de la citerne on arrivait à l’espace central de la demeure, une grande cour à péristyle, d’environ 12 m de longueur sud – nord et 8 m de largeur ouest – est (n° 5) ; le péristyle comportait un stylobate avec 7 colonnes sur les côtés est et ouest et 5 colonnes sur les côtés sud et nord, avec des bases ioniques et des chapiteaux doriques. Le portique de cet atrium (αίθριο) était couvert de toits en tuiles ; cette stoa au toit de tuiles qui entourait le péristyle était décorée de peintures murales colorées. À la différence des atriums romains typiques, l’atrium de la maison à péristyle ne comportait par d’impluvium, c’est-à-dire de bassin recueillant les eaux de pluies au centre de l’atrium, mais les eaux tombant sur la toiture de l’atrium devaient quand même alimenter la citerne de la maison. Les cours à péristyle contenaient généralement des jardins, ce qui était le cas de la maison d’Aptéra ; les fouilles du jardin (viridarium, au pluriel viridaria) ont permis de mettre au jour de petites sculptures décoratives et une base de table en marbre.

Les colonnes, les chapiteaux doriques et les linteaux de l’atrium, qui portent des traces de réparation, se sont effondrés à l’intérieur de la cour à péristyle, d’une manière qui indique une destruction par tremblement de terre, le tremblement de terre de l’an 365. La plupart des fûts de colonnes et certains chapiteaux sont visibles sur place de nos jours. Une petite statue en marbre d’Aphrodite (Αφροδίτη), la Vénus des Romains, et un buste d’Hermès (Ερμής), le Mercure des Romains, provenant d’une stèle, ont été découverts dans l’atrium de la demeure, ainsi que des pièces de monnaie et des poteries à usage quotidien.

La cité antique d'Aptera en Crète. La salle du nord de la maison romaine à péristyle. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).À l’ouest de l’atrium se trouvaient les chambres à coucher (cubicula), selon la disposition typique des maisons urbaines (n° 6).

Au nord de l’atrium une vaste salle pourrait correspondre à l’espace du symposium (triclinium), la salle de banquet (n° 7).

Porte antiqueLa porte du sud-est (Νοτιοανατολική είσοδος / Notioanatolikí eísodos)

La Porte du Sud-est se trouvait à environ 400 m au sud-sud-est du centre urbain de la cité d’Aptéra, via le théâtre (n° 22 sur le plan). La Porte du Sud-est fut mise au jour en 2003, à l’occasion d’un débroussaillage.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le versant oriental du promontoire vu depuis la vallée de la rivière Kyliaris. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Depuis cette porte, les habitants d’Aptéra pouvaient descendre vers la vallée du fleuve Pyknos (Πυκνός), le fleuve qui est nommé de nos jours Kyliaris, et rejoindre son embouchure, à l’ouest de Kalyvès, ou ses sources, dans la région de Stylos ; la rivière se trouvait à 600 m, à vol de corbeau, de la Porte du Sud-est, mais à 200 m en contrebas, vraisemblablement par un sentier escarpé qui escaladait le versant oriental du plateau, sentier dont il reste à découvrir des traces.

Près de la Porte du Sud-est, à l’extérieur de l’enceinte fortifiée, se trouvait le second cimetière de la cité. Ce cimetière n’a pas été encore fait l’objet de fouilles archéologiques systématiques, bien que plusieurs tombes taillées à même la roche puissent être facilement identifiées et aient toutes été pillées par le passé ; l’architecture des tombes semble indiquer qu’elles sont d’époque romaine.

Temple antiqueLe temple de Déméter et de Perséphone (Ναός Δήμητρας και Περσεφόνης / Naós Dímitras kai Persefónis)

En 1958, les ruines d’un petit temple ont été mises au jour par l’archéologue grec Stylianos Alexiou (Στυλιανός Αλεξίου) dans l’est d’Aptéra, à une cinquantaine de mètres de l’enceinte fortifiée (n° 20 sur le plan), à près de 500 m à l’est du centre urbain de la cité. Ces ruines avaient déjà été mentionnées par l’archéologue allemand Friedrich Matz (Forschungen auf Kreta 1942, publié en 1951).

Aller au temple de Déméter avec Google Maps (35.463198, 24.146244).

Ce temple daterait de la première moitié du Ier siècle avant JC, soit le début de la domination romaine. D’après de nombreux vases à offrandes (κέρνος, au pluriel κέρνη, ou κέρνοι) découverts dans les ruines, ce temple était dédié à la déesse de l’agriculture Déméter (Δημήτηρ / Dimítir / Δήμητρα), la déesse Cérès des Romains, et à sa fille Perséphone (Περσεφόνη / Persephónē), la Proserpine des Romains, reine du monde souterrain et épouse d’Hadès ; Perséphone était d’abord connue sous le nom de Coré (Κόρη / Kóri), c’est-à-dire « la jeune fille », par opposition à Déméter, « la mère ».

Le temple de Déméter et de Perséphone était un temple distyle in antis, avec deux colonnes de style dorique en façade. Un seuil, placé entre les colonnes et pourvu de cavités pour recevoir les gonds et le fléau vertical, indique qu’une grille et une porte ont été rajoutés par la suite. Devant les colonnes, on a trouvé, symétriquement disposées, deux bases de statues, ainsi qu’une marche et des morceaux de la corniche. L’intérieur de la cella a donné de très nombreux fragments de kernoi en terre cuite, du type à anneau flanqué d’amphorisques et de petits cotyles, permettant de penser que le temple était consacré à Déméter et Coré. À noter encore plusieurs fragments sculptés appartenant aux statues de culte ainsi qu’à des statuettes votives d’époque impériale. Excepté du côté ouest, complètement détruit, les murs, en blocs de calcaire taillés et assemblés sans mortier, sont conservés jusqu’à la première assise. [Description de Georges Daux, Bulletin de Correspondance Hellénique, 1959]

Château fortLe château d’Aptéra (Κάστρο Απτέρων / Kástro Aptéron)

La cité antique d'Aptera en Crète. Le château turc d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.La château d’Aptéra est un ancien fort militaire ottoman situé dans le coin nord-est du plateau d’Aptéra (n° 16 sur le plan), plateau communément nommé Paliokastro (Παλιόκαστρο) par la population locale.

Aller au château d’Aptera avec Google Maps (35.465580, 24.147537).

Le fort d’Aptéra est souvent nommé « forteresse d’Aptéra » (Φρούριο Απτέρων / Froúrio Aptéron) bien que cette fortification soit trop petite pour abriter plus qu’une garnison militaire. Le nom de « Koulès d’Aptéra » (Κούλες Απτέρας / Koúles Aptéras) provient du terme turc « kule » qui désigne une simple tour ; une autre variante du nom est « Koulès du Soubachi » (Κούλες του Σούμπαση / Koúles tou Soúmpasi, Kule Subaşı), un soubachi (subaşı) étant, dans l’Empire ottoman, le commandant militaire d’une « kaza », une circonscription de deuxième niveau, après le sandjak (sancak) ; en turc le château devrait plutôt se nommer « Aptera Kalesi ».

La cité antique d'Aptera en Crète. La rade et la forteresse d'Itzeddin vues depuis le château d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.Le fort d’Aptéra est construit sur la pointe la plus avancée du plateau de Paliokastro, à environ 195 m d’altitude et à quelque 600 m de la côte de la rade de Souda ; la fortification domine le goulet d’entrée de la rade, faisant face à la forteresse vénitienne de l’îlot de Souda, forteresse située à environ 2,35 km du fort d’Aptéra ; ensemble, les deux fortifications contrôlaient parfaitement l’entrée dans la rade. En direction de l’est, le fort d’Aptéra dominait la plaine de l’Apokoronas et la vallée du fleuve Kyliaris qui était un passage stratégique entre la partie orientale de la Crète et la ville de La Canée. Le fort d’Aptéra devait aussi empêcher la prise de contrôle du plateau par une attaque terrestre venant du sud. Après la construction, par les Ottomans en 1872, de la forteresse d’Itzeddin, située quelque 120 m en contrebas du fort d’Aptéra, le fort pouvait aussi protéger cette forteresse contre des assiégeants.

Le fort d’Aptéra se trouve à l’intérieur de l’enceinte fortifiée de la cité antique d’Aptéra, mais à l’extérieur du périmètre du site archéologique d’Aptéra. Pour accéder au fort il faut bifurquer à gauche avant d’arriver au site archéologique ; une petite route conduit au fort à environ 800 m ; une grande aire de stationnement permet de se garer sans difficultés.

La cité antique d'Aptera en Crète. Vue aérienne du nord-est du château d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.À l’emplacement du fort ottoman, les Vénitiens avaient construit une fortification au XVIe siècle ; cette fortification avait été détruite par des pirates avant la fin de ce même siècle, en 1583 ; sur la carte vénitienne de 1612, les ruines de cette fortification apparaissent sous le nom de « Paleocastro Posto ». Lors de son voyage en Crète, au milieu du XVIIIe siècle, dans les années 1740, l’ecclésiastique et égyptologue britannique Richard Pococke (1704 – 1765) décrivit les vestiges d’une tour semi-circulaire qui contrôlait le détroit de Souda ; ces ruines du fort vénitien étaient encore visibles dans les années 1851 – 1852 quand le vice-amiral britannique Thomas Spratt (1811 – 1888) visita la région, mais les villageois dirent à Spratt qu’il s’agissait de ruines d’une fortification antique ou médiévale.

Après le début du soulèvement crétois de 1866 – 1869, le pacha Hussein Avni (Hüseyin Avni Paşa), devenu gouverneur de la province de Crète (Girit Eyaleti) en novembre 1867, décida la construction d’un fort à Aptéra, dans le cadre d’un programme de construction de forts visant à réprimer le soulèvement crétois. Le fort ottoman d’Aptéra fut construit sur les ruines du fort vénitien, de 1867 à 1868. Hussein Avni mit fin au soulèvement crétois en 1869 ; il deviendra Grand Vizir de l’Empire ottoman en 1874, mais il sera assassiné deux ans plus tard.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le château turc d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.Le fort d’Aptéra présente un plan au sol rectangulaire, d’environ 35 m de longueur nord-ouest – sud-est, et environ 25 m de largeur sud-ouest – nord-est ; avec une bâtiment semi-cylindrique accolé au côté nord-est ; ce bâtiment est surmonté d’une plate-forme d’artillerie semi-circulaire qui peut tirer sur une cible navale dans la rade de Souda ou dans la baie de Kalyvès, dans un angle de 180°, du nord-ouest au sud-est.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le château turc d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Aux angles sud-ouest et sud-est du fort, deux énormes tours de défense circulaires peuvent repousser des assauts terrestres venant du plateau d’Aptéra. Les courtines sont percées d’embrasures à canon sur toute la périphérie du fort.

La cité antique d'Aptera en Crète. Le château turc d'Aptera. Cliquer pour agrandir l'image.On accède à l’unique entrée par une rampe située dans l’angle nord-est du bâtiment ; cette entrée permet d’accéder à une cour centrale et à la plate-forme semi-circulaire.

Les courtines du château ont été bâties avec des moellons joints au mortier de chaux ; les embrasures à canon et les chambranles des portes et des fenêtres sont construites avec des pierres de taille provenant des ruines des bâtiments antiques de la cité d’Aptéra.

La cité antique d'Aptera en Crète. Cour intérieure du château fort d'Aptera après restauration (auteur C. Messier). Cliquer pour agrandir l'image.Ouvrage représentatif de l’architecture militaire ottomane, le château d’Aptéra a été restauré au cours des années 2015 – 2020 ; il est possible de visiter l’intérieur mais, semble-t-il, seulement en fin de semaine jusqu’à 14 h. Le prix d’entrée est de 2 € par personne ; ce prix n’est pas inclus dans le prix de visite du site archéologique d’Aptéra, les deux sites étant gérés par des autorités distinctes.

Porte antiqueLa porte du nord-est (Βορειοανατολική είσοδος / Voreioanatolikí eísodos)

Dans le coin nord-est de l’enceinte fortifiée d’Aptéra se trouvait une porte qui permettait aux habitants de descendre vers le port antique d’Aptéra (n° 23 sur le plan) ; cette Porte du Nord-est, avec des montants monolithiques bien conservés, était surnommée « Sidéroporti » (Σιδερόπορτη), c’est-à-dire « la Porte de Fer ».

Muraille antiqueLa fortification polygonale antique (Αρχαία οχύρωση με πολυγωνική δόμηση / Archaía ochýrosi me polygonikí dómisi)

Une fortification polygonale se trouvait à mi-chemin du sentier muletier venant du port(n° 17 sur le plan), vraisemblablement comme une défense avancée de la Porte du Nord-est contre des attaques venant de la mer.

Voie antiqueL’ancienne route pavée (Παλιό λιθόστρωτο μονοπάτι / Palió lithóstroto monopáti)

La cité antique d'Aptera en Crète. Le château d'Aptera vu depuis la forteresse d'Itzeddin. Cliquer pour agrandir l'image dans Adobe Stock (nouvel onglet).Depuis la Porte du Nord-est un sentier muletier pavé (n° 18 sur le plan) descendait en lacets jusqu’à la grande voie romaine qui reliait Cydonia à Lappa, à Eleutherna, à Syvrita et à Gortyna, la capitale de la province romaine de Crète et de Cyrénaïque. Ce sentier muletier, ou « kaldérimi » (καλντερίμι, au pluriel καλντερίμια), continuait vers le port d’Aptéra.

Le géographe du Ier siècle avant JC Strabon (Στράβων), mentionne qu’Aptéra avait deux ports : Kissamos et Minoa (Μινώα), de nos jours Marathi (Μαράθι). Le port dénommé Kissamos (Κίσαμος ou Κίσσαμος), ou Cisamus à l’époque romaine, était vraisemblablement situé à l’emplacement de la localité présente de Kalami ; des fondations de bâtiments, des vestiges de structures portuaires et des fragments de poterie datant de l’Antiquité classique à l’époque romaine ont été mis au jour sur le site de Kalami.

selon le géographe du Ier siècle avant JC Strabon (Στράβων), dans son ouvrage « Géographie (Γεωγραφικά), Livre X, 479 »,

Le port de Kissamos figure sur la Table de Peutinger (Tabula Peutingeriana), à VIII milles romains, soit 12,8 km, à l’est de la cité de Cydonia, la présente ville de La Canée ; cependant, certains historiens estiment que le port d’Aptéra se trouvait près de la localité de Kalyvès, située environ 4 km plus à l’est et au-delà de la rivière Pyktos. Ce port de Kissamos ne doit pas être confondu avec le port de Kissamos situé dans l’extrême ouest de la Crète et qui était le port de la ville antique de Polyrrinia (Πολυρρηνία).

CultureHistoire, géographie, arts, traditions, flore …

HistoireHistoire

La connaissance de l’histoire d’Aptéra provient de rares témoignages littéraires tel que celui du navigateur, du VIe siècle avant JC, Scylax de Caryanda (Σκύλαξ ο Καρυανδεύς) qui écrit, dans le « Périple du Pseudo-Scylax » (Περίπλους του Ψευδοσκύλακα) qui lui est attribué : « au vent du nord, le pays d’Aptera ». Le géographe grec Strabon (Στράϐων), de la fin du Ier siècle avant JC et du début du Ier siècle après JC, estime la distance d’Aptéra à Kydonia à 80 stades par voie terrestre et à 40 stades par voie maritime. Le naturaliste latin Pline l’Ancien (Caius Plinius), au Ier siècle après JC, et le géographe grec Claude Ptolémée (Κλαύδιος Πτολεμαῖος), au IIe siècle après JC, mentionnent Aptéra. Cependant la connaissance d’Aptéra provient principalement d’inscriptions, ainsi que du nombre croissant de vestiges mis au jour lors des fouilles.

La cité antique d’Aptéra trouve son origine à l’âge du Bronze moyen ; la plus ancienne mention connue d’Aptara se trouve sur des tablettes d’argile mycéniennes découvertes sur le site de Cnossos ; ces tablettes, datant du XIVe siècle et du XIIIe siècle avant JC, mentionnent, en écriture linéaire B, le toponyme « a-pa-ta-wa ». Le site d’origine d’une Aptara minoenne était peut-être situé plus au sud que l’Aptara dorienne, sur la colline basse d’Azoirès près de Stylos (Αζοϊρές Στύλου), où des vestiges préhistoriques ont été mis au jour.

À l’époque géométrique, du Xe siècle au VIIIe siècle avant JC, la Crète bénéficia de conditions favorables au développement de nouvelles cités, telles qu’Éleftherna (Ελεύθερνα), Lappa (Λάππα), Lyttos (Λυττός), Kydonia (Κυδωνία) et Aptara (Άπταρα) ; suivant la préférence des Doriens, la plupart de ces cités furent établies sur des emplacements élevés. D’après les fouilles archéologiques, Aptara aurait été fondée vers la fin de la période géométrique, au VIIIe siècle avant JC, au sommet de la colline nommée de nos jours Paliokastro (Παλιόκαστρο), colline qui domine la côte sud-est de la rade de Souda, à environ 230 m d’altitude. Les plus anciennes traces de culte découvertes à Aptara datent de ce VIIIe siècle avant JC et ont été mises au jour près du temple bipartite, dans le centre urbain de la cité ; cette datation de la fondation d’Aptara est corroborée par les plus anciennes tombes découvertes dans le cimetière de l’ouest de la cité.

Le voyageur grec du IIe siècle après JC, originaire de Lydie, Pausanias (Παυσανίας) mentionne que, à l’époque archaïque, au VIIe siècle avant JC, des archers aptéréens combattirent aux côtés des Lacédémoniens lors de la deuxième guerre messénienne entre Sparte et Messène, en 668 avant JC ; la Messénie (Μεσσηνία) est une contrée située dans le sud-ouest de la Morée, à l’ouest de Sparte.

À l’époque classique, au Ve siècle avant JC, Aptéra, comme les autres cités crétoises, ne prit pas part aux guerres médiques d’Athènes contre les Perses ; cependant Aptéra maintint ses relations commerciales avec Athènes, comme en témoignent les importations de poteries attiques découvertes lors de fouilles récentes. C’est au cours de ce Ve siècle avant JC que fut édifié le temple bipartite, attribué au culte d’Artémis et d’Apollon, situé dans le centre de la cité antique.

L’apogée de la cité d’Aptéra commença à l’époque hellénistique, au début de la seconde moitié du IVe siècle avant JC, à l’instar de celle de toutes les autres villes de Crète. Le noyau central de la cité fut entouré d’une solide enceinte de fortification et le théâtre fut construit ; la cité compta jusqu’à huit faubourgs, situés au pied de la colline et s’étendant jusqu’à la vallée de la rivière Pyknos. Les archéologues estiment que, à cette époque, la population d’Aptéra s’élevait à 20 000 habitants, dont un cinquième étaient des hommes libres et le reste des esclaves ; nombre d’hommes libres étaient marchands, propriétaires terriens ou armateurs de navires. Aptéra possédait deux ports : Minoa (Μινώα), à l’emplacement de la localité présente de Marathi (Μαράθι), sur la presqu’île d’Akrotiri, et Kissamos (Κίσσαμος), à l’emplacement de la présente localité de Kalami ; ces deux ports, situés de part et d’autre de l’entrée de la rade de Souda, lui assuraient le contrôle des activités navales. Comptant parmi les cités importantes de Crète, Aptéra joua souvent un rôle décisif dans l’histoire de l’île, tout en développant sa propre politique étrangère.

La cité d’Aptéra développa des relations avec les grandes cités de l’époque hellénistique aux IIIe et IIe siècles avant JC. Les guerriers d’Aptéra, archers redoutables, se livraient soit à des raids de piraterie en mer Égée — une pratique courante chez les Crétois à cette époque — soit combattaient comme mercenaires dans divers conflits hors de Crète, rapportant des richesses à leur cité-État.

L’historien grec du Ier siècle après JC Plutarque (Πλούταρχος) rapporte qu’en 273 avant JC, Oryssos d’Aptéra (Όρυσσος), combattant aux côtés des Lacédémoniens de Sparte, tua Ptolémée (Πτολεμαίος), fils du roi Pyrrhus Ier d’Épire (Πύρρος Α΄της Ηπείρου). Pendant la guerre chrémonidéenne, de 268 à 262 avant JC, suivant avec constance leur politique philo-spartiate, les Aptéréens se rangèrent du côté des Athéniens de Chrémonidès (Χρεμωνίδης), des Lacédémoniens et des Ptolémées contre les Macédoniens.

La cité antique d'Aptera en Crète. Statère d'argent de 300 à 280 avant JC avec Artémis au diadème à l'avers (auteur ArchaiOptix). Cliquer pour agrandir l'image.L’importation d’argent, matière première précieuse, par les mercenaires aptéréens rapatriés permit à la cité de frapper sa propre monnaie et ainsi de développer davantage son économie indépendante et florissante. L’argent était également importé d’Égypte et de Cyrène par le biais du commerce. La plupart des pièces en argent représentaient, à l’avers, Artémis, la déesse tutélaire de la cité, et, au revers, le fondateur de la cité, le roi mythique de Delphes, Ptéras (Πτέρας) ou Aptéras, tandis que d’autres types représentaient Apollon, Zeus ou Héra, accompagnés d’une torche, d’une abeille ou d’un arc. Le nom d’APTARA (ΑΠΤΑΡΑΙΟΝ), en dialecte dorien, figurait sur l’avers des pièces de monnaie, tandis que pendant la période hellénistique, on trouvait également l’orthographe APTERA (ΑΠΤΕΡΑΙΟΝ) dans des inscriptions et dans des références en dehors de la Crète. Aptéra frappa au total 76 types différents de pièces de monnaie, en argent ou en bronze.

Des guerres internes déchirèrent la Crète durant l’époque hellénistique, et plus particulièrement aux IIIe et IIe siècles avant JC ; ces guerres étaient dues à une lutte entre Cnossos et Gortyne pour la domination de l’île. Au cours de ces conflits, Aptéra, généralement de concert avec Eleutherna, forma des alliances, le plus souvent avec Cnossos. L’équilibre des forces entre les deux camps fut parfois influencé par des interventions extérieures, telles que celles de Sparte et de la Macédoine. Après la destruction de Lyttos par Cnossos en 220 avant JC, Aptéra, Kydonia et Eleutherna, alliées de Cnossos, furent assiégées par les cités alliées de Gortyne : Polyrrhénie et Lappa, avec l’aide du roi Philippe V de Macédoine et des Achéens ; Aptéra et les autres alliées de Cnossos furent contraintes de rejoindre le camp de Gortyne, qui devint par la suite la cité dominante de l’île.

Au IIe siècle avant JC, Aptera répondit à la pression croissante de la puissante cité voisine Kydonia par une intense activité en matière de politique étrangère ; cette activité est attestée par des inscriptions relatives aux alliances, aux offres d’immunité faites aux cités, aux honneurs rendus aux citoyens étrangers et à la nomination de proxènes représentant la cité d’Aptéra. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, Aptéra figurait, en 183 avant JC, parmi la trentaine de cités alliées à Eumène II le Sauveur (Ευμένης Β΄ ο Σωτήρ), roi de Pergame de 197 à 159 avant JC ; Aptéra honora Prussias II le Chasseur (Προυσίας Β΄ ο Κυνηγός), roi de Bithynie entre 182 et 149 avant JC ; elle honora Attale II le Philadelphe (Άτταλος Β΄ ο Φιλάδελφος), roi de Pergame de 159 à 138 avant JC, en érigeant une statue de bronze à son effigie et en assurant sa sécurité personnelle en temps de paix comme en temps de guerre sur le territoire d’Aptéra. Aptéra nomma des proxènes pour la représenter dans de nombreuses cités de Crète, telles que Cnossos, Iérapytna, Malia, et Priansos (Πρίανσος), mais aussi dans des cités du Péloponnèse, des îles de la mer Égée, de Grèce continentale, dans la cité de Téos (Τέως), en Ionie, en Asie Mineure, et même jusqu’en Étolie, sur la côte adriatique, et dans l’Hellespont. Néanmoins Aptéra semble avoir commencé à dépendre de Kydonia comme le suggère l’usage de pièces de monnaie de Kydonia.

Aptéra avait entretenu très tôt des relations étroites avec Rome et, lors de la conquête de la Crète par Métellus, en 67 avant JC, la cité se rendit aux Romains sans combattre et sans être détruite ; les Romains n’imposèrent à Aptéra que de faibles impôts. La domination romaine, établie sur toute l’île, redéfinit le système administratif de la Crète, qui fut un temps intégrée à la même province romaine que la Cyrénaïque, en Afrique du Nord. La paix romaine, bien qu’imposée, permit aux villes qui n’avaient pas été abandonnées à la fin de l’époque hellénistique de connaître un nouvel essor ; ainsi, Aptéra connut une nouvelle période de prospérité, en particulier au Ier siècle et au IIe siècle après JC. L’utilisation des monnaies communes de Crète et Cyrénaïque, au lieu de sa propre monnaie, indique qu’Aptéra était sous le contrôle administratif de la province romaine. Néanmoins, l’intense activité d’organisation de la cité est manifeste dans les grands travaux publics. Les grandes citernes à eau qui alimentaient les thermes, datées de cette époque et conservées jusqu’à nos jours, témoignent d’une ville bien peuplée. Les inscriptions de l’hérôon, le monument aux héros dans le cimetière situé près de la Porte de l’Ouest de la ville, font référence à l’hommage rendu aux citoyens d’Aptéra qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué au développement de la cité. Un couple, dont le buste en marbre, daté de la fin du Ier siècle après JC, a été retrouvé, fut inhumé dans le magnifique monument funéraire. Les tombes à chambre ciselées du cimetière ouest de la ville donnent une impression similaire. En revanche, au IIIe siècle, tandis que d’autres cités comme Kydonia ou Kissamos prospéraient encore, Aptéra connut un déclin progressif, avant d’être détruite, au IVe siècle, par le tremblement de terre dévastateur de l’an 365 qui affecta toute l’île.

La cité d’Aptéra continua cependant d’être habitée pendant la première époque byzantine de la Crète. Des voyageurs du XIXe siècle ont mentionné des vestiges d’un sol en mosaïque sous la chapelle Saint-Jean le Théologien ; il s’agissait vraisemblablement d’une basilique paléochrétienne ; le Synekdèmos (Συνέκδημος), une liste de villes, composée par le géographe byzantin Hiéroclès (Ιεροκλής), sous le règne de Justinien, vraisemblablement avant 535, mentionne effectivement un évêque d’Aptéra. Aptéra continua d’être habitée jusqu’au VIIe siècle, lorsqu’un puissant tremblement de terre détruisit la cité.

Les raids des pirates sarrasins puis l’invasion sarrasine de la Crète, en 824 après JC, entraînèrent la destruction définitive et l’abandon de la cité d’Aptéra par ses derniers habitants au IXe siècle. Après sa destruction, la cité d’Aptéra et sa localisation tombèrent dans l’oubli pendant plusieurs siècles.

Informations pratiquesInformations pratiques

MétéorologieMétéo et prévisions

Conditions de visiteConditions de visite

Horaires : tous les jours, sauf les mardis, de 8 h à 20 h. Fermeture de la billetterie 20 min avant la fermeture.

Prix d’entrée : 10 € ; tarif réduit : 5 €.

Téléphone : 00 30 28250 33 425 ou 00 30 28210 44 418

Site sur la Toile : ancientaptera.gr

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