 | Les ruines de la cité antique d’Aptera et la forteresse d’Aptera en Crète |  |
| |
| |
| | |
| | |
| | |
| | | La cité antique d’Aptéra occupait un plateau, d’environ 64 ha de superficie, qui se trouve au sommet de la colline nommée de nos jours Palaiokastro (Παλαιόκαστρο), c’est-à-dire « le Vieux château », en référence au château turc édifié vers la fin du XIXe siècle dans le nord-est du plateau (n° 16 sur le plan) ; à aucune époque toute cette superficie ne fut complètement habitée. Au cours de la seconde moitié du IVe siècle avant JC le territoire de la cité fut entouré par une enceinte fortifiée d’environ 3 480 m de périmètre (n° 13 sur le plan) ; la porte principale ouverte dans l’enceinte fortifiée se trouvait à l’ouest (n° 19 sur le plan), là où le versant de la colline était le moins escarpé ; à cette porte principale aboutissait une route pavée venant de l’ouest (n° 12 sur le plan), vraisemblablement de la cité antique de Kydonia (Κυδωνία), où se trouve de nos jours la ville de La Canée. Au sud de cette porte principale, à l’extérieur de l’enceinte fortifiée, se trouvait la principale nécropole de la cité (n° 14 sur le plan). Il y avait une autre porte, située dans le coin nord-est de l’enceinte, permettant d’accéder au port d’Aptéra, le port de Kissamos, situé en contrebas à l’emplacement de la localité présente de Kalami ; cette porte ouvrait sur un sentier pavé escarpé qui descendait en zigzag vers le port (n° 18 sur le plan). Une troisième porte devait exister, dans le coin sud-est de l’enceinte, permettant d’accéder à la vallée du fleuve Pyktos (n° 22 sur le plan). Depuis la porte principale de l’ouest la route pavée continuait directement vers le centre urbain et politique de la cité, au milieu du plateau, où furent mises au jour des traces de culte datant du VIIIe siècle avant JC ; dans ce centre se trouvaient aussi un temple vraisemblablement dédié à Artémis et à son frère jumeau Apollon (n° 3 sur le plan), édifié à l’époque classique, au Ve siècle, ainsi que la Boulé, c’est-à-dire l’Hôtel de ville, et l’Ekklésia, c’est-à-dire l’Assemblée du peuple. Dans ce centre politique devait aussi se trouvait le Prytanée de la cité, dont il subsistait encore, au milieu du XIXe siècle, un « Mur aux Inscriptions », mur qui avait disparu vers la fin du XIXe siècle. La rue principale pavée continuait vers l’est, où l’on peut voir les ruines d’un autre bâtiment public datant de l’époque romaine (n° 6 sur le plan). Ces édifices publiques devaient se trouver en bordure de l’agora qui était vraisemblablement située au nord-est du temple d’Artémis, à l’emplacement du monastère Saint-Jean qui aurait été édifié, vers le XIe siècle, en remployant les matériaux des bâtiments antiques (n° 5 sur le plan) ; d’autres matériaux antiques furent remployés dans la construction du château ; c’est la raison pour laquelle les vestiges des édifices antiques sont si peu nombreux. Au nord de la rue principale se trouvaient deux thermes romains, les uns au nord (n° 8 sur le plan) alimentés par une grande citerne voûtée en forme d’équerre (n° 1 sur le plan), les autres à l’est (n° 7 sur le plan) alimentés par une grande citerne à trois voûtes (n° 2 sur le plan). Au sud de la rue principale, une autre route pavée partait du centre politique en direction du théâtre de la cité, édifié à l’époque hellénistique, puis transformé à l’époque romaine (n° 9 sur le plan). Un peu au sud-est du théâtre se trouvait un temple dédié à Déméter et à Koré (n° 21 sur le plan). |
| | |
| | La principale route d’accès à la cité d’Aptéra (n° 12 sur le plan) venait de l’ouest et reliait Aptéra à la cité voisine de Kydonia (Κυδωνία), située à environ à 12 km au nord-ouest en ligne droite. C’était une voie faite de larges dalles épaisses et irrégulières, d’environ 3,5 m de largeur ; cette voie fut construite au cours de la première moitié du IVe siècle avant JC, quelques décennies avant la construction de l’enceinte fortifiée de la cité. La route de l’ouest monte en forte pente jusqu’à la porte principale de l’ouest ouverte dans l’enceinte ; les ornières creusées dans les dalles par les roues des chariots sont encore bien visibles près de la porte.Une fois la Porte de l’Ouest franchie, la voie s’élargit à l’intérieur de l’enceinte en se dirigeant tout droit vers l’est en direction du centre urbain de la cité ; à mi-chemin, sur la gauche, on peut découvrir une construction moderne qui était un poste de défense anti-aérienne (FLAK) construit par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale (n° 11 sur le plan). Aller au poste de la FLAK allemande avec Google Maps (35.462933, 24.138901). |
| | L’enceinte fortifiée d’Aptéra entoure toute la partie plate du sommet de la colline de Palaiokastro, située entre 200 m et 230 m d’altitude, sur un périmètre d’environ 3 480 m de longueur, renforçant le caractère de forteresse naturelle de cette position stratégique située à l’entrée de la rade de Souda (n° 13 sur le plan). Cette enceinte fut édifiée au cours de la première moitié du IVe siècle avant JC, c’est-à-dire peu avant le début de l’époque hellénistique, époque de la plus grande prospérité de la cité d’Aptéra ; cette datation est basée sur les poteries découvertes dans les tranchées d’essai creusées dans la couche de fondation du côté ouest de la muraille. On estime que, au cours de cette période, la population d’Aptéra atteignit près de 20 000 habitants, mais dont certains habitaient dans des faubourgs situés en dehors de l’enceinte, au pied de la colline.
La datation des murailles est aussi confirmée par le style de construction largement adopté en Crète à cette époque, comprenant des défenses destinées à résister aux nouveaux engins de siège. Cependant, les fortifications ne sont pas construites selon une conception architecturale unifiée : la technique de construction, la hauteur et l’épaisseur de la muraille différent, de même que la forme et l’espacement des tours, selon la situation et la vulnérabilité des emplacements, dans le but d’optimiser l’utilisation des ressources :
Sur les côtés nord et nord-est, où le versant de la colline est abrupt, la muraille est construite avec de grosses pierres polygonales de taille inégale.- Sur le côté est, où le terrain est escarpé et plus accidenté, un système polygonal mixte est utilisé, avec des pierres de taille rectangulaires entrecoupées de blocs plus irréguliers.
- Sur les côtés sud-est et sud, où les rochers constituaient des défenses naturelles, la construction de la muraille est la moins soignée, avec de simples pierres non taillées.
Sur les côtés sud-ouest et ouest, où la pente est moins abrupte et où l’enceinte peut être facilement exposée aux engins de siège, la maçonnerie est plus élaborée, avec un appareillage de type isodome imparfait avec des pierres de taille rectangulaires, équarries à la même hauteur mais de longueurs diverses, aux faces rugueuses et incurvées et des joints profonds ; ces côtés présentent également des sections de maçonnerie en appareillage isodome imparfait mais encore plus soigné, composé de pierres de taille à faces lisses. L’appareillage de maçonnerie isodome est une technique de maçonnerie utilisant des blocs de pierre naturelle où tous les blocs ont la même hauteur et la même longueur, de telle sorte que, quand on les posait, les couches étaient toutes régulières et égales, assurant l’homogénéité des murs ; dans l’appareillage isodome imparfait, les pierres d’une même couche ont la même hauteur, mais leurs longueurs peuvent différer ; dans l’appareillage pseudo-isodome, les pierres d’une même couche ont la même hauteur, mais leur hauteur peut varier d’une couche à l’autre. Le mot isodome provient du grec « ισόδομος », formé de « ισός », qui signifie « égal », et de « δόμος », qui signifie « couche » ; ce type de construction est traditionnellement nommé « opus isodomum ». Des maçonneries en pierre de taille aussi méticuleuses sont également présentes dans d’autres fortifications crétoises de l’époque, à Éleftherna (Ελεύθερνα), à Phaistos (Φαιστός), à Phalassarna (Φαλάσαρνα), à Matala (Μάταλα), à Kastri du Kératokambos (Καστρί Κερατόκαμπου) et à Viannos (Βιάννος). La maçonnerie polygonale est également présente à Hyrtakina (Ὑρτακίνα).
Selon les endroits, la muraille peut atteindre une hauteur de près de 4 m et une épaisseur de 2 m. Le plan au sol présente des saillants qui étaient très utiles pour la défense ; les points les plus vulnérables, surtout sur le côté ouest, le plus facile d’accès, étaient protégés par des tours de défense carrées à plusieurs étages où étaient placées les machines de guerre ; les vestiges de six de ces tours ont été découverts jusqu’à présent. L’enceinte était percée de portes et de poternes à intervalles réguliers. Sur le côté ouest de l’enceinte fortifiée, plus accessible, se trouvent trois portes, deux au sud-ouest et une au nord-ouest ; l’une d’entre elles est la porte principale, la plus élaborée, protégée par une tour rectangulaire à l’ouest. Une autre porte, située dans le coin nord-est de l’enceinte, avec des montants monolithiques bien conservés, est connue sous le nom de « Porte de fer », ou Sidéroporti (Σιδεροπόρτι) ; elle devait mener vers le port de Kissamos. Une troisième porte, au sud-est, devait mener vers la vallée du fleuve Pyktos. Les fortifications d’Aptéra eurent à jouer leur rôle dans la défense de la cité : de nombreux vestiges d’un siège à l’époque hellénistique ont été découverts lors des fouilles sur le côté ouest de la muraille, en particulier près de la tour de la porte principale : tir de catapulte, balles et moules de fronde, pointes de lance et de flèche ; dans sa grande œuvre « Les Histoires » (Ἱστορίαι), l’historien grec du IIe siècle avant JC Polybe (Πολύϐιος) rapporte qu’Aptéra fut assiégée par la cité de Polyrrinia (Πολυρρήνια) et ses alliés, Philippe V de Macédoine et les Achéens, pendant la grande guerre de Crète en 220 avant JC (Polybe, Les Histoires, Livre ΙV, 55,4). |
| | L’entrée principale dans la cité d’Aptéra se trouvait du côté ouest de l’enceinte fortifiée, là où la pente est la moins forte (n° 19 sur le plan) ; deux autres portes, moins importantes, se trouvaient également sur la côté ouest.Cette Porte principale de l’Ouest était construite soigneusement, parce que c’était l’entrée d’honneur dans la cité, mais aussi parce qu’elle était la plus exposée à des attaques ennemies par engins de siège. La Porte de l’Ouest était protégée sur son côté ouest par une forte tour de défense et sur le côté oriental par une courtine. La tour de défense de la Porte de l’Ouest était fondée sur le socle rocheux, de plan au sol carré, soigneusement construite en appareillage isodome de pierres taillées rectangulaires et de joints profonds, afin d’obtenir la meilleure résistance possible ; c’était à l’origine une structure élevée, bien que seule la partie inférieure subsiste aujourd’hui. Il s’agissait vraisemblablement d’une tour avec deux étages et un toit en bâtière, pourvue de meurtrières et d’ouvertures pour les machines de guerre.
La Porte de l’Ouest, sa tour de défense et la voie antique furent mises au jour tardivement, de novembre 2010 à mars 2012. De nos jours, seules les pierres inférieures des montants de la porte subsistent ; la partie de la tour mise au jour correspond à près de la moitié de la hauteur totale et conserve son remplissage en pierre. Au nord de la porte s’étend l’autre segment de la fortification, détruit par la construction de la route au début des années 1960, mais qui suit la pente vers le nord.
| _small.jpg) |
| | |
| | | | | |
| | | | | |
| | |
| | | | | | |
| | | | |
| |
| | |
| | |
| |
|