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L'histoire de Madère

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ChronologieChronologie

Vers 1317Le capitaine génois Manuel Pessanha aurait reconnu, à peu près en même temps que les archipels des Açores et des Canaries, l’île montagneuse de Madère.
1346La légende assure qu’un certain Robert Mac Kean, gentilhomme anglais que les Portugais nommeront Roberto Machim, aurait fait naufrage en 1346 sur l’île déserte avec la belle Anne d’Orset (ou d’Arset) qu’il avait enlevée. Les deux amants moururent peu après et les autres naufragés les ensevelirent près du rivage. Ces derniers se firent capturer ensuite par les Barbaresques, qui les emmenèrent au Maroc où ils furent vendus comme esclaves. L’un d’eux, Juan de Morales, de retour au Portugal vers 1400, aurait conseillé à João 1er d’engager une expédition pour que cette terre soit reconnue officiellement.
1419Séduit, dit-on, par le récit de Morales, Henri le Navigateur arma un vaisseau. João Gonçalves Zarco (ou Zargo) et Tristão Vaz Teixeira, deux écuyers de l’Infant, étaient à bord. L’aventure tourna mal. Pris par une tempête au large du cap Bojador, ils échouèrent sur une petite île qu’ils nommèrent, pour saluer leur sauvetage, Porto Santo. C’était, selon les sources en 1418 ou en 1419.

Quand le bateau put reprendre la mer, Zarco retourna au Portugal. Il repartit l’année suivante dans la même direction, poussant au-delà de Porto Santo vers la montagne qui se dessinait sous un capuchon de nuages. L’aventurier de Tomar débarqua bientôt dans la baie qu’il nomma Machico, du nom du maître de la Barque du Roi. Il baptisa officiellement l’île Madeira (« bois », en portugais), en raison de l’épaisse forêt qui la recouvrait ; mais le nom figurait déjà sur un portulan florentin daté de 1351…

Les loups de mer de Zarco. — La prise de possession de Madère eut lieu solennellement en 1420, lorsque les navigateurs furent chargés de la coloniser et de la peupler. Zarco s’établit avec sa famille dans la baie de Funchal. il explora la côte sud, jeta l’ancre dans une rade où vivaient de nombreux loups de mer, et appela Câmara de Lobos (Chambre des Loups) l’endroit qui allait devenir le premier port de pêche de Madère. Vers 1421, le choix du premier maître de l’île se porta sur un site beaucoup plus intéressant, au débouché de quatre torrents, dans le cadre somptueux du havre du Fenouil (funcho) : il fonda ici Funchal, la capitale du premier territoire découvert de l’Empire colonial portugais.

Un incendie long de sept ans. —À l’arrivée de Zarco, il n’y avait pas un seul habitant sur l’archipel : la vie y était impossible, car la forêt occupait tout l’espace. Pour pouvoir planter les indispensables cultures, on décida donc de brûler la forêt. Mais les colons ne parvinrent pas à maîtriser l’incendie et le feu fut d’une telle violence qu’il ravagea l’île pendant sept ans… Ils allèrent trouver refuge sur la mer et dans l’étroite vallée de ce torrent qu’on allait baptiser, pour la circonstance, ribeira dos Socorridos (torrent des Rescapés). Aujourd’hui, seul le versant nord de l’île possède encore des vestiges de la forêt primitive.
1420-1430Le feu avait fertilisé, mais aussi asséché la terre. Débuta alors ce qu’un botaniste portugais a appelé « l’épopée rurale de Madère ». On creusa partout les rigoles des levadas afin d’irriguer toutes les terres, depuis les sommets jusqu’aux flancs des vallées. Ce travail immense nécessita une main-d’œuvre importante, essentiellement des esclaves et des prisonniers. Finalement, le blé, l’orge et surtout la canne à sucre, venue d’Italie, poussèrent sur les terrasses en escalier de l’île. Dès le XVe siècle, on planta aussi les vignes que les Portugais allèrent chercher à Candie, en Crète.
L’ère éphémère des capitaines-donataires. — En 1430 environ, l’Infant Henri nomma Zarco capitaine-donataire de Funchal. Il occupera cette fonction jusqu’à sa mort (vers 1465), commençant l’édification de la ville et distribuant les terres aux premiers colons. Dans le même temps, deux autres capitaineries furent créées tout le versant nord de l’île fut confié à Vaz Teixeira, compagnon de Zarco, qui s’établit à Machico ; l’ile de Porto Santo revint quant à elle à un gentilhomme du nom de Bartolomeu Perestrelo en 1450 (sa famille allait conserver cette charge jusqu’au milieu du XVIIIe siècle), père de Felipa Moniz, la future épouse de Christophe Colomb.

Pour éviter les abus auxquels pouvaient se livrer les capitaines-donataires, Manuel Ier incorpora à la Couronne les deux capitaineries de Madère en 1497. Trois mois plus tard, la première razzia pirate dévastait l’île. Funchal fut érigée en cité en 1508, et elle accueillit son premier évêque en 1514. L’île servit ensuite d’escale aux grands découvreurs, subit les inévitables raids pirates. Plus ou moins oubliée par les Espagnols et par les premiers Bragance, Madère vivota jusqu’au XVIIIe siècle

1478Christophe Colomb débarque à Madère pour des raisons commerciales et épouse la fille du gouverneur de Porto Santo.
1566Le corsaire français Bertrand de Montluc débarque à Funchal avec ses 11 galions et 1300 hommes. Il y sèmera la terreur 16 jours durant avant de mourir au combat.
1580-1640Madère devient espagnole durant le règne de Philippe II d’Espagne, proclamé roi du Portugal.
Histoire de Madère. Carte ancienne. Cliquer pour agrandir l'image.L’île devint un port d’attache important pour les explorateurs qui ramenaient fleurs et plantes exotiques de tous coins du monde.
La culture de la canne à sucre à Madère est mise à rude épreuve par la concurrence brésilienne.
1662Suite à l’union de Charles II d’Angleterre avec la princesse portugaise Catherine de Bragance, Madère passe sous domination anglaise.
XVIIIe siècleHistoire de Madère. Carte anglaise ancienne. Cliquer pour agrandir l'image.A cette époque débuta l’ère des reconnaissances anglaises. Cook d’abord vint mouiller à trois reprises, à partir de 1768, devant Funchal.

Le vin de Madère est le seul vin autorisé par les Anglais à être exporté vers les colonies américaines. La vigne devient la culture principale de l’île. C’est à cette époque que les Blandy et autres Leacock instaurent leurs dynasties viticoles.

XIXe siècleVinrent les guerres napoléoniennes qui fournirent à la Couronne britannique l’occasion de s’intéresser de plus près à Madère. En 1801, la flotte de Sa Majesté croisa dans la baie, et les troupes allèrent loger en ville. La nouvelle occupation qui commença en 1807 dura sept ans. Lorsque les militaires anglais décidèrent de rembarquer, beaucoup d’entre eux choisirent de s’établir à Funchal.

Madère se développe grâce au commerce du vin dont raffolait les Anglais, et Porto Santo sombre dans l’oubli le plus total.

1856Une épidémie de choléra frappe Madère.
XXe siècleLa République portugaise est proclamée en 1901. Madère acquière une grande liberté administrative. En 1910, l’archipel adhère à la République portugaise.

Madère connut sa véritable prospérité au début de ce siècle. De nombreuses quintas furent alors élevées dans la banlieue et au-dessus de la capitale : c’est là que résidèrent les grands d’alors, (lui vinrent se reposer ou tromper leur ennui sous les bougainvillées… Quelques-unes ont subsisté autour de Monte, mais la plupart, notamment à l’ouest de Funchal ont laissé la place à des hôtels de luxe. Ainsi naquit et se poursuivit la vocation touristique haut de gamme de l’île.

Mais l’essor touristique ne toucha que la capitale, et la vie des campagnes devint en comparaison beaucoup plus dure. L’émigration fut vécue par beaucoup, exactement comme dans le nord du Portugal, comme la seule manière de survivre. Entre les années 1950 et 1974, des milliers d’insulaires quittèrent les terres trop petites d’une île pour eux sans avenir, et s’installèrent au Brésil, en Amérique centrale, à Hawaii et surtout au Venezuela.

En dépit du développement rapide de l’hôtellerie et des activités de services qui ont créé beaucoup d’emplois, la vie reste dure à Madère. Tout le monde travaille quand il le peut, y compris les plus jeunes qui sont très nombreux dans ces terres de forte fécondité (plus de 40% de la population a moins de 20 ans) et de pratique religieuse encore très suivie où la population, après avoir longtemps régressé, augmente de nouveau. L’émigration est tarie comme sur le continent, et ceux qui étaient partis dans les années 1950 et 1960 reviennent au pays. Ils y apportent des devises dont le montant représente près de deux fois les revenus des bananeraies. Madère peut donc se vanter désormais, sans trop de risque d’être privée de ce titre, d’être l’île atlantique la plus densément peuplée. Comme dans le Minho, on observe ici une grande dispersion de l’habitat et une étonnante symbiose village-campagne.

Après la Révolution des Œillets, le mouvement séparatiste réalisa une extraordinaire poussée. Non sans humour, il déclarait que « Madère est le seul pays étranger qui reçoit encore des escudos »… Les indépendantistes mettaient aussi le doigt sur les problèmes dont souffre l’île : la pauvreté (niveau moyen des salaires environ 30% inférieur à celui du continent), l’inégale répartition des richesses, la pauvreté des paysans et la mainmise du pouvoir central sur l’économie de l’archipel.

La constitution en région autonome le 1er octobre 1976 a désamorcé toute velléité séparatiste. Un parlement élu au suffrage universel et un gouvernement régional règlent désormais les problèmes administratifs ou budgétaires. Ils possèdent même certains pouvoirs législatifs ou fiscaux. Madère émet en outre sa propre philatélie et hisse ses couleurs. Avec la réforme agraire de 1978, cela a suffi à calmer — au moins jusqu’à maintenant — les ardeurs nationalistes…

PersonnagePersonnages

Si l’île compte peu d’enfants vraiment illustres (l’écrivain dramatique Baltasar Dias au XVIIe siècle et le naturaliste Barbosa du Bocage au XIXe siècle), Madère reçut en revanche la visite de nombreuses célébrités étrangères. Christophe Colomb, James Cook ou La Pérouse passèrent quelque temps ici, et Napoléon y fit escale — certes malgré lui — en 1815. Suivirent le comte de Montalembert, la reine Adélaïde d’Angleterre, Charlotte et Maximilien de Habsbourg en route vers le Mexique (où ce dernier devait trouver une fin tragique), Elisabeth de Wittelsbach (la fameuse Sissi), éternelle voyageuse, et après elle, Camille Saint-Saëns. Au XXe siècle, le prince Albert, futur roi des Belges, y vint en 1912, puis l’aviateur portugais Gago Countinho. L’empereur Charles d’Autriche mourut ici en 1922, et Winston Churchill fit un séjour à Câmara de Lobos en 1950. Enfin, Paul Morand et Jacques Chardonne (auteur de « Vivre à Madère ») furent très impressionnés par l’île.

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