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| | Le vieux port vénitien et ses fortifications sont la plus importante attraction touristique de La Canée ; la plupart des bâtiments historiques et autres sites intéressants de La Canée se trouvent dans les ruelles environnantes de la vieille ville vénitienne, accessibles depuis les quais du port. Lorsque les Vénitiens prirent possession de la Crète, en 1211, la nécessité d’un port, pour relier La Canea et Venise, apparut très tôt ; les travaux de construction du port commencèrent en 1320 et furent achevés en 1356 ; le port fut protégé par une digue construite au XIVe sur un chapelet d’îlots.
Le port vénitien fut agrandi au XVIe siècle ; cependant, le port de La Canée n’acquit jamais une grande importance en raison de ses eaux peu profondes et d’une propension à l’ensablement sous l’action des vents du nord, au profit du port de Candie, la présente Héraklion, dont les Vénitiens firent la capitale de l’île. Lorsque les Ottomans conquirent La Canée en 1645, le port fut abandonné car les Turcs préférèrent utiliser le port de la rade voisine de Souda, plus profond et mieux protégé. Le port vénitien de La Canée pouvait cependant accueillir une quarantaine de galères.
De nos jours encore, les transbordeurs reliant La Canée à d’autres villes portuaires grecques, ainsi que les navires de croisière, utilisent le port de Souda, situé à 7 km au sud-est, laissant le vieux port vénitien à quelques bateaux de pêcheurs, aux bateaux de plaisance, et aux bateaux qui effectuent des excursions dans l’ouest de l’île.
Le vieux port de La Canée comprend deux bassins, séparés par une jetée : le bassin occidental qui est le port naturel originel, de nos jours bordé de tavernes, et le bassin oriental, créé artificiellement par une digue, où se trouve de nos jours le port de plaisance ; le port est divisé en plusieurs secteurs, dits « rivages » (ακτή, nom féminin, au pluriel ακτές) :
dans l’ouest du port, depuis le bastion de San Salvatore jusqu’à la place Éleuthère Venizélos, anciennement place Sintrivani (πλατεία Σιντριβανιού) ou place de la Fontaine, Akti Kountourioti (Ακτή Κουντουριώτη) ou plus exactement (Ακτή Κουντουριώτου Παύλου), du nom de l’amiral puis homme d’État grec Pavlos Koundouriotis (Παύλος Κουντουριώτης) ; Akti Koundouriotis constitue le front de mer du quartier de Topanas. dans le milieu du port, depuis la place Venizélos jusqu’au Grand Arsenal, Akti Toumpazi (Ακτή Τομπάζη), ou Akti Toumpatsi (Ακτή Τομπάτσι), qui constitue le front de mer du quartier du Kastelli ; ce secteur du port est surplombé par les vestiges de vieilles maisons vénitiennes telle que l’ancien palais du recteur. dans l’est du port, depuis le Grand Arsenal jusqu’au bastion de la Sabbionnara, Akti Enoseos (Ακτή Ενώσεως), dont le nom célèbre l’Énosis (Ένωση), l’union de la Crète au Royaume de Grèce en 1913 ; c’est le long de ce rivage que se trouvaient les arsenaux vénitiens utilisés pour la construction et l’entretien des galères, ainsi que les douanes ; de nos jours, ce bassin oriental accueille le port de plaisance de La Canée ; on y trouve aussi des bateaux d’excursion qui permettent de découvrir des sites tels que la rade de Souda, la presqu’île de Rodopos, les îles Saints-Théodores, la côte occidentale de la presqu’île de l’Akrotiri et cetera. Akti Enoseos est le front de mer du quartier de Splantzia.- à l’est, à l’extérieur du port, se trouve Akti Miaoulis (Ακτή Μιαούλη), du nom de l’amiral et homme politique grec Andréas Miaoulis (Ανδρέας Μιαούλης) ; Akti Miaoulis constitue le front de mer du quartier de Koum Kapi.
Grâce à une restauration soigneuse, le vieux port vénitien a retrouvé son charme d’autrefois et constitue l’un des endroits les plus fascinants de Crète. Les quais du port sont fermés à la circulation automobile une partie de la journée et toute la nuit ; en revanche on peut y louer une calèche et son cocher pour parcourir la vieille ville. Ces quais sont la partie de la ville la plus animée et la plus attrayante la nuit, lorsque les lumières des bars et des restaurants se reflètent dans l’eau et que les foules de vacanciers et d’habitants y flânent ou s’assoient à la terrasse d’une taverne pour boire un ouzo. Au coucher du soleil une promenade jusqu’au phare laisse un souvenir inoubliable.
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| | Dans le bassin oriental du port de La Canée, le long d’Akti Enoseos, subsistent quelques-uns des anciens arsenaux vénitiens construits au XVIe siècle ; ces arsenaux se trouvaient à l’extérieur des murailles byzantines de la vieille ville ; ils furent ensuite à l’intérieur des fortifications vénitiennes (n° 21 sur le plan 1). Ces chantiers navals militaires étaient utilisés pour l’entretien, voire l’hivernage, des galères qui étaient des navires employés aussi bien pour la guerre que pour le commerce. Les galères vénitiennes (galea, au pluriel galee) étaient ordinairement construites dans les arsenaux de Venise qui étaient, à l’époque, le site industriel le plus important d’Europe. Le terme « νεώριο », nom neutre, au pluriel « νεώρια » désigne un chantier naval militaire ; un chantier naval est plus généralement désigné par le terme « ναυπηγείο », nom neutre, au pluriel « ναυπηγεία ». Les arsenaux servirent aussi d’entrepôts d’armes (οπλοστάσιο, nom neutre, au pluriel οπλοστάσια). Les deux premiers arsenaux (arsenali) furent achevés en 1526 ; au fil des années, la flotte vénitienne s’agrandit, rendant nécessaire la construction de nouveaux chantiers navals ; en 1593, quinze autres arsenaux avaient été achevés ; en 1599, un dix-huitième arsenal, situé plus à l’ouest, le « Grand Arsenal », fut achevé. Dans la première moitié du XVIIe siècle d’autres arsenaux furent édifiés sur l’îlot de Lagonissi, dans le coin oriental du port, près du bastion de la Sabbionara ; ces nouveaux arsenaux furent dénommés « arsenaux de Moro », du nom du surintendant général Benetto Moro. En 1630, Francesco Basilicata recensait dix-huit chantiers bien construits dans le port de La Canée et cinq autres sur l’îlot de Lagonissi.
Les arsenaux communiquaient entre eux et l’eau de mer pouvait y pénétrer pour faciliter la mise à sec et la remise à l’eau des galères. Des dix-huit arsenaux du quai sud du port, il ne reste que sept arsenaux et le Grand Arsenal, occupé par le Centre d’Architecture Méditerranéenne ; ces bâtiments portent des traces visibles des interventions ultérieures ottomanes et grecques. Les sept petits arsenaux constituent un groupe continu de sept bâtiments en pierre, presqu’identiques, de 10 m de hauteur, 50 m de longueur et 9 m de largeur, couverts de voûtes en berceau recouvertes de plomb.
En raison des nombreux combats entre les Crétois et les Turcs, et des bombardements allemands, il ne subsistait que très peu d’arsenaux. Après des décennies d’abandon, certains de ces arsenaux ont été magnifiquement restaurés ces dernières années. |
| | Le Grand Arsenal fut le dernier arsenal construit sur le quai sud du port de La Canée ; sa construction débuta en 1585, sous le mandat du surintendant général Alvise Grimani et s’acheva en 1599. Le Grand Arsenal se trouve à l’angle de l’Akti Toumpazi et de l’Akti Enoseos (n° 6 sur le plan 1), sur le côté ouest de la place publique Georgios Katechakis (Πλατεια Γεωργιου Κατεχακη) (1881 – 1939), officier militaire et homme politique.Aller au Grand Arsenal avec Google Maps (35.518634, 24.019790). Le Grand Arsenal (Grande Arsenale) était un peu plus large que les arsenaux plus anciens, environ 15 m ; il pouvait vraisemblablement accueillir les galéasses (galeazza), de grosses galères initialement destinées au commerce, mais qui furent utilisées comme navires de guerre à la bataille navale de Lépante en 1571.
Vers la fin de l’occupation ottomane, en 1872, le Grand Arsenal fut surélevé d’un plancher supplémentaire et devint une école chrétienne. Après la réunion de la Crète à la Grèce, il servit d’hôpital public, de 1923 à 1928, puis d’Hôtel de ville, de 1928 à 1941. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment fut gravement endommagé lors de l’invasion allemande du mois de mai 1941 ; le Grand Arsenal resta à l’état d’abandon, dépourvu de toiture, pendant de nombreuses années. Le Grand Arsenal a été restauré à partir de 2002 ; il est devenu un lieu dédié à des évènements culturels et à des expositions artistiques relatives, notamment, à l’architecture. Le Grand Arsenal abrite, de nos jours, le Centre d’Architecture Méditerranéenne. |
| | | De nos jours, le Grand Arsenal a été transformé en un lieu impressionnant dédié aux expositions et aux cérémonies, dénommé « Centre d’Architecture Méditerranéenne » (Κέντρο Αρχιτεκτονικής Μεσογείου), couramment nommé le « ΚΑΜ ». La mission principale du CAM est d’accueillir et d’organiser des événements grecs et internationaux d’envergure, en mettant tout particulièrement l’accent sur l’architecture (n° 6 sur le plan 1). |
| | D’autres arsenaux furent construits par les Vénitiens dans le coin oriental du port de La Canée, même si les eaux y sont peu profondes. La construction de ces cinq arsenaux commença au début du XVIIe siècle, en 1607, par décision du superintendant général Benetto ou Benedetto Moro, provveditore generale de 1600 à 1602. C’est pourquoi ces nouveaux arsenaux (Arsenali Nuovi) sont nommés arsenaux de Moro. Moro décida également l’extension des fortifications du nord-est.Les arsenaux de Moro furent construits par Andrea Duodo sur le plus proche des îlots de la baie de La Canée, l’îlot de Lagonissi (scoglio di Lagonissi), c’est-à-dire « l’îlot des Lièvres », même si on imagine difficilement des lièvres vivant sur un îlot rocheux balayé par les tempêtes. Le toponyme « lagonissi » provient du mot « λαγών », cas génitif du mot « λαγός », lièvre, et du mot « νησί », île. L’îlot de Lagonissi fut aplani pour construire les nouveaux arsenaux. Les arsenaux de Moro se trouvaient contre la muraille nord du cavalier de Michiel, un cavalier du semi-bastion de Mocenigo, l’ancien bastion de la Sabbionara, cavalier construit dans les années 1560 sur l’étroit détroit qui séparait l’îlot de Lagonissi du corps de l’île de Crète (n° 32 sur le plan 1, n° μ sur le plan 2). L’emplacement du cavalier et du bastion est, de nos jours, occupé par un parc de stationnement public. Les trois anciens arsenaux de Moro qui subsistent se trouvent entre ce parc de stationnement et le début de la digue du port. Aller aux arsenaux de Moro avec Google Maps (35.519226, 24.023219). Sur les cinq nouveaux arsenaux prévus, seuls deux furent achevés car, pendant la construction des trois autres arsenaux, la ville de La Canea tomba aux mains des Ottomans en août 1645. La construction des trois autres arsenaux s’était arrêtée à la base de la voûte. Peu avant le siège, ou peut-être après l’occupation et la réparation des fortifications, les deux arsenaux situés le plus au nord furent comblés de terre pour renforcer le mur d’enceinte ; une poudrière fut construite par-dessus. L’arsenal du milieu resta à ciel ouvert pendant de nombreuses années, comme en témoigne une carte française du XVIIIe siècle ; il fut couvert d’une toiture de tuiles plus tard, avant d’être détruit durant la Seconde Guerre mondiale. Durant l’occupation ottomane, les ouvertures donnant sur la mer des nouveaux arsenaux furent murées et les arsenaux transformés en entrepôts militaires. L’accès à la jetée se faisait par une rampe menant au niveau supérieur de la fortification. À l’endroit où commence la digue, on trouve les ruines de six ou sept latrines militaires dotées de meurtrières pour armes à feu. De nos jours, le premier arsenal de Moro, celui situé le plus au sud, abrite une annexe du Musée maritime de Crète ; il accueille une exposition permanente sur l’architecture navale ancienne et traditionnelle, avec notamment la reconstitution d’une galère. Le deuxième arsenal abrite un chantier naval traditionnel. Le troisième arsenal, celui situé près de la digue, est resté longtemps sans toiture, mais a été restauré entre 2009 et 2010, et est de nos jours couvert d’une toiture de tuiles ; il héberge le Club de navigation à voile de La Canée (Ιστιοπλοϊκός Όμιλος Χανίων) et un agréable café avec une galerie d’art. |
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| | | Avant même la construction des fortifications vénitiennes de La Canée, l’entrée du port était protégée par une grosse tour de défense ; le port était en effet trop éloigné des murailles byzantines de la vieille ville pour être protégé par celles-ci. Lorsque Michele Sammicheli conçut les nouvelles fortifications il intégra la tour existante dans les plans du bastion de San Salvatore ; la Porte de San Salvatore, donnant accès au bastion, fut construite à proximité de la tour qui assurait la protection de cette porte. Le couvent franciscain de San Salvatore, qui a donné son nom au bastion et à la porte, se trouvait tout contre la tour (n° 10B sur le plan 1, n° α sur le plan 2). Lorsque le ravelin du port fut construit vers 1620, il se trouvait juste au nord de la tour.Aller à la tour génoise avec Google Maps (35.518841, 24.015058). Cette tour préexistante avait vraisemblablement été construite ou reconstruite à l’époque de la brève occupation de la Crète par le pirate Enrico Pescatore, agissant plus ou moins pour la République de Gênes, entre 1206 et 1211. La tour de défense du port était une tour ronde, de style génois, que les chroniqueurs vénitiens ont décrite comme un tourion (torrione), c’est-à-dire une grosse tour, aussi imposante qu’un donjon. La tour génoise avait environ 24 m de diamètre et avait des murs plus épais du côté de l’entrée du port ; à son sommet se trouvait un parapet avec des merlons, à présent murés. À l’intérieur, une galerie de circulation courait tout autour, en partie haute, soutenue par de petites consoles ; deux galeries obliques étaient également aménagées dans l’épaisseur du mur. Pour le reste, l’espace circulaire intérieur était entièrement vide. Sur la paroi extérieure sont encastrés trois blasons – de nos jours martelés – ainsi qu’une inscription datée de 1477, insérée dans un cadre orné de pointes ; un second cadre, situé à proximité, était très certainement destiné à accueillir un autre blason ou une autre inscription.
Une bonne moitié de la tour a été démolie par les troupes françaises d’interposition, entre 1897 et 1898, en même temps que la porte de San Salvatore. Les vestiges de la tour génoise, les pans de mur de l’est et du nord, se trouvent près de la place publique Talos (Πλατεία Τάλω). |
| | | La porte Saint-Sauveur (Porta di San Salvatore) était la Porte de l’Ouest de la ville fortifiée de La Canea ; elle se trouvait dans un retrait du bastion Saint-Sauveur, à l’extrémité du fossé occidental des fortifications. Il s’agissait plutôt d’une poterne (portello), une petite porte à vocation essentiellement militaire ; une petite route conduisait vers l’ouest en direction de la forteresse des îlots Saints-Théodores (Άγιοι Θεόδωροι), franchissant la rivière Kladissos (Κλαδισός ποταμός), nommée Cladisso Fiume à l’époque vénitienne. La porte de San Salvatore donnait accès au bastion de San Salvatore ; on entrait dans le bastion en suivant une galerie où était encastré un blason ciselé. Cependant, le bastion de San Salvatore communiquait principalement avec la ville par la grande porte, située à son extrémité sud, qui donne sur le quai.
La porte Saint-Sauveur (Πόρτα του Αγίου Σωτήρος) a été démolie par les troupes françaises d’interposition, entre 1897 et 1898, lorsqu’elles ont ouvert une brèche dans la muraille du bastion Saint-Sauveur, pour élargir l’accès à la rue principale du quartier de Topanas, de nos jours nommée rue Théotokopoulos (Οδός Θεοτοκοπούλου), dédiée au peintre Doménikos Théotokopoulos (Δομήνικος Θεοτοκόπουλος), plus connu sous le nom du Gréco. |
| | Le bastion Saint-Sauveur (baluardo di San Salvatore, προμαχώνας Σαν Σαλβατόρε) fut le premier bastion des fortifications vénitiennes à être construit ; il se trouve dans le coin nord-ouest de l’enceinte fortifié (n° 37 sur le plan 1, n° Α sur le plan 2). Le bastion de San Salvatore doit son nom au couvent franciscain de San Salvatore qui se trouvait près de l’entrée du port et qui fut englobé dans le bastion ; il ne subsiste que l’église du couvent qui abrite, de nos jours, un petit musée d’archéologie byzantine et post-byzantine.
La construction du bastion Saint-Sauveur (Προμαχώνας του Αγίου Σωτήρος) a débuté sous la direction de Michele Sammicheli lui-même, le célèbre ingénieur véronais chargé par Venise d’étudier les ouvrages défensifs des villes de Crète ; cette construction débuta sous le mandat du surintendant Andrea Gritti et du rettore Alvise Renier, recteur de La Canée de 1538 à 1540 ; c’est pour cette raison que le bastion Saint-Sauveur est souvent nommé « bastion de Gritti » (Προμαχώνας Γκρίτι). Le bastion est aussi parfois nommé « bastion de Venier », du nom du rettore Daniele Venier, recteur de La Canée de 1556 à 1559. Le rôle du bastion de San Salvatore était de protéger le nord-ouest de la cité, tant des attaques terrestres venant de l’ouest que des attaques maritimes en contrôlant l’entrée du port ; le bastion protégeait également la courtine occidentale le reliant au bastion du sud-ouest, le bastion de San Dimitri, les deux ouvrages étant reliés par une courtine rectiligne. La gorge sud du bastion de San Salvatore, gorge située entre la courtine occidentale et le bastion, était défendue par un cavalier, le cavalier de Santa Caterina. À la fin du XVIe siècle, la défense du port fut renforcée par la construction d’un ravelin, situé au nord du bastion, le ravelin du port (revellino del Porto) ou ravelin Saint-Sauveur (revellino di San Salvatore).
Le bastion de San Salvatore présente une forme trapézoïdale ; sa maçonnerie extérieure demeure en excellent état jusqu’au niveau du cordon sur les faces nord et ouest, tandis qu’au sud, l’ouvrage a conservé sa hauteur initiale. Le parapet élevé d’origine reposait sur des arches reliant les puissants contreforts qui soutenaient, de l’intérieur, le mur extérieur du bastion.
Sur le côté sud du bastion se trouve une esplanade située à un niveau inférieur, comprenant deux emplacements de canon voûtés disposés sur deux niveaux. On accède à cette esplanade par une arcade voûtée située à l’est ; à l’intérieur de l’espace, ce passage débouche sur un pilier surmonté d’une plaque de marbre encastrée, portant les armoiries en relief, à présent estompées, du surintendant Andrea Gritti. Sur le côté nord se trouvent un grand crucifix en marbre intégré à la maçonnerie ainsi que deux niches.
D’importantes modifications et extensions du bastion de San Salvatore vers le front de mer, ainsi que des travaux sur les fossés, furent réalisés entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle sur les conseils d’ingénieurs militaires ; l’esplanade inférieure fut alors intégrée à la nouvelle configuration du bastion.
D’autres interventions majeures eurent lieu durant la période de l’occupation ottomane, et plus particulièrement au cours des dernières décennies du XIXe siècle. C’est à cette époque que fut construit un bâtiment en pierre au rez-de-chaussée, surmonté d’un étage en bois ; ce bâtiment abrita plus tard, sous l’administration de l’État crétois, l’école de la gendarmerie crétoise.
L’intervention la plus importante subie par le monument eut lieu dans les années 1960, avec la construction de l’hôtel « Xenia » par l’Office national du tourisme grec ; l’établissement resta en activité jusqu’au début des années 1990. Cette construction causa de graves dommages aux façades extérieures ainsi qu’aux structures voûtées de l’esplanade inférieure. L’hôtel « Xénia » fut démoli en octobre 2007, suite à une décision du Conseil central d’archéologie, dans le cadre d’un projet de mise en valeur et de restauration des fortifications vénitiennes de la vieille ville de La Canée. Sur le côté oriental, à l’abri des remparts, subsiste la poudrière rectangulaire voûtée qui était, à l’époque vénitienne, l’unique poudrière des fortifications ; elle abrite aujourd’hui l’atelier de restauration de peintures de la 28e Éphorie des antiquités byzantines. | |
| | Le cavalier Sainte-Catherine est un cavalier du bastion Saint-Sauveur qui avait pour fonction de protéger l’accès à ce bastion depuis le terreplein de la courtine occidentale des fortifications ; ce cavalier a été construit sur la courtine occidentale, au sud du bastion (n° 12 sur le plan 1, n° β sur le plan 2). Le nom du cavalier Sainte-Catherine (cavaliere di Santa Caterina) provient du nom d’une église voisine qui se trouvait en contrebas du cavalier, juste après l’intersection de la rue Théotokopoulos avec la rue Angélou (Οδός Αγγέλου), c’est-à-dire la rue de l’Ange, du mot « angélos » (άγγελος, cas génitif αγγέλου) ; de nos jours, il ne subsiste de cette église qu’un portail ouvrant sur une cour intérieure. Le cavalier de Santa Caterina aurait également été nommé « cavalier de San Marco » et « cavalier de Santa Marina ».
Le cavalier de Santa Caterina (επιπρομαχώνας Σάντα Κατερίνα) est une fortification impressionnante, avec des embrasures et des galeries voûtées, qui surplombe la place du bastion de San Salvatore.
Le cavalier de Santa Caterina fut très remanié, sinon entièrement reconstruit, par les Turcs après la prise de la ville en 1645. Le cavalier est rectangulaire et recouvert d’un mur de cordon, sauf vers l’ouest, où le sol est soutenu par un mur de pierres sèches, qui s’enfonce dans les terrepleins de la courtine. Deux portes de galerie le relient d’un côté à la courtine, de l’autre à la Piazzale del Gritti, où l’on peut descendre au moyen d’une rampe et d’un escalier : au-dessus de la porte sud se trouve une maison, et à côté, à l’ouest, une voûte. À l’intérieur, la place est entourée de parapets, avec des rampes pour monter du sud, de l’ouest et du nord, recouverts à l’intérieur d’un mur : ici se trouvait l’un des plus grands canons turcs. |
| | Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les Vénitiens construisirent un ravelin au nord du bastion de San Salvatore, afin de renforcer la défense de l’entrée du port vénitien. Le ravelin Saint-Sauveur (revellino de San Salvatore) ou ravelin du port (revellino del porto) se trouvait juste au nord-est de la vieille tour génoise et de la porte Saint-Sauveur, à l’extrémité occidentale du port ; en cas d’attaque, l’entrée du port pouvait être barrée par une chaîne reliant le ravelin du port à la base du phare. De nos jours, le ravelin du port surplombe le quai Kountouriotis (Ακτή Κουντουριώτη), du nom de l’amiral grec Pavlos Kountouriotis (Παύλος Κουντουριώτης) ; on peut visiter le ravelin en entrant par le Musée maritime de Crète qui se trouve dans le bâtiment sud de la fortification, vers le milieu du quai (n° 10 sur le plan 1, n° Θ sur le plan 2).
La construction du ravelin du port ne fut achevée qu’après 1575, avec la construction de six canonnières, des casemates voûtées dans lesquelles étaient logés les canons destinés à repousser les attaques ennemies venant de la mer ; certains des canons pouvaient être positionnés très bas — tirant à travers des embrasures en arc situées au pied de la muraille — pour viser les navires au ras des flots. Vers 1620 des casernements furent construits pour loger les soldats vénitiens. Après l’entrée dans l’enceinte du ravelin, on peut voir, sur la droite, la muraille de fortification, sur lequel apparaissent quelques merlons dont certains sont à présent murés ; sur la gauche, s’étend la longue rangée des baraquements ; dans les bâtiments se trouvait aussi les résidences des officiers et le quartier général du gouverneur militaire de la ville.
Au milieu de la fortification se trouve une cour où apparaissent les puits de la grande citerne voûtée souterraine où étaient recueillies les eaux de pluie. La partie la plus au nord de la fortification est constituée de six casemates à canon impressionnantes, qui ont été transformées en prison, à la fin du XIXe siècle, en obstruant les deux ouvertures : au-dessus des voûtes se trouve une place en terrasse, accessible par une rampe le long du mur est : entre les merlons il y a quatre créneaux au sud, cinq à l’est et trois au nord. La cour basse se termine au nord par l’ancienne tour génoise.
À l’époque vénitienne, la mer atteignait le bas de la muraille du ravelin ; cependant, au début du XXe siècle, une promenade fut construite au pied de la muraille avec apport de roches, rehaussant le sol et masquant en partie les embrasures des canonnières ; cette promenade est nommée, de nos jours, Place publique Talos (Πλατεία Τάλω), dédiée au géant Talos (Τάλως), protecteur mythique de la Crète.
Lorsque les Ottomans occupèrent la Crète, à partir de l’année 1645, ils firent de la ville de La Canea (Hanya) la capitale de l’île et installèrent le quartier général d’une Division militaire dans le ravelin du port ; la fortification fut nommée « Fırka Kışlası », c’est-à-dire « la caserne de la Division », du mot « fırka », au pluriel « fırkalar », de l’arabe « فِرْقَة », « groupe ou division », et du mot « kışla », « caserne ». C’est ce nom turc qui a été retenu pour désigner de nos jours le ravelin du Port (εξωτερικό οχύρωμα του λιμανιού) : « forteresse de Firka » (Φρούριο Φίρκα) ou « château de Firka » (Κάστρο Φιρκά). Vers la fin de l’occupation ottomane le ravelin de port fut aussi utilisé comme prison : les ouvertures des canonnières furent obstruées et les canonnières devinrent des geôles.
La forteresse de Firka est aussi un lieu historique d’une importance fondamentale pour la Crète : le 1er décembre 1913, en présence du Premier ministre grec Élefthérios Venizélos et du roi Constantin Ier, le drapeau grec fut hissé sur la tour de guet du coin nord-est, marquant ainsi, après plus d’un millénaire de domination étrangère, la réunification de la Crète à la Grèce.
En 1981 la forteresse Firka obtint le statut de Monument historique. En 2001 une partie de la forteresse fut convertie pour abriter le Musée maritime de Crète. Le ravelin du Port offre aussi de belles vues sur le port.
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| | La courtine de l’ouest (Δυτική κουρτίνα ) et le fossé de l’ouest (Δυτική τάφρος) s’étendaient entre le bastion de San Salvatore, dans le nord-ouest de l’enceinte de fortification, et le bastion de San Dimitri, dans le sud-ouest (n° ε sur le plan 2). La contrescarpe de l’ouest commençait peu après le début du fossé. La construction de la courtine occidentale commença à la même époque que celle du bastion de San Salvatore ; c’est sous le rectorat du rettore Andrea Priuli, recteur de La Canée de 1540 à 1543, que la courtine commença d’être prolongée jusqu’au bastion de San Dimitri, et que fut construit le cavalier situé au milieu de la courtine, le cavalier de San Nicolò, ou cavalier de Priuli, du nom de ce recteur.
Le fossé occidental fut élargi, entre le bastion de San Salvatore et le bastion de San Dimitri, sous le mandat du rettore Antonio Barbarigo, recteur de La Canée de 1546 à 1549, de manière à ce que ces bastions fussent visibles l’un de l’autre. Cependant le fossé occidental n’était pas encore terminé en 1550. Le rettore Gerolamo Minio, recteur de La Canée de 1549 à 1551, s’occupa de terminer la courtine entre le bastion de San Dimitri et le cavalier de Priuli, achevant la fortification de la cité du côté ouest.
Vers 1570, le fossé occidental fut creusé plus profondément dans la roche naturelle, sur un tronçon de 225 pas vénitiens de longueur, soit environ 390 m, de 10 pas de largeur, soit 18 m, et de 4 pas de profondeur, soit 7 m. Cependant, vers 1585, le surintendant général Alvise Grimani a dû encore améliorer du fossé occidental, qui avait été auparavant le plus négligé en raison de la difficulté de le creuser dans la roche naturelle. Après 1601, le fossé occidental fut encore élargi et approfondi. Au début du XXe siècle le fossé occidental était encore aménagé en cultures potagères irriguées par un ruisseau.
De nos jours ce ruisseau est remplacé par une allée de promenade qui conduit de puis la place publique Talos jusqu’au bastion de San Dimitri. Sur le sommet de la contrescarpe, par endroits écroulée, une rue a été construite, la rue du Pirée (Οδός Πειραιώς), qui conduit depuis le port jusqu’au centre de la vieille ville.
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| | La défense de la courtine occidentale fut renforcée par la construction d’un cavalier entre le bastion de San Salvatore et le bastion de San Dimitri, plus proche du San Dimitri que du San Salvatore (n° 14 sur le plan 1, n° γ sur le plan 2).Aller au cavalier de Priuli avec Google Maps (35.516306, 24.015283). Ce cavalier fut construit sous le rectorat du rettore Andrea Priuli, recteur de La Canée de 1540 à 1543. Dans les plans initiaux des fortifications de La Canée, l’ingénieur militaire Michele Sammicheli avait prévu, à cet emplacement, une vaste plate-forme semblable à celle située sur la courtine sud des fortifications. Ce cavalier de la courtine de l’ouest fut nommé cavaliere de San Nicolò, cavaliere de San Athanasio, ou encore cavaliere de Priuli, du nom du recteur qui en avait assuré la construction. Le cavalier Saint-Nicolas était une fortification de forme rectangulaire construite sur le terreplein de la courtine occidentale, terreplein qui était très élargi à cet endroit ; une rampe, située au nord du cavalier, permettait de monter sur la courtine depuis la ville close. Le cavalier Saint-Nicolas fut reconstruit par les Ottomans en 1647. De nos jours l’emplacement du cavalier est occupé par divers bâtiments, y compris par une habitation particulière. |
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